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Full text of "L'Afrique et la Conférence géographique de Bruxelles"

L'AFRIQUE 



ET LA 



CONFÉRENCE GÉOGRAPHIQUE DE BRUXELLES 



IMPRIMEUR DU ROI 




Chute du Nil (Murchison) dans le lac Albert. 



EMILE BANNING 



LAFRIQUE 



ET LA 



CONFÉRENCE GÉOGRAPHIQUE 

DE BRUXELLES 



DEUXIEME EDITION 

REVUE ET AUGMENTÉE 



AVEC 3 CARTES ET 16 GRAVURES 



BRUXELLES 

LIBRAIRIE EUROPÉENNE C. MUQUARDT 

MERZBAGH & FALK, ÉDITEURS 

LIBRAIRES DE LA COUR 

45, RUE DE LA RÉGENCE, 45 
MÊME MAISON A LEIPZIG 

1878 

TOUS DROITS RÉSERVÉS 







V2-, 



iiné 



TABLE DES MATIERES 



Préface de la première édition vu 

Préface de la seconde édition ix 

Introduction 1 



PREMIÈRE PARTIE. 

L'AFRIQUE AU POINT DE VUE HISTORIQUE, PHYSIQUE ET SOCIAL. 

Chapitre I. Aperçu de l'histoire de la découverte africaine 
au xix e siècle 

— II. Coup d'œil sur la géographie physique de l'Afrique. 

— Systèmes orographiques et hydrographiques. — 
Climat et productions 43 

— III. Ethnographie de l'Afrique. — Condition morale et 

sociale des Nègres 63 

— IV. La traite africaine au xix e siècle. — Territoires sur 

lesquels elle s'étend. — Caractère et importance de 

ses opérations . 103 

SECONDE PARTIE. 

LA CONFÉRENCE GÉOGRAPHIQUE DE BRUXELLES. 

Chapitre V. La Conférence géographique de Bruxelles. — Son 
programme et son but. — Les stations internatio 
nales en Afrique 137 



VI TABLE DES MATIÈRES 

Chapitre VI. Organisation de l'Association internationale pour 
l'exploration et la civilisation de l'Afrique. — Attri- 
butions et rapports des comités. — Formation des 
comités nationaux et première session de la Com- 
mission internationale 155 

— VII. Conclusion. 173 

APPENDICE. 

1. Composition de la Conférence géographique de Bruxelles 

(12, 13 et 14 septembre 1876) 181 

II. Discours prononcé par le Roi à l'ouverture de la Conférence. 185 

III. Déclaration de la Conférence au sujet des stations. . . . 189 

IV. Résolutions de la Conférence concernant le système d'organi- 

sation 192 

V. Congrès de Vienne. Déclaration des plénipotentiaires des 

puissances qui ont signé le traité de Paris du 30 mai 1814, 
relative à l'abolition de la traite des Nègres d'Afrique ou du 
commerce des esclaves 194 

VI. Congrès de Vérone. Déclaration du 28 novembre 1822, sur 

l'abolition de la traite des noirs 198 

VII. Discours prononcé par le Roi à la séance d'installation du 
Comité belge, tenue le 6 novembre 1876, au Palais de 

Bruxelles 201 

VIII. Association internationale pour réprimer la traite et ouvrir 

l'Afrique centrale. — Statuts du Comité national belge. . 204 

IX. Composition du Comité national belge * 209 

X. Lettre de sir Rutherford Alcock au Times, au sujet de la consti- 

tution du Fonds de l'exploration africaine (16 juillet 1877). 212 

XI. Composition de la Commission internationale. Session des 

20 et 21 juin 1877 216 

XII. Définition d'une station 219 

XIII. Projet soumis à la Commission internationale par le Comité 
exécutif pour l'organisation d'une expédition chargée d'éta- 
blir des stations et de faire un voyage d'exploration . . 221 



^Nê2>*<iP<S?* 



TABLE DES GRAVURES 



Chute du Nil (Mu.rch.ison) dans le lac Albert. 

Paysage pris dans le delta du Niger. 

Forêt vierge dans la colonie de Natal. 

Portrait de D. Livingstone. 

Rapides du Mtambunay. 

Grande cataracte Victoria du Zambèse. 

Faune des bords du Ghiré. 

Le pandanus candélabre. 

Le palmier à vin (Raphia vinifera). 

Chef Betschuana en costume de guerre. 

Un chef Cafre et sa suite. 

Le palmier -à huile (Klaïs Guinensis). 

Convoi d'esclaves en marche. . 

Halte sous un baobab. 

Vue des gisements aurifères de Tati (Transvaal). 

Vue de Free-town (Sierra Leone). 

CARTES 



Carte générale d'Afrique. 

Carte des voyages et des découvertes en Afrique 
jusque fin de 1876. 



VIII TABLE DES GRAVURES 

Carte du cours du Gongo-Lualaba, d'après le cro- 
quis de Stanley publié par le Daily Telegraph 
du 12 novembre 1877. 



N. B. L'importance capitale de ce dernier document, qui a vu le jour 
pendant l'impression de ce volume, nous a déterminé à le reproduire en 
annexe, à une échelle réduite. La carte originale de Stanley, qui est dressée 
d'après le méridien de Greenwich, a été en même temps ramenée au 
méridien de l'île de Fer, qui est celui des deux autres cartes, afin 
d'en faciliter la comparaison. Un simple coup d'œil, dans ces condi- 
tions, fera ressortir la haute portée des découvertes de Stanley. 



PRÉFACE 

DE LA PREMIÈRE ÉDITION 



En publiant cet écrit, Fauteur a voulu servir, dans 
la mesure restreinte de ses forces, une œuvre qui 
honorera, dans l'avenir, l'esprit de ce siècle, et qui 
recèle, à ses yeux, la source d'abondants bienfaits 
pour des branches diverses de la famille humaine, 
les plus avancées comme les plus arriérées dans les 
voies de la civilisation. La fonction spéciale qu'il a 
eu à remplir au sein de la Conférence dont cette 
œuvre procède, lui a permis peut-être d'en saisir de 
plus près la pensée et les tendances, de déterminer 
avec quelque sûreté la portée de ses actes. Il sent 



X PRÉFACE 

toutefois le besoin de déclarer qu'en s'acquittant 
de cette tâche, il n'a consulté et exprimé que des 
convictions personnelles. Les considérations qu'il 
présente, les appréciations qu'il émet, n'engagent 
aucune responsabilité autre que la sienne, et il 
accomplit un devoir en la revendiquant tout entière. 

Bruxelles, le 10 novembre 1876. 



PRÉFACE 

DE LA SECONDE ÉDITION 



Il y a un an, quand se réunit à Bruxelles la Confé- 
rence dont cet ouvrage eut pour but de rendre 
compte, l'œuvre qu'elle venait de fonder pouvait 
paraître hardie dans sa conception, incertaine au 
point de vue de ses résultats. Qui donc, en dehors 
des cercles savants et de quelques sociétés philan- 
thropiques ou religieuses, s'occupait alors de l'Afri- 
que centrale? Quel homme d'État avait porté de ce 
côté ses regards, essayé de rapprocher de nous cet 
antique berceau de la civilisation du vieux monde, 
entrepris de l'associer de nouveau aux travaux 



XII PRÉFACE 

comme aux progrès de l'humanité ? Dans ces condi- 
tions, l'initiative du Souverain serait-elle comprise? 
Son exemple serait-il suivi? Obtiendrait-il cette 
adhésion large et spontanée, ce concours actif et 
universel, en dehors desquels tout projet de régéné- 
ration devait paraître une chimère? 

Ces doutes étaient légitimes; ils préoccupaient les 
meilleurs esprits; ils devaient rencontrer un facile 
appui dans ce penchant, si répandu de nos jours, 
qui porte à voir de préférence, en toutes choses, leur 
côté négatif. Hâtons-nous de le dire : ces craintes 
n'avaient aucun fondement; l'expérience d'une année 
à peine les a victorieusement démenties. L'idée était 
venue à son heure; elle est tombée dans un milieu 
merveilleusement préparé à la recevoir, tout disposé 
à la faire fructifier. 

L'indifférence, naguère si profonde à l'égard des 
contrées et des peuples de l'Afrique, a disparu et ne 
renaîtra plus. L'opinion s'est saisie de la question; 
l'attention publique est en éveil et ne se laisse plus 
détourner de cet objet même par les plus graves 
événements. Des savants, des publicistes, des ora- 
teurs se sont mis en tous pays au service de 



PRÉFACE XIII 

Tidée et travaillent à la faire pénétrer dans les 
masses; grâce à leurs efforts, la géographie afri- 
caine promet de devenir bientôt aussi populaire 
qu'elle fut négligée jusqu'ici. Des milliers de per- 
sonnes auxquelles le nom de Livingstone n'ap- 
porta pendant vingt ans que le vague écho d'un 
inconnu sans attrait, ont tressailli récemment à la 
nouvelle de l'arrivée de Stanley à l'embouchure du 
Congo. 

Ce grand mouvement de sympathie, qui s'est 
manifesté à la fois chez tant d'hommes, parmi 
tant de peuples, constitue pour l'Association une 
sérieuse garantie de succès. La curiosité qu'il 
stimule, l'intérêt qu'il engendre, réclament de jour 
en jour de nouveaux aliments. En rendant néces- 
saire une seconde édition de cet écrit, il nous 
imposait l'obligation d'en élargir sensiblement le 
cadre. La première partie, qui traite des voyages 
ainsi que des conditions physiques et sociales de 
l'Afrique, a subi, dans ce but, une refonte com- 
plète; des notions moins succinctes permettront 
de mieux embrasser l'ensemble du tableau; des 
cartes plus détaillées, quelques planches, viendront 



XIV PRÉFACE 

en aide à l'intelligence du texte. La seconde partie, 
qui fait connaître l'organisme et les desseins de 
l'Association, a, d'autre part, été mise à jour; elle 
rend brièvement compte de la situation actuelle des 
Comités nationaux et des travaux de la Commis- 
sion de leurs délégués, qui a siégé, au mois de 
juin dernier, au Palais de Bruxelles. 

Puisse cet ouvrage, malgré ses lacunes et ses 
imperfections, contribuer à soutenir, à agrandir 
encore un élan, dont les fruits bienfaisants semblent 
déjà se rapprocher de nous! Si graves, en effet, si 
multiples que soient les problèmes qui surgissent 
chaque jour dans la vie des peuples modernes et 
s'en disputent l'attention et les forces, c'est une 
vue superficielle que de considérer cette question 
d'Afrique comme une simple diversion, bonne tout 
au plus pour des temps de prospérité et de repos. 
Trop de symptômes, trop de faits annoncent, au 
contraire, qu'elle tient par des liens étroits aux 
préoccupations d'une haute politique. Jamais la 
prévoyance ne fut plus nécessaire aux nations de 
l'Europe; jamais la direction de leurs destinées ne 
réclama des pensées plus lointaines. La crise 



PRÉFACE XV 

économique qui sévit à cette heure parmi tous les 
peuples civilisés avec une intensité, une durée sans 
exemple et dont des convulsions périodiques attes- 
tent partout l'extrême gravité, soulève des ques- 
tions dont plusieurs ne trouveront de solution 
définitive qu'au sein d'un nouvel ordre de choses. 
Il faut au torrent qui entraîne les sociétés modernes 
un lit plus large, une arène plus vaste. Le nouveau 
monde ne suffit plus à absorber des forces que 
l'étendue du globe entier ne sera pas de trop pour 
équilibrer. 

De grands esprits, des hommes d'action aussi 
bien que d'étude, rendent chaque jour témoignage à 
ces vérités qui s'imposent. Ce sont elles qui, en 
dehors des considérations de science et d'humanité, 
assignent à l'institution qui vient de naître un carac- 
tère social; ce sont elles aussi qui y rallient, chez 
toutes les nations, de fervents adhérents. Un voya- 
geur célèbre, qui a conquis par trois années de tra- 
vaux et de luttes au centre de l'Afrique le droit de 
n'être pas taxé d'utopiste, le capitaine Cameron, 
vient de rendre, dans le chapitre final de sa rela- 
tion, un éclatant hommage à la justesse des vues 



XVI PRÉFACE 

dont procède l'Association africaine, au caractère 
pratique des moyens à l'aide desquels elle cherche 
à les réaliser. Les illustrations scientifiques, poli- 
tiques, militaires, qui se groupent en tout lieu sous 
son drapeau, attestent, avec la même foi, le même 
désir de la traduire en fait. S'il était parfois permis 
à l'homme de sonder les desseins de la Providence, 
serait-il donc téméraire de croire que l'heure fixée 
approche où prendra fin la malédiction séculaire qui 
pèse sur les races africaines et dont elles n'ont pas 
été les seules à souffrir? 

Bruxelles, le 20 octobre 1877. 



DE LA DÉCOUVERTE AFRICAINE AU XIX e SIÈCLE 17 

son dernier compagnon, Barth revint vers l'ouest, fran- 
chit le Niger à Say et atteignit la limite du Soudan à 
Tombouctou. Il fit dans cette ville célèbre, que nul 
Européen n'a revue après lui, un séjour de sept mois, 
rempli de vicissitudes et de périls; puis rentra, en 
descendant le Niger et à travers les États des Fellata, 
dans la capitale du Bornou, où il se rencontra avec 
Vogel, envoyé à sa recherche. Après s'être reposé quel- 
ques semaines auprès de son continuateur, Barth reprit 
sa course par le désert et arriva, le 21 août 1855, à 
Tripoli; il avait parcouru près de 20,000 kilomètres et 
rapportait en Europe les éléments et les matériaux de 
l'œuvre la plus remarquable publiée jusqu'à ce jour 
sur les contrées et les peuples du Soudan. 

Après le départ de Barth, Vogel poursuit ses explo- 
rations dans le bassin du lac de Tsad, dont il fixe exac- 
tement la position; il dépasse au midi ce bassin et 
pénètre jusqu'à Jakoba, chez les Bautschi, d'où il se 
dirige à l'est par le Bagirmi et arrive, en 1856, dans le 
Wadaï : c'est là qu'il périt, assassiné par Tordre du 
sultan de cet État. Sept expéditions partirent successi- 
vement à sa recherche. La principale, qui fut le fruit 
d'un grand et généreux effort de la part de l'Allemagne, 
quitta Massaua, en 1861, sous la direction de Th. de 
Heuglin; elle devait gagner le Wadaï en marchant à 
l'ouest; mais Heuglin s'arrêta au versant occidental de 
l'Abyssinie et Munzinger, qui le remplaça pour suivre 
le plan primitif, ne parvint pas à dépasser le Kordofan 
(1862). Un officier prussien, Maurice de Beurmann, 
atteignit enfin le but, mais au prix de sa vie. Il refit 
l'itinéraire de Vogel par le désert et le Bornou jusqu'à 

2 



18 APERÇU DE L HISTOIRE 

Jakoba ; revenant sur ses pas, il avait tourné le lac de 
Tsad par le nord et pénétré jusqu'à Mao, sur la fron- 
tière du Wadaï, quand il tomba à son tour sous le fer 
des assassins (1863). 

Ces catastrophes accumulées n'ont pas arrêté l'élan 
des explorateurs de l'Allemagne. De 1865 à 1867, 
Gérard Rohlfs, qui venait seulement de terminer sa 
dangereuse campagne du Maroc à Tripoli, exécute son 
grand voyage au Bornou et traverse avec succès le con- 
tinent africain de Tripoli sur la Méditerranée à Lagos, 
au fond du golfe de Guinée. Cette expédition mémora- 
ble, l'une des plus hardies et des plus fructueuses de ce 
siècle, est suivie de celle du D r Nachtigal qui, en 1870, 
apporta au sultan de Bornou les présents du roi de 
Prusse en reconnaissance des services rendus par ce 
souverain à Barth, à Vogel, à Rohlfs. Les années sui- 
vantes, Nachtigal continue ses explorations dans les 
divers États riverains du lac de Tsad, notamment ceux 
de Bagirmi et de Kanem ; grâce à lui, la géographie de 
ces contrées a fait de sensibles progrès. C'est aussi le 
premier Européen qui, sur la route de Mourzouk à 
Kouka, ait pénétré, au prix des plus grands dangers, 
chez les Tibbou Reschadé et visité le Tibesti. Il est 
arrivé en Egypte à la fin de 1874, après avoir traversé 
le Wadaï — cette terre inhospitalière où avaient suc- 
combé Vogel et Beurmann, — le Darfour et le Kordofan, 
et relié ainsi ses découvertes à celles des explorateurs 
de la vallée du Nil. Cette expédition, prolongée pendant 
cinq ans, est l'une des plus remarquables qui aient été 
accomplies dans ces derniers temps; elle a placé le 



DE LA DÉCOUVERTE AFRICAINE AU XIX e SIÈCLE 19 

I) r Nachtigal au premier rang des voyageurs d'Afrique 
et ouvert de nouvelles perspectives à ceux d'entre eux 
qui prendront désormais les possessions égyptiennes 
pour bases de leurs opérations. 

L'Egypte, depuis le règne de Mehemet-Ali, a pris 
parmi les États africains une position exceptionnelle : 
en présence de l'incurable décrépitude où s'affaisse 
l'empire des Osmanlis en Europe, elle paraît appelée 
à recueillir une part essentielle de sa succession. L'épée 
du général Bonaparte semble avoir été la baguette 
magique qui a réveillé dans son tombeau trente fois 
séculaire le génie de la vieille Egypte. Grâce à l'ini- 
tiative d'une série de princes qui ont su se dégager, 
sous plus d'un rapport, du cercle étroit de l'islam; 
grâce au concours d'une foule d'administrateurs d'élite 
empruntés à toutes les nations de l'Europe, la vallée 
du Nil a pris un aspect tout moderne. Une navigation 
régulière à vapeur est organisée sur le fleuve jusqu'à 
la première cataracte, à Syène ; des bateaux, pourvus 
de tout le confort européen, transportent chaque année 
jusqu'à ce point des milliers de touristes. Les locomo- 
tives sifflent au pied des Pyramides, elles ne tarderont 
pas à pénétrer dans le désert même, grâce au plan de 
l'ingénieur Fowler, qui a entrepris de construire un 
chemin de fer depuis la seconde cataracte en Nubie 
jusqu'à Khartoum, à travers le steppe de Bejuda, sur 
une étendue de près de 200 lieues. Dès à présent, 
l'Egypte possède 1,780 kilomètres de lignes. A l'extré- 
mité nord-est du pays, le canal de Suez voit, d'autre 
part, croître d'année en année son mouvement, et des 



20 APERÇU DE LHISTOIRE 

transactions récentes en ont fait ressortir de nouveau 
l'importance capitale au point de vue des transforma- 
tions politiques dont l'Orient pourrait devenir prochai- 
nement le théâtre. 

Cette renaissance de l'Egypte, avec les ambitions 
territoriales qu'elle ne pouvait manquer de stimuler, 
est puissamment venue en aide aux conquêtes de la 
géographie africaine. Le gouvernement du Khédive 
surtout a prêté aux intrépides missionnaires de la 
science, qui prenaient ses États pour point de départ de 
leurs explorations, un concours généreux et soutenu. 
L'accueil peu hospitalier fait naguère à l'expédition ita- 
lienne du marquis Antinori est un fait aussi rare qu'il 
est regrettable. 

La détermination du bassin du Nil et surtout la 
recherche de ses sources ont été longtemps de ce côté 
et demeurent encore aujourd'hui le but dominant de 
toutes les entreprises. Celles-ci ont pris deux direc- 
tions, correspondant aux deux branches du Nil qui con- 
fondent leurs eaux à Khartoum, ville de 40,000 âmes, 
la métropole commerciale du Soudan oriental, le nœud 
de jonction entre l'Egypte et l'Afrique intérieure. La 
branche orientale s'appelle le Nil Bleu (Bahr el Asrak), 
l'occidentale est connue sous le nom de Nil Blanc (Bahr 
el Abiad). 

A la fin du siècle dernier, le voyageur écossais Bruce 
parcourut l'Egypte, les rivages de la mer Rouge, la 
Nubie et l'Abyssinie; il pénétra jusqu'au lac de Tsana 
et détermina les sources du Nil Bleu. La célèbre rela- 
tion de ses cinq années de voyage (1768-1772), con- 
tredite avec passion par les contemporains, a obtenu 



DE LA DÉCOUVERTE AFRICAINE AU XIX e SIÈCLE 21 

de nos jours une pleine, quoique tardive justice. Après 
Bruce, le système oriental du Nil et la configuration du 
plateau abyssin ont été décrits d'une façon plus com- 
plète par toute une pléiade de voyageurs français : il 
faut y signaler au premier rang les frères Antoine et 
Arnould d'Abbadie, qui sillonnent pendant douze ans 
(1837-1848) l'Abyssinie dans tous les sens et s'avancent 
jusque dans les districts bien rarement atteints d'Enaréa 
et de Kaffa, au versant méridional du massif; Lefebvre, 
dont le voyage coïncide avec le précédent (1839-1843); 
Lejean, qui parcourt les mêmes régions de 1862 à 1864; 
enfin Raffray, qui a fait connaître la situation actuelle 
de cette contrée intéressante, dont les destinées sem- 
blent avoir trop peu préoccupé les nations européennes. 
Un explorateur allemand, Th. de Heuglin, s'est égale- 
ment distingué sur ce théâtre (1861-1862). L'expédition 
anglaise de 1868 a vulgarisé, du reste, les notions sur 
cette espèce de Suisse africaine, où se sont conservés 
jusqu'aujourd'hui le christianisme et les mœurs du 
moyen âge. 

Le système occidental du Nil est de beaucoup le plus 
important des deux. L'exploration en commence à la 
fin du siècle dernier avec le voyageur anglais Browne, 
qui, en 1793, pénètre dans le Darfour où nul Européen 
n'était arrivé avant lui. Browne trouve un continuateur 
remarquable dans le Suisse Burckhardt, qui, de 1812 
à 1814, parcourut la Nubie aux frais de la Société afri- 
caine de Londres et mourut au moment où il allait 
s'engager dans le désert de Libye en vue d'atteindre le 
Fezzan. Son successeur immédiat fut un Français, 
François Calliaud, qui pénétra dans la Haute-Nubie 



22 APERÇU DE LHISTOIRE 

jusque vers le 10 e degré de latitude; ce voyage, qui eut 
lieu de 1819 à 1822, donna une forte impulsion aux 
études d'archéologie égyptienne. En 1839 et 1841, 
Mehemet-Ali envoie deux grandes expéditions sur le 
Haut-Nil; la première atteignit le 6 e degré de latitude, 
la seconde arriva jusqu'à Gondokoro. Vers la même 
époque, le voyageur autrichien Russegger visite les 
contrées de Dar Nuba et de ïakale, au sud du Kordo- 
fan, et enrichit la science géographique de notables 
découvertes (1837). 

A ce moment, le zèle religieux s'éveille à côté de l'ar- 
deur scientifique. Des missions catholiques se fondent 
à Khartoum (1848), à Gondokoro (1851), à Sainte-Croix 
(1855); le but en était de répandre le christianisme 
parmi les tribus nègres et d'opposer un frein au trafic 
des esclaves. Cette tentative ne fut pas heureuse; l'hos- 
tilité des traitants, la famine et surtout la fièvre déci- 
mèrent si cruellement les missionnaires, que, malgré 
leur héroïque dévouement, ils finirent par abandonner 
une tâche qui au moins n'avait pas été stérile pour la 
science. 

Les missions protestantes n'eurent guère plus de 
succès dans cette région; mais, sur un autre point, elles 
donnèrent une impulsion extraordinaire. En 1848 et 
1849, les missionnaires allemands Rebmann et Krapf, 
attachés à la station anglaise de Mombaze, découvrent, 
au nord de Zanzibar et presque sous la ligne, deux 
hautes montagnes couvertes de neiges perpétuelles où 
ils croient reconnaître les Monts de la Lune de Ptolémée 
et le siège probable des sources du Nil. Cette décou- 
verte stimula tout à coup d'une façon exceptionnelle le 



DE LÀ DÉCOUVERTE AFRICAINE AU XIX e SIÈCLE 23 

zèle des explorateurs. On entrevit la possibilité de 
pénétrer, du côté du sud, dans la vallée du Nil et 
d'arriver, par cette voie nouvelle, à la solution du 
problème. 

Deux officiers de l'armée de l'Inde, les capitaines 
Burton et Speke, reçoivent de la Société géographique 
de Londres la mission de tenter cette grande entreprise. 
En 1857, ils partent de Zanzibar, poussent droit vers 
l'intérieur et arrivent, le 13 février 1858, au bord du 
lac Tanganyka. C'est une date qui marque dans les 
annales de l'exploration africaine. Après avoir traversé 
le lac dans sa largeur, les deux voyageurs se séparent; 
Speke se dirige seul vers le nord et atteint, dans cette 
direction, la rive méridionale d'un second et vaste réser- 
voir appelé Ukerewe par les indigènes, mais que Speke 
baptisa du nom de la reine d'Angleterre (Victoria 
Nyanza). Convaincu d'avoir trouvé cette fois la vraie 
source du Nil, Speke se remet bientôt en route, accom- 
pagné du capitaine Grant. En 1861, l'expédition se 
retrouve auprès du Victoria qu'elle contourne par 
l'ouest, sans s'apercevoir du voisinage d'un autre grand 
lac, et pénètre dans le pays d'Ouganda, dont le roi Mtesa 
l'accueille avec empressement. Sur le bord septentrio- 
nal du lac, Speke et Grant en découvrent l'issue, qu'ils 
signalent, dès ce moment, comme la branche originelle 
du Nil. Bien qu'ils n'aient pu constamment en descen- 
dre le cours, les assertions des deux voyageurs anglais 
ont reçu des entreprises subséquentes , notamment de 
celles du colonel Long (1874) et de Stanley (1875), une 
vérification éclatante. A Gondokoro, sur leur retour, 
Speke et Grant rencontrent Samuel Baker, qui venait 



24 APERÇU DE L HISTOIRE 

d'entreprendre, avec son héroïque compagne, la même 
exploration en sens inverse. La jonction des deux expé- 
ditions annonce que la solution du grand problème est 
proche. 

En poursuivant sa course au sud, Baker reprend le 
Nil aux chutes de Karuma, point où ses devanciers s'en 
étaient éloignés, et reconnaît que le fleuve se décharge 
dans un deuxième et vaste bassin, le Mwutan, auquel 
il donna le nom d'Albert Nyanza. C'était en mars 1864. 
Bien que Baker n'eût vu qu'une faible partie du littoral 
de ce lac et n'en eût pas trouvé l'issue, le système prin- 
cipal du Nil est dès lors quasi déterminé. 

Ces grandes découvertes, en aiguillonnant l'ardeur 
des savants et des voyageurs, donnent également nais- 
sance à de vastes plans politiques. La concentration de 
tous les territoires dont se compose l'immense bassin du 
Nil sous le sceptre du vice-roi d'Egypte, devient une 
pensée arrêtée au Caire et dont l'exécution passe rapi- 
dement dans le domaine des faits. En 1870, Samuel 
Baker part, à la tête d'un petit corps d'armée, avec la 
double mission d'étendre jusqu'aux lacs l'autorité du 
Khédive et de réprimer le trafic des esclaves. Cette 
expédition, qui dura jusqu'en 1873 et coûta au trésor 
égyptien l'énorme somme de vingt-six millions, n'at- 
teignit qu'en partie son but. En 1874, le colonel Gor- 
don fut chargé de la reprendre sur d'autres bases. Cette 
campagne, qui s'est prolongée jusqu'en 1876, a donné 
des résultats notables. La domination du vice-roi a 
reçu dans ces contrées une base solide par l'établisse- 
ment d'une série de stations militaires échelonnées 
depuis l'embouchure du Sobat jusqu'au Nil Somerset : 



DE LA DÉCOUVERTE AFRICAINE AU XIX e SIÈCLE 25 

Mrouli, Foweira et Magungo sur le lac Albert mar- 
quent actuellement les points extrêmes de cette ligne 
d'occupation. En même temps la tentative de remonter 
le Nil jusqu'à ce dernier bassin a été couronnée de 
succès. Un bâtiment à vapeur, transporté par terre 
depuis Gondokoro jusqu'à Duffli, section où les rapides 
rendent le Nil absolument impraticable, a été recon- 
struit au delà de la cataracte de Méri. Un lieutenant 
de Gordon, l'ingénieur Gessi, accompagné d'un autre 
Italien, Piaggia, a pénétré, le 18 mars 1876, après un 
voyage de onze jours, dans les eaux du lac, dont il a 
exploré les deux rives et atteint au midi la limite de 
navigabilité. 

Pendant que Gessi exécute cette circumnavigation, 
Piaggia, qui l'avait quitté à Magungo, à l'embouchure 
du Nil dans le lac, remonte le fleuve jusqu'à un autre 
réservoir découvert, en 1874, par le colonel Long, le 
lac Ibrahim ou Capecchi, et fait également le tour de ce 
bassin en six jours. Deux années auparavant, Long, 
qui ne se distingua pas moins dans cette grande expé- 
dition, avait dépassé ce point, tracé le cours du Nil 
jusqu'à Urondogani, endroit où l'avait quitté Speke, et 
poussé jusqu'aux bords de l'Ukerewe. 

Cet ensemble de recherches a eu pour résultat géné- 
ral de déterminer d'une façon définitive le cours du Nil 
Blanc depuis les chutes de Ripon, où il sort du Victo- 
ria Nyanza. Un voyageur, célèbre par l'audace autant 
que par le bonheur de ses entreprises, l'Américain 
Stanley, vient d'apporter sur ce dernier point un com- 
plément essentiel aux travaux de Speke et de Grant, 
de Baker et de Gordon. Parti de la côte orientale vers 



26 APERÇU DE L HISTOIRE 

la fin de l'année 1874, il a transporté un léger bâti- 
ment jusqu'au lac Victoria, dont il a accompli la 
circumnavigation en cinquante-huit jours. Il a constaté 
de la sorte l'unité et la continuité de cet immense réser- 
voir qui reçoit dix fleuves et mesure plus de 1,600 kilo- 
mètres de circuit. Après une résidence prolongée 
chez le roi d'Ouganda, où il fit la rencontre d'un mem- 
bre de l'expédition égyptienne, Linant de Bellefonds, 
qui depuis a si malheureusement succombé dans une 
embuscade chez les Bari, Stanley a poursuivi sa course 
à l'ouest et atteint le lac Albert, dont les dispositions hos- 
tiles des habitants ne lui permirent pas d'entreprendre 
la navigation, qui allait être exécutée du reste par Gessi. 
Redescendant au midi, il a rencontré un affluent consi- 
dérable du Victoria, le Kagera, qui traverse lui-même 
une large nappe d'eau, l'Akenyara; Stanley a donné à 
ce système, qu'il regarde comme la source la plus éloi- 
gnée du Nil, le nom de la princesse Alexandra. Au 
mois d'avril 1876, il atteignait le troisième des grands 
lacs de l'Afrique équatoriale, le Tanganyka, qu'il 
explora également le premier dans toute son étendue. 
La circumnavigation de ce vaste bassin, accomplie en 
cinquante et un jours, a rectifié quelques-unes des 
données de Cameron sur l'écoulement du lac par le 
Loukouga; elle a prouvé en même temps que le Tan- 
ganyka ne possède, à son extrémité septentrionale, 
aucune communication avec le système du Nil. 

Après d'aussi grands travaux, Stanley, qui avait vu 
déjà succomber à ses côtés près de la moitié d'une 
expédition composée au début de trois cents hommes, 
n'en continua pas moins son entreprise avec une 



DE LA DÉCOUVERTE AFRICAINE AU XIX e SIÈCLE 27 

énergie admirable; au mois d'août 1876, il résolut, en 
se dirigeant à l'ouest vers Nyangwe, d'aborder un 
terrain complètement vierge et de reprendre, sur les 
rives du Lualaba, l'œuvre interrompue de Livingstone 
et de Cameron. Il s'éloigna de Nyangwe en novembre, 
avec l'intention de traverser le continent en côtoyant le 
fleuve dans la direction du nord. Harcelé sans relâche 
par les indigènes, obligé de livrer trente-deux combats 
pour forcer le passage, il réussit néanmoins à descendre, 
à travers cinquante-sept chutes et rapides, le cours du 
Lualaba jusqu'à son embouchure et à constater ainsi 
son identité avec le Congo. Le 8 août 1877, il arrivait à 
Emboma, à bout de forces et de ressources; sa caravane 
était presque détruite, ses trois compagnons anglais, 
Frédéric Barker, les frères Edouard et François Pocock 
avaient successivement péri à ses côtés; mais le but était 
atteint : une vaste courbe venait d'être décrite au cœur 
même de l'Afrique équatoriale et l'un des plus grands 
problèmes de la géographie contemporaine était 
résolu. 

La connaissance des deux principaux fleuves de 
l'Afrique est, grâce à ces importantes découvertes, un 
fait acquis à la science, mais il s'en faut que leur bassin 
soit intégralement déterminé. Pour le Congo, tout à 
peu près reste à faire; en butte à de continuelles 
attaques, Stanley a dû se borner à naviguer sur le 
fleuve même, sans pouvoir pénétrer dans l'intérieur du 
pays. Il n'en est pas de même du Nil; avec l'artère 
principale, s'est ouverte une partie notable de son 
bassin. La ligne des hauteurs qui délimitent celui-ci 
de chaque côté, le système des affluents qui forment, 



28 APERÇU DE L'HISTOIRE 

surtout à l'ouest, un réseau serré, ont été au moins 
partiellement reconnus. On s'est rencontré, sur ce 
terrain, avec les voyageurs qui exploraient, les uns la 
partie centrale du Soudan, les autres l'Abyssinie, et on 
a pu relier ainsi les observations faites en partant de 
points opposés. Parmi les hommes qui se sont illustrés 
sur ce champ d'investigation, il faut signaler succes- 
sivement un Belge mort sur le théâtre de ses recher- 
ches, Eug. de Pruyssenaere , qui de 1859 à 1864 
parcourt le Sennaar et les rives du Sobat et dont 
un savant allemand, M. Zôppritz, vient seulement 
de tirer les travaux de l'oubli; le marquis Antinori 
qui, en 1860, visite les contrées arrosées par le fleuve 
des Gazelles et le Djour; les Français Lejean et 
Peney, qui explorent les mêmes régions en 1861; 
le consul anglais Peterick, qui, dans ses courses 
répétées de 1848 à 1863, pénètre, vers le sud, jusque 
dans le pays des Niam-Niam, où l'Italien Piaggia réside 
même toute une année (1864). Deux Allemands, Th. de 
Heuglin et le botaniste Steudner — ce dernier mourut 
dans le cours de cette campagne, — poussent, au delà 
du fleuve des Gazelles et du Djour, leurs explorations 
jusque dans le Dar Fertit. Toutes ces expéditions pré- 
parent le remarquable voyage du D r Schweinfurth qui, 
parti, en 1869, de Khartoum, arrive jusque 3° 35' de lati- 
tude nord à travers le pays des Niam-Niam et des Mon- 
bouttou. Il décrit ce peuple inconnu avant lui, atteint 
la ligne de faîte, peu marquée du reste, qui sépare le 
bassin du Nil de celui du lac Tsad, et découvre sur le 
versant occidental le fleuve encore mystérieux qu'il 
appelle l'Uelle. Arrivé à ce point, le courage du hardi 



DE LA DÉCOUVERTE AFRICAINE AU XIX e SIÈCLE 29 

voyageur n était pas à bout, mais lepuisement de ses 
ressources le força de rétrograder. Avec 40,000 francs 
de plus à sa disposition, il croit qu'il aurait pu entraîner 
ses gens jusqu'au cœur du Soudan, où il se fût peut- 
être rencontré avec le D r Nachtigal. A côté de ces 
explorateurs illustres, il nous reste à mentionner deux 
hommes qui en furent de dignes émules : l'un est l'Ita- 
lien Miani, qui pénétra l'un des premiers dans le bassin 
du Nil jusqu'à la cataracte de Méri, où Speke retrouva 
son nom gravé sur un arbre et qui alla mourir, en 
1872, au lointain pays des Monbouttou; l'autre est 
l'Autrichien Marno, qui, après s être avancé, au sud de 
FAbyssinie, jusque dans le pays des Galla, a opéré 
naguère une reconnaissance de la rive gauche du Nil 
Blanc dans la direction des contrées que Schweinfurth 
venait d'atteindre par une autre voie (1875). 

Il s'ouvre ici aux recherches un champ aussi étendu 
que neuf ; c'est le centre même de l'Afrique équato- 
riale qui sollicite désormais le courage et la curiosité 
des/voyageurs. 

Cette vaste région inconnue du plateau central, dont 
les expéditions dans le Soudan et la vallée du Nil font 
flotter actuellement la limite septentrionale entre % et 
10 degrés de latitude nord, n'a pas laissé d'être fré- 
quemment entamée sur ses autres frontières. Les expé- 
ditions portugaises ont eu sur ce théâtre, à une époque 
déjà éloignée, une importance qu'on ne leur soupçonne 
généralement pas. Les grands États des Kazembe, des 
Kassongo, desMuata Yamvo, qui commencent seulement 
aujourd'hui à sortir de l'obscurité, ont été parcourus, 



30 APERÇU DE L'HISTOIRE 

pendant la première moitié de ce siècle, par toute une 
série de voyageurs portugais qui, de la côte occidentale, 
sont arrivés jusqu'à la limite orientale du plateau; tels 
sont Lacerda, mort sur le terrain de ses recherches 
(1798); les Pombeiros (1808-1810), Monteiro (1831), 
Graça (1843-1846), Silva Porto surtout, qui prélude 
dignement aux travaux de Livingstone et de Cameron 
en exécutant, de 1852 à 1854, la traversée complète de 
l'Afrique depuis Benguela jusqu'au cap Delgado. Ladis- 
lasMagyar, auquel son alliance avec une princesse indi- 
gène de Bihé prête parmi ses émules une physionomie 
particulière, visita également, en 1850, ces contrées. 

Sur la côte occidentale, c'est le capitaine anglais 
Tuckey qui remonte, en 1816, le Congo jusqu'à 448 ki- 
lomètres de son embouchure, au delà de la cataracte 
de Sangalla, et succombe aux influences pernicieuses 
du climat; c'est Du Chaillu qui, en 1856 et 1864, 
explore successivement les embouchures du Gabon et 
de l'Ogoué (Ogowaï) et pénètre, au sud de ce dernier 
fleuve, à 370 kilomètres a l'intérieur du continent. 
Après lui, le lieutenant Serval, de la marine fran- 
çaise (1862), le missionnaire anglais Walker, les 
voyageurs français Marche et marquis de Compiègne 
poursuivent l'exploration de l'Ogoué; ces derniers 
avaient atteint, en 1874, les chutes de Boue, quand un 
assaut violent des indigènes et la déroute de leur escorte 
les forcèrent à rebrousser chemin. Un officier de la 
marine française, Brazza de Savorgnan, vient de 
reprendre cette tentative, de concert avec Marche et le 
D r Ballay. A la fin de 1876, l'expédition était arrivée au 
pays des Adouma, à une cinquantaine de kilomètres au 



DE LA DÉCOUVERTE AFRICAINE AU XIX e SIÈCLE 31 

delà du point extrême atteint en 1874, et elle a dû con- 
tinuer, depuis le mois de mars de cette année, sa percée 
vers l'intérieur. 

Au sud de l'Ogoué, entre ce fleuve et le Congo, 
s'étend la côte de Loango vers laquelle l'Allemagne 
vient de diriger, dans ces dernières années, un puissant 
effort. Préparée par les voyages de Bastian sur les deux 
rives du Congo (1857), l'expédition allemande com- 
mença ses opérations en 1873, sous la conduite du 
D r Gùssfeld; pendant deux années, elle explora tout le 
littoral entre le 3 e et le 6 e degré de latitude sud et 
poussa ses investigations le long de plusieurs fleuves, 
le Loango, le Quillu, le Nhanga, à une distance de 50 
à 100 kilomètres de leur embouchure. A la fin de 1875, 
Gùssfeld revint en Europe et l'expédition se divisa : 
une double tentative s'organisa, l'une par la province 
d'Angola, l'autre sur l'Ogoué. 

A la première prirent part le capitaine Homeyer, 
Soyaux, le lieutenant autrichien Lux et le D r Pogge. 
La maladie arrêta les deux premiers à Pungo Adungo, 
non loin de la côte; Lux poussa jusqu'au delà du 
Quango ; le D r Pogge, resté seul, passa le Kassabi et 
arriva, à la fin de 1875, à Quinzemena, la résidence 
actuelle du Muato Yamvo. Empêché par ce chef de 
continuer son exploration vers le nord, le voyageur 
allemand a dû revenir sur ses pas, non sans rapporter 
de nombreux renseignements sur les contrées, encore 
si peu connues, du bassin du Congo. Un autre voya- 
geur allemand, qui s'était déjà signalé par d'impor- 
tants travaux, Ed. Mohr, en essayant de reprendre 
la tâche de ses concitoyens, a succombé au mois de 



32 APERÇU DE LHISTOIRE 

novembre 1876, à Malange, aux limites des possessions 
portugaises. 

La tentative dirigée vers l'Ogoué a été confiée au 
D r Lenz, géologue distingué, qui a exploré avec 
succès le cours moyen de ce fleuve et la région qui 
s'étend au nord vers l'établissement français du Gabon. 

à 

En 1876, ce voyageur s'était croisé à la cataracte de 
Doumé, dans le pays des Adouma, avec Brazza de 
Savorgnan. 

L'expédition allemande a pris fin en 1876. Si elle 
n'a pas réalisé toutes les espérances qu'elle avait fait 
concevoir, elle n'a pas laissé néanmoins d'être féconde 
en résultats scientifiques. Sur le même littoral, au fond 
de la baie de Biafra, Burton exécuta, en 1861-1862, 
l'ascension du pic gigantesque de Cameroun, dont les 
pieds reposent dans les flots mêmes de l'Atlantique ; à 
l'extrémité opposée du continent africain, non loin de la 
côte orientale, le baron von der Decken gravit la cime 
plus élevée encore du Kilimandjaro et succomba, en 
1865, en voulant remonter le cours de la rivière 
Djuba. 

L'Afrique australe ne pouvait rester en dehors de ce 
grand mouvement de découvertes. Son extrémité méri- 
dionale, acquise de longtemps déjà à la civilisation, 
offrait aux travaux des voyageurs des ressources nom- 
breuses et une base d'opération particulièrement favo- 
rable. Parmi les hommes qui s'illustrèrent dans cette 
zone, il convient de citer l'héroïque Anderson avec 
ses compagnons Galton et Green (1853-1867), et les 
misssionnaires allemands Hahn et Bath (1857-1866), 




David. Livingstone, 
Né en 1817, mort en 1873 



DE LA DÉCOUVERTE AFRICAINE AU XIX e SIÈCLE 33 

qui sillonnent la région occidentale depuis le fleuve 
Orange jusqu'à la province portugaise de Mossamedes. 
A la même époque, Chapman exécute plusieurs 
voyages de la baie de la Baleine au Zambèze, par le lac 
de Ngami. Le missionnaire anglais Moffat explore, 
de 1856 à 1858, la partie centrale du continent, depuis 
le pays des Matebele jusqu'à l'embouchure du même 
fleuve. Th. Baines parcourt l'ensemble des territoires 
qui s'étendent entre la colonie du Cap et le Zambèse et 
visite la grande cataracte de Victoria, dont il a retracé 
comme artiste le saisissant spectacle (1861-1872). En 
1870, Ed. Mohr atteint le même point. Le zoologue 
allemand Fritsch oasse trois années (1864-1866) dans 
la république d'Orange et chez les Betschuana et réunit, 
dans ses course les éléments de son savant ouvrage 
sur les peuples de l'Afrique méridionale. Le mission- 
naire Merensky résume de son côté, dans un livre sin- 
gulièrement instructif, les résultats de quinze années 
d'études et d'ooservations directes sur les Hottentots, 
les Betschuana et les Cafres (1875). Gh.Mauch parcourt 
le Transvaal et le royaume de Mosilikatsé ; il trouve 
les gisements aurifères de Tati, traverse, en 1872, toute 
la région du sud-est et y découvre, par 20° de latitude, 
les ruines remarquables de Zimbabé. Vincent Erskine 
fixe le cours des rivières de l'Éléphant et du Limpopo, 
qu'il descend jusqu'à son embouchure et explore, en 
arrière de la côte de Sofala, le territoire d'Umsila (1868- 
1872). Sur le rivage opposé de Mozambique, l'île de 
Madagascar, qui forme elle-même une espèce de conti- 
nent distinct, est traversée trois fois dans toute sa 
profondeur par Alfred Grandidier, qui réunit actuelle- 



34 APERÇU DE L HISTOIRE 

ment les résultats de ses cinq années de voyages (1865- 
1870) dans une œuvre monumentale. 

Mais un nom illustre entre tous domine de haut ceux 
des voyageurs qui furent, sur ce théâtre, ses émules 
ou ses continuateurs. David Livingstone occupe une 
place à part dans l'histoire de la découverte de l'Afri- 
que. Pendant plus de trente ans, cet homme admirable 
y a exercé, avec une ardeur infatigable , une énergie 
surhumaine, le double apostolat de l'Évangile et de la 
science. Il a parcouru, lui seul, du sud au nord, de 
l'ouest à l'est, la moitié du continent africain, devenu 
en quelque sorte sa seconde patrie. 

Les courses de Livingstone commencent en 1840 
dans la mission anglaise de Kuruman, chez les Bets- 
chuana; elles le conduisent, en 1845, aux bords du lac 
de Ngami, la première des grandes mers intérieures 
découvertes en Afrique. Ses explorations s'étendent, à 
cette époque, sur les territoires situés au nord du Cap, 
où s'est depuis fondée la république du Transvaal. 
De 1853 à 1856, il exécute le premier de ses grands 
voyages. Il s'élève, par le nord, vers le cours supérieur 
du Zambèse, dont il découvre la magnifique chute, 
plus imposante encore que celle du Niagara, visite la 
région des sources de ce fleuve et pousse, vers l'ouest, 
jusqu'à Loanda, sur la côte de l'Atlantique. De ce point, 
il revient sur ses pas, traverse l'Afrique dans toute sa 
profondeur et débouche à Quilimane, sur l'océan 
Indien. De 1858 à 1864, il accomplit une série de 
voyages qui lui permettent d'achever la détermination 
du bassin du Zambèse; il en explore le cours inférieur, 
remonte, à travers une succession de cataractes, l'af- 



DE LA DÉCOUVERTE AFRICAINE AU XIX e SIÈCLE 35 

fluent du Chiré et s'assure que cette rivière n'est elle- 
même que le canal de déchargement d'un vaste réser- 
voir, le lac Nyassa. 

Après une courte interruption, pendant laquelle il 
revoit l'Angleterre, Livingstone entreprend, en 1866, 
sa troisième et dernière expédition. Il part de l'embou- 
chure de la Rovuma, tourne le Nyassa par le sud et 
pénètre dans la contrée inconnue qui s'étend à l'ouest 
de ce bassin. Là, il rencontre une nouvelle série de 
grands lacs, le Bangweolo, le Moero, le Kamolondo 
(Landschi), que relie un puissant cours d'eau, le Lua- 
labaou Luapula, que Livingstone prend, par erreur, 
pour la branche originelle du Nil, mais que les dernières 
découvertes ont rattaché au système du Congo. En 
1869, il atteint le lac Tanganyka, qu'il traverse en 
partie; puis il reprend à l'ouest et arrive à Nyangwe, 
limite septentrionale de ses explorations. Il revient 
épuisé et malade à Udjiji, où il rencontre, dans l'automne 
de 1871, Stanley, envoyé à sa recherche; car plusieurs 
fois le bruit de sa mort s'était répandu en Europe pen- 
dant ces cinq années. Tandis que Stanley retourne à 
la côte, Livingstone, réconforté et pourvu de nouvelles 
ressources, longe la rive orientale du Tanganyka et 
s'enfonce derechef dans l'intérieur; il complète sur dif- 
férents points ses investigations ; mais bientôt la fièvre, 
contractée dans ces terres marécageuses, sous des 
pluies torrentielles, le ressaisit pour ne plus le quitter. 
Au commencement de 1873, il faisait le tour du lac de 
Bangweolo et en atteignait la rive méridionale. C'est là 
qu'il expire, dans la nuit du 1 er mai, sous un abri 
improvisé par ses serviteurs : on le trouva le matin 



36 APERÇU DE L HISTOIRE 

agenouillé au pied de son lit. L'histoire renferme peu 
de pages plus touchantes et d'un caractère plus 
sublime que le simple récit de cette mort silencieuse et 
solitaire d'un grand homme, martyr d'une grande 
cause. 

Dans cette même année où mourut Livingstone, deux 
expéditions partirent de l'Angleterre pour rechercher 
ses traces. L'une, sous le commandement du lieutenant 
de marine Grandy, prit la côte du Congo pour base 
d'opération, mais ne réussit pas. La seconde, placée 
également sous la direction d'un officier de marine, le 
lieutenant Cameron, alors âgé de vingt-huit ans, amena 
des résultats d'une extrême importance. Guidé par les 
conseils d'un homme supérieur, sir Bartle Frère, Came- 
ron partit de Zanzibar à la fin de 1873. A mi-chemin 
du Tanganyka, à Kaseh, il rencontra le convoi des 
serviteurs de Livingstone, qui rapportaient la dépouille 
de leur maître. Après avoir pris toutes les mesures néces- 
saires pour assurer la translation de ces restes précieux 
et la conservation des papiers de l'illustre voyageur, 
Cameron poursuit résolument sa course. Le 2 février, 
il atteignait le Tanganyka, qu'il sillonna dans la plus 
grande partie de son étendue et dont il leva exactement 
la carte. Dans le cours de ses opérations, il trouva un 
cours d'eau, le Loukouga, dont le courant lui parut 
porter à l'ouest et qu'il prit pour l'émissaire du lac et 
le canal de jonction avec le système du Lualaba. Cette 
découverte décida Cameron à rejoindre cette rivière et 
à continuer ainsi l'œuvre de Livingstone; il arriva jus- 
qu'à Nyangwe, mais là, l'hostilité d'un chef indigène 
l'obligea d'incliner sa route au sud-ouest. Dans cette 



DE LA DÉCOUVERTE AFRICAINE AU XIX e SIÈCLE 37 

direction, il traverse les populeux États des Warua et 
des Balunda, détermine le système des affluents de la 
rive gauche du Congo et débouche, en novembre 1875, 
sur l'Atlantique, dans le voisinage de Benguela. Cette 
mémorable expédition, qui a enrichi la science de 
85 déterminations astronomiques de position et de 
3,718 mesures d'altitude, était digne de Livingstone, 
dont la pensée l'avait fait entreprendre; le succès en 
a été accueilli dans toute l'Europe avec un légitime 
sentiment d'admiration. 

A l'heure où paraissent ces lignes, au moment où 
Stanley, après avoir achevé l'œuvre de Cameron, 
rentre de sa glorieuse campagne sur le Congo, de nou- 
velles entreprises se préparent ou sont en voie d'exé- 
cution. V. Largeau, qui s'est déjà fait connaître par 
deux excursions dans le Sahara, a commencé une expé- 
dition dont le succès préoccupe vivement les esprits en 
France ; il se propose de se rendre de l'Algérie à la côte 
d'Assinie (golfe de Guinée) par le Sahara occidental, 
l'oasis de Touat, le Hogar et Tombouctou. Cette entre- 
prise se rattache au projet de l'établissement de rela- 
tions commerciales directes par le Soudan entre les' 
deux colonies françaises de l'Algérie et du Sénégal. 
L'enseigne de vaisseau Say participe à cette campagne; 
il doit aborder le Hogar du côté de l'est. Un médecin 
allemand, Ermin von Bary, fait une tentative dans le 
même sens; d'après les nouvelles arrivées en juin 
dernier à Ghât, il se trouvait, à cette époque, dans 
l'oasis d'Air. Sur le littoral de l'océan Atlantique, au 
sud du Maroc, un Anglais, Donald Mackenzie, dirige 
un effort vers le cap Juby; son dessein est d'étudier la 



38 APERÇU DE L'HISTOIRE 

possibilité de submerger une partie du Sahara (le Jouf) 
ou du moins d'ouvrir une route commerciale entre ce 
promontoire et Tombouctou. 

L'expédition du marquis Antinori, un instant com- 
promise, a pu se réorganiser dans de bonnes condi- 
tions ; elle est arrivée, en novembre 1 876, dans le Schoa, 
où le roi Menélik l'a accueillie avec faveur. C'est là 
qu'avant de poursuivre sa marche vers le lac Victoria, 
elle doit être ravitaillée par les capitaines Martini et 
Gecchi, qui sont partis le 16 mai dernier de Zeyla, mais 
se trouvaient encore retenus, le 18 juillet, à mi-chemin 
de leur destination, par un conflit entre tribus. L'explo- 
rateur du lac Albert, Gessi, accompagné duD r Matteucci, 
vont tenter de la rejoindre dans le pays de Kaffa, en 
remontant le cours du Nil. Les Sociétés de géographie 
de Hambourg et de Leipzig font un effort dans les 
mêmes parages ; elles envoient à la côte orientale une 
expédition composée de six personnes et munie d'un 
petit bâtiment à vapeur, sous la direction de l'ingénieur 
Gl. Denhardt et du D r Fischer. Il s'agit d'explorer le 
système hydrographique auquel le mont Kenia sert de 
pivot et dont les eaux se dirigent à l'ouest vers le Vic- 
toria, à l'est vers l'océan Indien par les fleuves Dana et 
Juba. 

A la côte occidentale, Brazza de Savorgnan continue 
vaillamment sur l'Ogoué, avec ses compagnons Marche 
et Ballay, une campagne qui peut devenir féconde en 
grands résultats. Le gouvernement portugais vient de 
prendre à son tour, sur ce terrain, une initiative qui 
l'honore : il a soumis aux Cortès, qui y ont donné 
leur sanction, le vote d'un crédit de 165,000 francs 



DE LA DÉCOUVERTE AFRICAINE AU XIX e SIÈCLE 39 

destinés à défrayer une exploration scientifique dans 
l'Afrique centrale. Cette expédition, qui se compose 
du major Serpa Pinto, du capitaine de frégate Brito 
Capello et du lieutenant de marine Rob. Iwens, a 
quitté Lisbonne le 7 juillet dernier. Son objectif est de 
reconnaître les bassins du Congo et du Zambèse, ainsi 
que le système de leurs affluents méridionaux, notam- 
ment le Kassabi et le Quango. On prendra pour base 
(^'opération la province d'Angola, en essayant de sortir 
par celle de Mozambique. 

L'Angleterre, dont les préoccupations se sont con- 
centrées dans les derniers temps sur les entreprises au 
pôle nord, reporte également son attention du côté de 
l'Afrique où la sollicitent de puissants intérêts : c'est 
surtout par l'intermédiaire de ses missions religieuses, 
qui disposent d'admirables dévouements et de res- 
sources énormes 1 , quelle y exerce son action civilisa- 
trice. Les grands lacs de l'Afrique équatoriale sont 
devenus, de la part des Sociétés de mission anglaises, 
l'objet d'un plan largement conçu et qui passe rapide- 
ment dans le domaine des faits. L'initiative a été prise 
par l'Église écossaise (Free Chnrch Mission) qui, à la fin 
de 1875, a fondé à l'extrémité méridionale du lac 
Nyassa, sur le promontoire de Maclear, la station de 

1 En 1875, l'Angleterre a mis à la disposition de ses missionnaires une 
somme de 4,032,176 livres sterling. Ce total représente exclusivement les 
fonds souscrits dans Tannée, non compris les excédants des exercices anté- 
rieurs ni la rente des immeubles ou capitaux placés. Il a été versé, entre 
autres, pour les missions anglicanes seules, 446,288 livres ; pour les non-con- 
formistes 308,517 livres; pour les catholiques 11, 786 livres. Une seule per- 
sonne, M. Robert Arthingthon, de Leeds, a donné 5,000 livres pour fonder 
l'établissement du Tanganyka. De tels faits caractérisent noblement le génie 
et le cœur d'un grand peuple. 



40 APERÇU DE L'HISTOIRE 

Livingstonia. Le lieutenant de marine Young, qui a 
dirigé l'expédition, a fait transporter un léger steamer 
(Yllala) en amont des cataractes du Chiré; le 12 octobre 
4875, il entrait sous vapeur dans le lac, dont il a exé- 
cuté depuis la circumnavigation. Les lettres publiées 
depuis cette date par le D r Stewart, dans les Annales de 
V Église libre d'Ecosse, respirent une haute confiance et 
sont pleines de promesses d'avenir. 

Trois autres tentatives ont de près suivi celle-là. 
L evêque Steere, de la Mission Universitaire, s'est rendu 
de la baie de Lindy, près du cap Delgado, à l'extrémité 
nord du lac Nyassa, en suivant, en général, le cours 
de la Rovuma; par son initiative, une station vient 
d'être fondée à Masasi, au bord de ce fleuve. Une autre 
va être établie par la Société des Missions de l'Église 
sur les rives du lac Victoria, probablement dans l'Ou- 
ganda; l'expédition, composée de plusieurs mission- 
naires (O'Neil, Clarke, Wilson), du lieutenant et du 
D r Smith, a quitté Zanzibar le 29 juillet 1876; deux de 
ses membres, les révérends Wilson et O'Neil, sont 
arrivés, six mois après, à Kagehyi, sur la rive méri- 
dionale du lac. La troisième fondation va se faire au 
bord du Tanganyka, à Udjiji, par les soins de la Société 
des Missions de Londres : il s'agit de créer sur ce point 
une espèce de colonie agricole et religieuse. La tenta- 
tive, couronnée de succès, faite par le missionnaire 
Roger Price,.de se rendre de la côte au plateau en 
chariot attelé de bœufs a ouvert de ce côté des perspec- 
tives nouvelles. Le développement progressif de ce vaste 
projet des Églises d'Angleterre d'organiser une chaîne 
de stations religieuses entre la rive septentrionale du 



DE LA DÉCOUVERTE AFRICAINE AU XIX e SIÈCLE 41 

Victoria Nyanza et la pointe sud du Nyassa peut ame- 
ner, dans un avenir prochain, des conséquences incal- 
culables. Le Comité national qui dirige à Londres le 
Fonds Africain, va coopérer indirectement à sa réalisa- 
tion : il vient de tracer, entre l'Océan, les grands lacs 
et le Zambèse, tout un réseau d'exploration compre- 
nant neuf itinéraires qu'il se propose de faire parcourir 
successivement par ses voyageurs et dont plusieurs 
deviendront des routes régulières. C'est enfin sur le 
même théâtre que l'Association internationale va entrer 
en activité; sa première expédition a pour but le 
Tanganyka, et c'est probablement au delà de ce lac, 
sur les rives du Lualaba, que s'élèvera le premier 
établissement fondé sous ses auspices. 

Les résultats essentiels des principaux voyages qui 
viennent d'être mentionnés, se trouvent résumés et 
peuvent s'embrasser d'un coup d'œil dans l'intéressante 
carte de l'Afrique que le savant géographe allemand 
H. Kiepert a publiée, en 1874, dans le t. VIII du Bulletin 
de la Société de géographie de Berlin. Les teintes em- 
ployées déterminent en même temps la part qui revient 
aux diverses nationalités de l'Europe dans ce grand tra- 
vail d'exploration qui a malheureusement compté trop 
de martyrs. Mais si les sacrifices ont été cruels, au moins 
n'ont-ils pas été sans fruit. On se fera une idée des pro- 
grès accomplis en rapprochant la carte de Kiepert de 
la description que donnait, en \ 822, du continent afri- 
cain, Ch. Ritter, dans sa Géographie comparée, qui n'en 
reste pas moins, il est vrai, malgré ses lacunes, un 
monument de génie et de science. C'est véritablement 



42 APERÇU DE L HISTOIRE 

un monde nouveau qui s est ouvert à l'activité humaine. 
Sans doute, bien des emplacements demeurent encore 
vides sur nos cartes ; il reste encore environ un quart 
de l'Afrique à reconnaître et à décrire ; quantité de nos 
données actuelles sont incomplètes ou provisoires ; mais 
l'impulsion imprimée aux recherches est telle, qu'il est 
permis d'espérer que le siècle ne finira pas sans avoir 
vu achever cette immense tâche, surtout s'il devient 
possible de donner aux entreprises des voyageurs une 
base à la fois plus large et plus sûre. 



CHAPITRE II 

coup d'oeil sur la géographie physique de l'afrique. — 

systèmes orographiques et hydrographiques. climat 

et productions. 

L'Afrique se présente dans ses contours généraux 
sous la forme d'un vaste triangle, surtout si on la com- 
plète par la péninsule arabique, qui en est une dépen- 
dance naturelle. Depuis que l'isthme de Suez a fait 
place à un canal de 126 kilomètres, c'est une île tota- 
lement isolée : sa plus grande longueur verticale, du 
cap Blanc au cap des Aiguilles, est de 8,015 kilomètres ; 
sa plus grande largeur, du cap Vert au cap Gardafui, 
de 7,790 kilomètres ; sa superficie totale mesure près 
de 30 millions de kilomètres carrés. 

Un simple coup d'oeil sur la carte de ce continent 
fait ressortir l'un des traits les plus saillants de sa con- 
formation. La côte africaine est découpée suivant des 
lignes droites ; elle n'a d'autres sinuosités profondes que 
les Syrtes au nord et le golfe de Guinée à l'ouest : ces 
golfes eux-mêmes manquent de baies spacieuses et 
salubres. Proportionnellement, le littoral d'Afrique est 
trois fois moins étendu que celui de l'Europe. Si l'on 
joint à ce caractère le soulèvement du sol dans le voisi- 
nage immédiat de la côte et presque partout parallèle- 



44 COUP DOEIL 

ment à celle-ci, il devient facile de reconnaître les 
motifs du long isolement de l'Afrique. Faites courir le 
long du rivage oriental de l'Amérique du Sud une 
chaîne de montagnes parallèle aux Andes, et les condi- 
tions physiques de l'Afrique se reproduisent immédia- 
tement : des côtes basses et marécageuses; à des dis- 
tances inégales mais toujours rapprochées de l'océan, 
un vaste plateau central que traversent de nombreuses 
dépressions, tantôt verticales, tantôt horizontales; 
des cours d'eau ou bien insignifiants comme ceux de 
l'Algérie, du Maroc, du Gap, ou bien singulièrement 
imposants et étendus, mais n'arrivant en ce cas à la 
mer qu a travers des successions de cataractes qui 
opposent d'extrêmes difficultés à la navigation. Telle 
est l'image abrégée de l'Afrique et ces faits contien- 
nent, sous bien des rapports, l'explication de ses des- 
tinées. 

Au point de vue du relief de sa surface, le continent 
africain présente les oppositions les plus tranchées. 
Malgré les lacunes qui existent encore dans cet ordre 
de connaissances, on peut discerner sept systèmes oro- 
graphiques dont quatre sont parallèles et trois perpen- 
diculaires à l'équateur. 

Au nord, court la chaîne de l'Atlas, dans la direction 
S.-S.-O. auN.-N.-E., depuis Agadir, sur l'Atlantique, 
jusqu'à Tunis, où elle descend à pic vers la Méditer- 
ranée ; elle atteint sa plus grande altitude dans le Maroc, 
à Miltsin, par 3,475 mètres; au sud de l'Algérie, elle 
s élève encore dans le mont Aurès à 2,318 mètres. 

Derrière le massif de l'Atlas et les plateaux de Ham- 



SUR LA GÉOGRAPHIE PHYSIQUE DE LAFRIQUE 45 

madan et de Barka, qui le continuent vers l'est, s étend 
depuis l'Atlantique jusqu'à la vallée du Nil, sur une 
profondeur moyenne de 1,200 kilomètres, l'immense 
désert du Sahara, ce second rempart qui a protégé si 
longtemps l'Afrique intérieure contre les investigations 
de la science. Aujourd'hui que de nombreux voya- 
geurs, en tête, desquels il faut citer Barth, Rohlfs, 
Duveyrier et Nachtigal, l'ont sillonné en divers sens, le 
Sahara se présente sous un aspect nouveau. Ce n'est 
plus la dépression uniforme et profonde, le lit mouvant 
et stérile d'une mer desséchée que l'on s'était toujours 
figuré : c'est une vaste plaine, qui a ses vallées et ses 
montagnes, qui renferme des populations non-seule- 
ment nomades mais aussi sédentaires, et qui se couvre 
de végétation partout où l'action de la pluie se fait 
sentir. Le caractère du désert sablonneux et aride 
domine à l'ouest; celui du steppe, tantôt verdoyant, 
tantôt pierreux, prévaut vers l'est. Le Sahara offre 
plusieurs dépressions profondes, comme celle d'El 
Jouf, au sud du Maroc, où l'on a conçu naguère la 
pensée de faire pénétrer l'Atlantique par un canal; 
celle de l'Ouad Rir, au sud de l'Algérie, descend sensi- 
blement, ainsi que celle de la Libye, au-dessous du 
niveau de la Méditerranée : cette dernière tombe 
jusqu'à 104 mètres. Les schott algériens sont moins 
bas; d'après le nivellement du capitaine Roudaire, ils 
couvrent, avec une profondeur de 23 à 40 mètres, une 
superficie de 6,000 kilomètres carrés; cette dépression 
se continue — non toutefois sans interruption, car le 
Djerid est au-dessus de la Méditerranée — dans la 
Tunisie jusqu'au seuil de Gabes, haut de 46 mètres 



46 COUP DOEIL 

au moins sur une épaisseur de 20 kilomètres. Partout 
ailleurs, le pays forme plutôt des plateaux entre- 
coupés de vallées; celui du Fezzan atteint 430 mètres. 
Quelques uns de ces plateaux isolés deviennent, en 
s élevant, de pittoresques oasis : tels sont les groupes 
montagneux d'Asgar (1,300 mètres), d'Aïr (1,450 mè- 
tres), d'Anahef (1,600 mètres). L'îlot du Tibesti, que le 
D r Nachtigal a visité pour la première fois en 1870, 
et qui est peut-être l'endroit le plus inhospitalier 
du Sahara, en forme le point culminant; il mesure 
jusqu a 2,600 mètres d'altitude. 

A l'extrémité opposée de l'Afrique se dresse l'énorme 
massif des montagnes du Gap, qui s'abaisse, par une 
succession de trois terrasses, vers la pointe méridio- 
nale du continent. Le littoral, la plaine de Karrou 
(1,000 mètres) et le haut plateau de l'Orange qui se 
développe dans le Roggeveld, le Nieuweveld et le 
Schneeberg (1,600 mètres), en forment les assises. Ce 
système se continue dans la Gafrerie et Natal, où il 
s'appuie au Drakenberg. Des pics imposants le domi- 
nent : le Compas (2,682 mètres) du côté du Gap, le 
Cathkin (3,058 mètres) dans la colonie de Natal : par- 
tout les rampes sont abruptes et ne livrent accès vers 
l'intérieur que par des passes étroites. Adossées au pro- 
longement septentrional du Drakenberg, les deux répu- 
bliques sud-africaines forment elles-mêmes une haute 
terrasse inclinée à l'ouest et d'une élévation de 1,800 à 
2,500 mètres. 

A ce système correspondent, mais à des altitudes 
beaucoup moindres, les hauteurs qui séparent les bas- 
sins du fleuve Orange et du Limpopo de celui du Zam- 



SUR LA GÉOGRAPHIE PHYSIQUE DE LAFRIQUE 47 

bèse. Elles se caractérisent dans le plateau aride et 
désert de Kalahari, avec ses deux contreforts d'Owa- 
herero (2,600 mètres) à l'ouest et des monts Matoppo 
(2,200 mètres) à lest. Entre ces deux massifs se trouve 
la dépression qui forme le lac Ngami. Au delà se déve- 
loppe un pays alpestre, parcouru dans tous les sens par 
Livingstone : le trait dominant de cette région, d'une 
altitude moyenne peu considérable, est son extrême 
richesse hydrographique. Le Zambèsé et ses nombreux 
affluents y répandent la fertilité et la vie. Dans la 
saison des pluies, toute la zone qui correspond au cours 
supérieur et moyen du Zambèse se convertit en un lac, 
et l'inondation s'étend même au delà de la ligne de 
faîte, jusque dans le bassin du Congo. C'est cette cir- 
constance qui a suggéré à Cameron la pensée qu'on 
pourrait relier un jour, par un canal, ces deux grands 
systèmes fluviaux. 

Le bassin du Zambèse est fermé au nord par le pla- 
teau de Lobisa qui se poursuit vers l'ouest par la chaîne 
de Muxinga. Le plateau, haut de plus de 2,000 mètres, 
en s'abaissant brusquement à l'est, forme, à une alti- 
tude de 464 mètres, la vaste dépression du lac Nyassa. 
Une chaîne qui porte le nom de Livingstone et dont 
les sommets s'élèvent de 3,000 à 3,700 mètres, côtoie, 
sur une longueur de 160 kilomètres, la rive orientale 
du lac qu'elle surplombe de ses falaises escarpées. 
A l'ouest, la rampe descend lentement par une série de 
terrasses; elle atteint son point culminant dans cette 
direction aux monts Mossamba, dans la province de 
Benguela. Ce soulèvement constitue, sur une étendue 
d'environ 1,500 kilomètres, la ligne de séparation des 



48 coup d'oeil 

eaux qui se rendent à l'Atlantique d'une part, à l'océan 
Indien de l'autre. L'abondance des sources, dont la plu- 
part forment de grandes rivières, est ici extraordi- 
naire; Livingstone en a compté 32 sur une distance de 
110 kilomètres. Des voyageurs ont comparé les innom- 
brables mailles de ce réseau hydrographique aux irra- 
diations que la gelée trace sur nos fenêtres pendant les 
nuits d'hiver. 

C'est entre ce système montagneux au sud et le pla- 
teau du Sahara au nord que s'étend l'Afrique centrale, 
devenue aujourd'hui l'objectif principal de l'explora- 
tion scientifique. C'est un massif élevé, d'une étendue 
sans analogue sur le globe et présentant l'aspect 
général d'un trapèze; l'inclinaison du terrain est 
d'orient en occident. De hauts plateaux d'où s'élancent 
isolément des sommets qui comptent parmi les plus 
élevés de la terre, le bordent ou le traversent : de leurs 
flancs descendent les fleuves les plus majestueux, dans 
leurs intervalles se déploient les lacs les plus gigantes- 
ques du monde. 

Trois lignes de hauteurs coupent, du sud au nord, le 
plateau central de l'Afrique. La première en constitue 
le bord oriental ; elle commence vers le 9 e degré de lati- 
tude sud où elle se soude à la chaîne Livingstone, 
court parallèlement à la côte et va s'épanouir dans 
l'énorme massif abyssin, duquel se détache, vers le 
nord, la chaîne arabique. Cet imposant rempart sert 
de ligne de faîte à trois mers ; il atteint ses points cul- 
minants presque sous l'équateur, dans le Kilimandjaro 
(6,116 mètres) et le Kenia (6,095 mètres), dont les 
cimes, couvertes de neiges éternelles, ne sont pas seu- 




Rapides du Mtambu.riay (côte occidentale). 



SUR LA GÉOGRAPHIE PHYSIQUE DE LAFRIQUE 49 

lement les plus élevées de l'Afrique, mais n'ont pas 
d'égales en Europe et ne sont que rarement dépassées 
en Asie 1 . L'altitude moyenne de la chaîne est de 1,800 à 
2,100 mètres; vers l'ouest, elle se développe en un pla- 
teau dont deux vastes dépressions forment, l'une sous 
la ligne même, à 1,148 mètres de hauteur, l'immense 
lac Victoria Nyanza qui est le réservoir originaire du 
Nil, l'autre plus au sud, à 826 mètres d'élévation, le 
bassin à peine moins considérable du Tanganyka, que 
les récentes découvertes de Gameron et de Stanley ten- 
dent à rattacher au système fluvial du Congo. 

A l'ouest de cette ligne s'en présente une seconde 
avec des altitudes moyennes analogues : elle suit la 
rive occidentale du Tanganyka et passe entre les deux 
lacs de Victoria et d'Albert Nyanza, où se dressent, dans 
le Mfumbiro (3,300 mètres), et le Gambaragara 
(4,800 mètres), ses points culminants. Là, elle s'abaisse 
vers l'est en formant cette succession de plateaux qui 
constituent les États d'Ouganda, de Karagwe, d'Ou- 
nyoro, de Ruanda, fréquemment visités par les voya- 
geurs ; à l'ouest, elle se rattache aux Montagnes Bleues 
de Baker, se dirige ensuite vers l'océan Atlantique en 
séparant les bassins respectifs du Nil, du lac Tsad, de 
l'Ogoué et du Congo, élève dans l'Adamaua les cimes 
imposantes du MindhT (2,000 mètres) et de l'Alantika 
(3,000 mètres) et se termine, au fond de la baie de 
Biafra, par le pic colossal de Cameroun (3,900 mètres). 

La troisième chaîne de montagnes de l'Afrique cen- 

1 Le plus haut sommet de l'Europe, le mont Blanc, a 4,810 mètres d'alti- 
tude; la plus grande élévation du globe est atteinte dans le pic Everest 
qui fait partie de la chaîne de l'Himalaya et mesure 8,839 mètres. 

4 



50 COUP DOEIL 

traie est celle qui forme le bord occidental du plateau : 
elle s'étend, sous les dénominations successives de 
sierra do Cristal, sierra Gumplida, sierra Fria, etc., à 
travers les provinces de Loango, d'Angola et de Ben- 
guela, où elle se soude au massif des monts Mossamba. 
Sa distance de la côte varie de 220 à 330 kilomètres ; 
l'altitude, qui suit une échelle décroissante dans la 
direction du sud au nord, descend de 1,400 à 200 mè- 
tres. C'est en franchissant ce rempart que les grands 
fleuves de l'Afrique occidentale forment les cataractes 
qui ont jusqu'ici empêché les voyageurs et les com- 
merçants de pénétrer par ces voies au cœur du pays. 
On peut considérer comme le prolongement occi- 
dental de ce système, en envisageant le Cameroun 
comme le nœud commun de jonction, la ligne de hau- 
teurs qui sépare la côte de Guinée du Soudan et qui 
est connue sous le nom de montagnes de Kong. Cette 
chaîne côtière, en se redressant au nord, s'épanouit 
dans le massif sénégambien, dont les derniers contre- 
forts s'abaissent vers le Sahara et qui forme la ligne de 
partage des eaux du Niger, du Sénégal et de la Gambie. 

La description orographique du continent africain 
fournit directement la clef du régime de ses eaux. 
Autant l'Afrique septentrionale est mal pourvue sous 
ce rapport, autant il y a surabondance dans l'Afrique 
centrale. Celle-ci forme la base du système fluvial 
presque tout entier; sur une superficie d'environ six 
millions de kilomètres carrés, elle réunit les sources 
de trois énormes cours d'eau, dont le premier est 
l'unique tributaire de la Méditerranée et les deux 



SUR LA GÉOGRAPHIE PHYSIQUE DE LAFRIQUE 51 

autres sont les principaux affluents, l'un de l'océan 
Atlantique, l'autre de l'océan Indien : nous avons 
nommé le Nil, le Congo et le Zambèse. 

Le Nil est le roi des fleuves du globe terrestre ; la dis- 
tance, en ligne directe, de ses sources à son embou- 
chure est de 3,900 kilomètres, ce qui suppose une lon- 
gueur réelle qui surpasse celle du Mississipi-Missouri 
et de l'Amazone. D'après les calculs du D r Schwein- 
furth, son bassin fluvial s'étend sur une superficie de 
8,260,000 kilomètres carrés ; le bassin de l'Amazone ne 
mesure pas plus de 7 millions, celui du Mississipi dé- 
passe à peine 3 millions de kilomètres carrés. La source 
de cette gigantesque artère est elle-même un immense 
réservoir : le lac Ukerewe ou Victoria Nyanza. L'alti- 
tude de ce réservoir est à 1,148 mètres et sa superficie 
mesure 84,000 kilomètres carrés, c'est-à-dire une éten- 
due presque triple de celle de la Belgique. De nombreux 
cours d'eau l'alimentent ; les plus importants sont le 
Schimyou au midi , qui est l'équivalent de la Tamise et 
possède un développement actuellement connu de 
496 kilomètres, et le Kagerà ou Nil Alexandra à lest, 
récemment signalé par Stanley, qui le tient pour l'af- 
fluent principal du Victoria. Ce fleuve, large en 
moyenne de 150 mètres, extrêmement profond (21 à 
36 mètres) et rapide, traverse lui-même un grand 
bassin encore inexploré, l'Akenyara, et semble prendre 
sa source au cœur même de l'Afrique centrale. 

Le Nil sort de la rive septentrionale du lac Victoria 
avec une largeur de 120 mètres en formant les chutes 
de Ripon; il coule au nord-ouest à travers le lac 
Ibrahim ou Capecchi, jusqu'à Foweira. Ici commence, 



52 COUP DOEIL 

entre la cataracte de Karuma et celle de Murchison, 
une succession de rapides qui rendent le fleuve abso- 
lument innavigable ; en dessous de cette dernière chute, 
il tombe dans le Mwutan ou Albert Nyanza, dont il ne 
traverse toutefois que la partie septentrionale (33 kilo- 
mètres). Le Mwutan, dont les dernières explorations 
ont fait restreindre 1 étendue supposée tout d'abord, 
demeure néanmoins un réservoir considérable; il est 
situé à 670 mètres au-dessus du niveau de la mer et 
mesure 220 kilomètres de longueur sur une largeur de 
35 à 80 kilomètres. On ne connaît sur la rive orientale 
aucun affluent considérable en dehors du Nil ; le rivage 
opposé est encore peu exploré. 

Au sortir de ce second lac, le fleuve, large de 440 mè- 
tres, prend le nom de Nil Blanc (Bahr el Abiad) ; il se 
dirige au nord-est, à travers un pays riche et bien 
peuplé, jusqu'à Dufli sur une distance que Gordon 
estime à 176 kilomètres ; il est partout navigable et pro- 
fond; sa largeur atteint 630 mètres; d'innombrables 
îles couvertes de papyrus remplissent son lit. En des- 
sous de Dufli, la contrée change d'aspect; le Nil, sur 
un parcours d'environ 200 kilomètres, est hérissé de 
rochers et de rapides qui interdisent toute navigation. 
Ces obstacles disparaissent à partir de Gondokoro ou 
plutôt de Regaf ; le Nil reçoit une multitude d'affluents, 
dont les principaux sont à gauche, le fleuve des Ga- 
zelles, qui constitue lui-même tout un réseau hydro- 
graphique ; à droite, le Sobat, qui descend du plateau 
abyssin. Mais ici commence une dépression maréca- 
geuse, qui convertit dans la saison des pluies toute 
cette région en un vaste lac, couvert d'impénétrables 



SUR LA GÉOGRAPHIE PHYSIQUE DE L AFRIQUE 53 

roseaux. Les miasmes putrides qui se dégagent de ces 
terres submergées et chaudes, ont fait de nombreuses 
victimes parmi les voyageurs et les missionnaires. 

Au delà du confluent du fleuve des Gazelles, le Nil 
prend sa direction au nord, non sans tracer de nom- 
breux méandres ; il est semé d'îles et de masses flot- 
tantes d'herbes; sa largeur, fort inégale, est de 3,200 
mètres en amont de Khartoum, où il reçoit la branche 
orientale qui, sous le nom de Nil Bleu (Bahr el Asrak), 
lui apporte le riche tribut des eaux abyssiniennes. Plus 
en aval, il est rejoint par un autre affluent considé- 
rable, l'Atbara ou Takazzé, descendu également du 
plateau oriental. Ce sont les pluies diluviennes tombant 
chaque année dans ces hautes terres qui sont la cause 
principale des crues périodiques du Nil ; le riche limon 
qui fertilise la vallée égyptienne est un cadeau de 
l'Abyssinie. 

De Khartoum, la capitale du Soudan égyptien et le 
point de départ des expéditions scientifiques qui pénè- 
trent en Afrique par le nord-est, le fleuve coule au 
nord en décrivant de vastes courbes à travers la Nubie. 
Les six cataractes qui se succèdent encore dans cette 
seconde moitié de son cours jusqu'à Assouan, n'arrêtent 
plus que partiellement la navigation. Au Caire, le Nil 
se divise et va se jeter ensuite dans la Méditerranée 
par plusieurs bras, dont les principaux sont ceux de 
Damiette et de Rosette. 

Par l'étendue de son cours et le volume de ses eaux, 
le Congo prend immédiatement rang après le Nil. C'est 
également un fleuve géant ; à son embouchure, il mesure 
près de 10 kilomètres de largeur, et jusqu'à 400 mètres 



54 coup d'oeil 

de profondeur. Telle est la force du courant (4 à 
6 nœuds) qu'à la distance en mer de 100 kilomètres, 
ses eaux ne sont pas entièrement confondues avec 
celles de l'Océan et qu'à 25 kilomètres de la côte elles 
restent douces. L énorme débit du Congo (51,000 mètres 
cubes par seconde) suppose un bassin hydrographique 
d'une extrême richesse. Jusque dans ces derniers 
temps, on n'en connaissait que le cours inférieur, 
jusqu'à la cataracte de Sangalla; les explorations de 
Livingstone, de Cameron et de Stanley ont changé 
l'aspect des choses. 

Le premier de ces voyageurs découvrit au cœur 
de l'Afrique centrale et détermina les sources du Lua- 
laba (Luapula), que de nombreux indices firent consi- 
dérer dès lors comme la branche initiale- du Congo. 
Ce fleuve, qui descend sous le nom de Tschambési, 
du versant occidental du plateau de Lobisa, traverse 
une série de grands lacs, le Bangweolo, le Mœro, le 
Landschi, étages les uns au-dessus des autres et ali- 
mentés par de nombreuses rivières. La région qui les 
environne est d'une humidité excessive ; on l'a com- 
parée à une éponge constamment imbibée d'eau; tous 
les trois à quatre kilomètres, Livingstone y traversait 
un fleuve. A Nyangwe, le point le plus septentrional 
atteint par ce voyageur, et que Cameron non plus n'a 
su dépasser, le Lualaba, après un cours de plus de 
300 kilomètres, présente, suivant les saisons, une lar- 
geur de 1,000 à 3,000 mètres avec une profondeur de 
3 à 4 mètres. Le nombre de ses affluents est considé- 
rable; le plus important de tous serait assurément le 
Loukouga, naguère découvert par Cameron, le jour 



SUR LA GÉOGRAPHIE PHYSIQUE DE i/AFRIQUE 55 

où il serait établi que cette rivière déverse réellement 
dans le Lualaba les eaux du vaste réservoir du Tanga- 
nyka, le premier des grands lacs que rencontrèrent 
Burton et Speke, dans leur expédition de 1858. 

Situé à une altitude de 826 mètres, le Tanganyka 
mesure 670 kilomètres en longueur, de 20 à 110 kilo- 
mètres en largeur, 37,200 kilomètres carrés en super- 
ficie. Cet énorme bassin, dont Stanley a mis naguère 
près de deux mois pour faire le tour complet, lui paraît 
de formation récente; il est certain que le niveau de 
ses eaux s'élève encore et qu'il n'en existe pas jusqu'ici 
d'émissaire véritable. Le Loukouga, large à son entrée 
de 400 mètres, en a été un alïluent; mais sous l'influence 
de la crue du lac et de la mousson du sud-est qui souffle 
constamment pendant six mois, le courant, aujourd'hui 
neutralisé, tend à se renverser; il s'est formé une crique 
longue de dix kilomètres environ, encombrée de vase 
et de papyrus, au delà de laquelle se forme, à 19 kilo- 
mètres environ du lac, une rivière, la Louindi, qui 
coule à l'ouest. Ces faits, soigneusement établis par 
l'explorateur américain, sont d'une haute importance; 
ils prouvent que l'hypothèse de Cameron, destinée pro- 
bablement à devenir une vérité, ne l'est pas dans la 
situation actuelle. 

Cette découverte, mise en rapport avec l'énorme 
volume des eaux que débite le Congo à son embou- 
chure, ne faisait que rendre plus vraisemblable son 
identité avec le Lualaba. Grâce aux héroïques efforts 
de Stanley, cette conjecture est aujourd'hui une vérité 
acquise. De Nyangwe, le fleuve coule au nord vers 
1 equateur qu'il dépasse même de 2 degrés ; il prend 



56 coup d'oeil 

ensuite sa direction au nord-ouest, puis à l'ouest, fina- 
lement au sud-ouest. Près de la ligne, où il reçoit une 
grande rivière descendue du nord-est, il forme cinq 
cataractes, infranchissables à la navigation; sa lar 
geur, nulle part inférieure désormais à 3,200 mètres, 
atteint, en certains endroits, jusqua 16 kilomètres; de 
nombreuses îles couvrent sa surface. Dans la grande 
dépression centrale, comprise entre le 26 e et le 
17 e degré de longitude orientale (Greenwich), le Congo 
coule libre de tout obstacle sur une étendue de 
2,200 kilomètres. Il recueille une foule d'affluents 
dont les principaux viennent du sud : tels sont, entre 
autres, le Kassabi et le Quango, explorés naguère 
dans leur cours supérieur par Cameron et Pogge. 
Les lettres de Stanley, publiées jusqu'à ce jour 
(20 octobre), se bornent à ces indications sommaires ; 
elles sont muettes notamment à l'égard du lac San- 
korra, dont les indigènes signalèrent l'existence dans 
ces parages à Livingstone et à Cameron ; si ce mysté- 
rieux réservoir est réel, il ne serait pas impossible qu'il 
fût relié au Lualaba par un canal, comme le Nyassa 
l'est au Zambèse. 

Parvenu dans le voisinage de l'Atlantique, le Congo- 
Lualaba, qui prend également ici les noms de Zaïre et 
de Quango, franchit par trente chutes et de formi- 
dables rapides le rebord occidental du plateau. En 
aval de ces chutes commence le gigantesque estuaire 
qui seul était connu jusqu'ici et dont deux officiers de 
la marine britannique, le capitaine Medlycott et le 
lieutenant Flood, viennent de lever la carte (1875). 
Profondément encaissé au passage des montagnes, le 



SUR LA GÉOGRAPHIE PHYSIQUE DE L AFRIQUE 57 

fleuve s élargit rapidement au delà. Il se divise en 
nombre de branches et forme un delta dont 1 étendue 
maxima, à 1 époque des hautes eaux, mesure 32 kilo- 
mètres. Un archipel d'îles et de roches remplit son lit; 
mais telles sont la masse et la profondeur des eaux 
que les bâtiments du plus fort tonnage peuvent le 
remonter à de grandes distances. Le commerce euro- 
péen possède dès aujourd'hui trois entrepôts impor- 
tants sur ses rives : Banana, Punta da Lenha et 
Emboma ; ce dernier établissement, situé dans le voi- 
sinage immédiat des chutes de Yellali, est actuellement 
le plus reculé vers l'intérieur. Il est à prévoir que la 
grande découverte de Stanley donnera bientôt l'impul- 
sion à de nouvelles entreprises, destinées à ouvrir de 
plus en plus ce magnifique cours d'eau qui conduit 
directement au cœur de l'Afrique. 

Le Zambèse, dont la reconnaissance intégrale de- 
meure l'un des grands titres de gloire de Livingstone, 
est la troisième des colossales artères qui descendent de 
l'Afrique centrale. Le réseau hydrographique dont se 
compose son cours supérieur se développe au pied des 
monts Mossamba et de la chaîne de Muxinga, sur une 
terrasse surabondamment arrosée : le Liba qui sort du 
lac Dilolo (1,300 mètres d'altitude), le Liambey, dont il 
porte quelque temps le nom, et le Tchobé sont ici ses 
principaux affluents. Arrivé au plateau des Batokas 
avec une largeur de 1,600 mètres, il forme, en tom- 
bant en une masse d'une hauteur de 450 mètres, la 
célèbre chute que les indigènes appellent du nom de 
Mosiwatunja, c'est-à-dire : fumée tonnante, mais à 
laquelle Livingstone a donné le nom de cataracte 



58 COUP DOEIL 

Victoria. En aval de ce point, le fleuve s'encaisse pro- 
fondément dans une vallée étroite, franchit la passe de 
Lupata et reçoit le Ghiré, qui lui apporte, à travers un 
cours des plus accidentés, le tribut des eaux du lac 
Nyassa. Cet autre grand bassin intérieur, découvert par 
Livingstone, est situé à 464 mètres au-dessus du niveau 
de la mer et d'une étendue presque comparable à celle 
du Tanganyka : sa longueur est, en effet, de 560 kilo- 
mètres, sa largeur moyenne de 50 kilomètres, sa super- 
ficie de 25,000 kilomètres carrés. Le lieutenant Young, 
qui en a sillonné récemment avec un steamer toute la 
surface, vante la beauté de ses rives d'un développe- 
ment de 1,280 kilomètres, et la profondeur de ses eaux 
où la sonde, jetée à 400 mètres du rivage, ne trouve 
souvent pas de fond à 254 mètres. Parvenu près du 
littoral, le Zambèse, après avoir formé de nombreuses 
cataractes, écarte brusquement ses berges et tombe par 
des bras multiples dans l'océan Indien, entre Quilimane 
et Luabo. 

A côté de ces trois cours d'eau d'une incomparable 
puissance, l'Afrique en offre un quatrième qui leur est 
à peine inférieur : le Niger. Ce fleuve, dont l'explora- 
tion a longtemps passionné les voyageurs, est loin d'être 
complètement connu aujourd'hui; dans son développe- 
ment, estimé à 3,700 kilomètres, il offre des analogies 
nombreuses avec le Nil, dont il reproduit, à l'extrémité 
opposée du continent africain, les conditions physiques 
en sens inverse. Il sort des mêmes montagnes dont le 
versant opposé donne naissance au Sénégal et à la Gam- 
bie, coule vers le nord-est jusqu'à la limite du Sahara, 
près de Tombouctou, ce grand marché du Soudan si 



SUR LA GÉOGRAPHIE PHYSIQUE DE L'AFRIQUE 59 

rarement visité jusqu'ici; de ce point, il se dirige, en 
traçant une vaste courbe vers le sud-est, à travers les 
riches et populeux États des Fellata. C'est sur leurs 
limites méridionales que le Niger reçoit son principal 
affluent : le Benuë (Tchadda) , imposante rivière dont le 
cours inférieur seul est déterminé et dont la description 
ultérieure reste, à raison de la beauté de ses rives, l'un 
des plus intéressants problèmes de la géographie afri- 
caine. Au delà de son confluent avec le Benuë, le Niger 
se fractionne en une multitude de bras et finit sa course 
dans le golfe de Guinée en formant un delta, tristement 
célèbre par son insalubrité exceptionnelle. 

Entre le bassin du Nil et celui du Niger, borné au 
nord par le Sahara, au midi par le plateau central de 
l'Afrique, il existe une vaste dépression dont le fond 
est occupé par le lac Tsad. Ce grand réservoir, dont le 
D r Nachtigal a fait naguère le tour, couvre une super- 
ficie approximative de H, 000 kilomètres carrés, éten- 
due qui se quintuple dans la saison des pluies. Son 
altitude au-dessus du niveau de la mer n'est que de 
276 mètres. Il reçoit au sud un affluent considérable, le 
Schari, qui n'a guère été remonté jusqu'ici à une grande 
distance. Schweinfurth croit en avoir découvert le 
cours supérieur dans l'Uelle, qui descend du versant 
occidental des Montagnes Bleues et, non loin de ses 
sources, présente déjà une largeur de 270 mètres. 

Le cadre précis de cette étude nous fait borner ici 
ce tableau sommaire du régime hydrographique de 
l'Afrique. Il resterait à caractériser, pour le compléter, 
le Schélif, la seule rivière importante de l'Algérie; le 
Draa, dont l'embouchure marque, à l'ouest, la limite 



60 COUP DOEIL 

septentrionale du désert de Sahara; le Sénégal et la 
Gambie, dont les eaux s'ouvrent progressivement à la 
navigation sous les auspices de la France qui en occupe 
les rives; le Volta, qui, large encore d'un kilomètre à 
cent lieues de son embouchure, semble appelé à devenir 
l'une des voies d'accès du Soudan ; le Vieux Galabar et 
le Cameroun (Dualla), qui débouchent dans la baie de 
Biafra, après avoir contourné le majestueux massif 
qui porte ce dernier nom ; le vaste estuaire du Gabon 
sous l'équateur, où la France a entrepris, depuis 1843, 
un essai de colonisation; l'Ogoué, une des plus grandes 
artères de l'Afrique centrale, dont la largeur mesure 
encore 600 mètres dans le voisinage de la cataracte de 
Doumé, à 500 kilomètres environ de son embouchure; 
le Coanza et le Cunene, qui débouchent dans les posses- 
sions portugaises de la côte occidentale, mais sont, le 
second surtout, encore peu connus; le Garib ou Orange, 
qui dans son lit profondément encaissé traverse, sans 
le féconder, le plateau septentrional du Cap; le Vaal, 
son affluent, qu'ont rendu célèbre les diamants re- 
cueillis sur ses rives; le Limpopo, qui sert, à l'ouest 
comme au nord, de frontière à la république du Trans- 
vaal ; le Rufuma, le Lufidschi, le Djouba, qui arrosent 
la côte orientale, mais ne sont guère déterminés jus- 
qu'ici à quelque distance de leur embouchure. La plu- 
part de ces cours d'eau présentent, au surplus, les 
caractères communs à tous les grands fleuves africains : 
des marais ou des lacs dans la région des sources; 
des rapides et des cataractes sur leur cours moyen ; des 
deltas submergés à leur cours inférieur. Les crues 
périodiques ne sont pas non plus un phénomène propre 



SUR LA GÉOGRAPHIE PHYSIQUE DE L AFRIQUE 61 

au Nil; elles se reproduisent presque partout : celles du 
Zambèse, par exemple, atteignent 18 mètres au centre 
du continent. 

La position astronomique de l'Afrique, combinée 
avec le système de ses montagnes et de ses eaux, 
explique son climat. C'est relativement le continent le 
plus chaud du globe ; les 4/5 de sa superficie appartien- 
nent à la zone torride. Sa grande extension au nord 
de 1 equateur, 1 étendue et le peu d élévation du Sahara 
réagissent sur la température dune grande partie de 
l'Afrique. La côte septentrionale a une température 
moyenne de 15° centigrades; au midi, ce chiffre s'élève 
à 20 degrés. Dans la zone équatoriale, le climat varie 
sensiblement à raison de l'altitude des terrasses et des 
plateaux ; la chaleur n'est vraiment excessive que sur 
les-côtes basses et humides, dans la Nubie et le Sahara, 
où le thermomètre dépasse souvent 50° centigrades. En 
même temps, l'écart entre la température du jour et 
celle de la nuit est considérable; sous l'influence du 
rayonnement, il atteint parfois 36 degrés. Cette circon- 
stance explique que, même dans ces régions, la gelée 
et la neige ne sont pas entièrement inconnues. L equa- 
teur thermal, qui représente le maximum des tempé- 
ratures moyennes de l'année (30° centigrades), coupe 
l'Afrique par le 6 e degré de latitude nord à la côte occi- 
dentale, s'élève à l'intérieur jusqu'au 15 e et touche la 
côte orientale sous le 10 e degré de latitude nord. Plu- 
sieurs des contrées qu'il traverse sont néanmoins, à 
raison de leur élévation, habitables pour des Européens; 
tel est notamment le cas de la plupart des régions du 



62 coup d'oeil 

Soudan. A la mission Livingstonia, fondée au sud du 
lac Nyassa par 16° de latitude sud, les conditions clima- 
tériques ont été trouvées fort satisfaisantes ; la chaleur 
n'excédait pas, à midi, de 26 à 30°. Des moyennes ana- 
logues (25 degrés) ont été observées sur les côtes dans 
le voisinage immédiat de l'équateur; c'est l'humidité de 
l'atmosphère qui rend ces températures accablantes. Le 
plateau central offre, d'après Cameron, dexcellentes 
conditions d'habitabilité ; il n'est redoutable que dans 
ses dépressions marécageuses. Le Gap, la Gafrerie et les 
républiques des Boers jouissent presque partout d'un 
climat tempéré et salubre. 

Sous le rapport de la distribution des pluies, l'Afrique 
se partage en sept zones : en Algérie, au Maroc, dans 
la Tripolitaine, il pleut en hiver, au printemps et en 
automne, jamais en été. Ces mêmes conditions se 
retrouvent au sud du 26 e degré de latitude sud, c'est-à- 
dire dans la colonie du Cap; la république de l'Orange, 
la Cafrerie et Natal. Le Sahara, l'Egypte et la Nubie ne 
connaissent la pluie que comme un phénomène très- 
rare. Dans la Sénégambie, le Soudan et la Guinée au 
nord ; au pays des Hottentots, au Transvaal, sur la côte 
de Sofala au midi, il ne pleut que pendant l'été. La 
région qui s'étend des deux côtés de l'équateur jusqu'au 
4 e degré, reçoit des pluies chaque mois de l'année, avec 
accompagnement habituel de violents orages (tornados) 
aux époques correspondant au printemps et à l'au- 
tomne de ces régions. Enfin, dans la zone comprise 
entre le 4 e et le 6 e degré de latitude sud (Angola, Ben- 
guela, bassins supérieurs du Congo et du Zambèse, 
Mozambique), il pleut en été et en hiver. Dans les 



SUR LA GÉOGRAPHIE PHYSIQUE DE L AFRIQUE 63 

contrées où les pluies sont périodiques, la révolution 
qu elles opèrent est saisissante : de vastes territoires 
desséchés et brûlés se couvrent, comme par enchante- 
ment, d'une végétation luxuriante. Ce réveil de la 
nature coïncide malheureusement avec leclosion de 
myriades d'insectes toujours incommodes et souvent 
nuisibles. 

La flore et la faune africaines sont, avec une unifor- 
mité relative dans la distribution des espèces, d'une 
richesse extrême. Les récits des voyageurs, ceux du 
D r Schweinfurth surtout, abondent en tableaux animés 
des splendeurs de la végétation ; les impénétrables 
forêts vierges avec leurs draperies flottantes de lianes, 
les bois pittoresques de palmiers hauts souvent de 
25 mètres et du feuillage le plus varié, les immenses 
baobab dont la circonférence atteint jusqu'à 50 mètres 
et dont l'âge se compte par siècles, sont des éléments 
bien connus de leurs descriptions. Aux deux limites 
nord et sud de l'Afrique équatoriale, les mimosas et les 
acacias, entremêlés d'aloès, de cactus, d'euphorbes 
gigantesques, couvrent de vastes surfaces. La région 
qu'ils circonscrivent est d'une fécondité extraordinaire: 
là se pressent les grandes fougères, les cocotiers, les 
bassia, les énormes figuiers, les bananiers, les tamari- 
niers, les gommiers d'Australie [Eucalyptus globulus) 
qui atteignent jusqu'à 30 mètres de hauteur en dix ans, 
les pandanus dont les branches en candélabre portent 
un monde de végétaux parasites, les mangliers qui for- 
ment d'inextricables fourrés aux embouchures des 
fleuves et dans les lagunes. Nombre de contrées ont 



64 COUP DOEIL 

des plantes caractéristiques qui leur sont propres. Telle 
est la puissance du sol que dans des forêts couvrant de 
vastes espaces, sur trente arbres il y en a vingt d'espèces 
différentes. L'Afrique se prête, du reste, à toutes les 
cultures des pays chauds et tempérés; elle produit 
toutes les céréales d'Europe, plus le dourah, les mils et 
le riz; les épices; l'igname, le tabac, les arachides; 
les huiles et résines; le café, la canne à sucre, le coton; 
les plantes tinctoriales comme la garance, l'indigo, 
l'orseille, et les médicinales, notamment l'aloès, le séné, 
le Colombo; les bois de construction et d'ébénisterie 
les plus rares et les plus précieux, le santal, l'ébène, 
le palissandre; enfin, les fruits les plus variés, tels que 
les ananas, les figues, les dattes, les oranges qui sont 
d'une saveur exquise et d'une abondance extrême, et 
la vigne qui donne, en plusieurs contrées, des produits 
remarquables et trouve un champ presque illimité à 
son extension. 

La faune africaine n'est pas moins richement pour- 
vue. Dans les espèces domestiques, elle reproduit, sur- 
tout dans l'Afrique septentrionale et australe, tous les 
animaux européens, plus le chameau, qui est propre 
aux déserts et aux steppes du Nord. Le bœuf, le mouton, 
la chèvre et le chien sont indigènes ; il n'en est pas de 
même du cheval, qui s'acclimate difficilement dans la 
région méridionale et centrale, le Soudan et l'Abyssinie 
exceptés; l'âne et le mulet le suppléent. Les espèces 
sauvages abondent; toutes les grandes races sont repré- 
sentées. Le lion se rencontre depuis l'Algérie jusqu'au 
Cap; l'éléphant, le buffle, l'antilope, la gazelle, la 
girafe, le zèbre forment des troupeaux innombrables. 



SUR LÀ GÉOGRAPHIE PHYSIQUE DE L'AFRIQUE 65 

Les rhinocéros, les léopards, les hyènes, les chacals, 
les sangliers sont communs. L'autruche parcourt 
toutes les plaines, le crocodile et l'hippopotame han- 
tent toutes les eaux de l'Afrique tropicale. Les serpents, 
dont nombre appartiennent aux genres les plus veni- 
meux, pullulent; les singes, parmi lesquels le chim- 
panzé et le redoutable gorille de la côte occidentale 
méritent une mention spéciale, forment des légions. 
Les aigles et les vautours ne sont pas rares; les bois 
sont peuplés de volatiles et les marais couverts de 
nuées d'oiseaux aquatiques; les gallinacés se trou- 
vent presque partout. Les insectes, sauterelles, four- 
mis, scorpions, termites, la mouche tsetsé au midi, 
sont un des fléaux de l'Afrique par leur multiplicité, 
les ravages qu'ils causent ou les tortures qu'ils infligent. 
Il faut ajouter, en guise de compensation, que les 
abeilles s'y rencontrent en nombreux essaims dans les 
régions les plus opposées. 

Au point de vue des productions minérales, c'est à 
peine si l'on entrevoit aujourd'hui les ressources du sol 
de l'Afrique; on y a constaté toutefois la présence des 
métaux précieux, de l'or surtout, du fer en grande 
quantité, du cuivre, du plomb, du soufre, de la houille 
qui, rare au nord, paraît abondante dans les régions 
méridionale et centrale, des pierres précieuses, notam- 
ment des émeraudes et des diamants. En dix ans, l'ex- 
portation de ces derniers a atteint une valeur de 
425 millions de francs. Le sel manque a une partie 
considérable du continent; l'absence de cette indispen- 
sable denrée n'a pas dû être sans influence sur le déve- 
loppement des peuples qui l'habitent. 



66 COUP D OEIL 

Les conditions physiques qui viennent detre som- 
mairement indiquées permettent de se faire au moins 
une vague idée de la variété infinie du paysage afri- 
cain, dès que Ton a franchi la limite du Sahara, au 
nord, celle du Kalahari, au sud. Ici, c'est l'interminable 
savane, avec ses hautes herbes entremêlées de bouquets 
de bois; ailleurs, c'est la forêt vierge qui étale l'incom- 
parable splendeur de ses types et de ses nuances, sous 
les sveltes colonnades que surmonte fréquemment une 
triple voûte de verdure; plus loin, c'est la nature 
alpestre qui reparaît avec ses lacs et ses cascades, ses 
vallons semés de pittoresques villages, ses montagnes, 
aux flancs abrupts, dominant de vastes plateaux; par- 
tout des sources, des rivières, des réservoirs unissant et 
confondant la masse surabondante de leurs eaux. 
Schweinfurth décrit avec admiration le pays des Niam- 
Niam et desMonbouttou, aux extrêmes limites du bassin 
du Nil, et vante les merveilles de sa végétation; sous 
la même latitude (10° nord), mais dans une direc- 
tion toute contraire, Rohlfs appelle le plateau des 
Bautschi un vrai paradis. Le même voyageur caracté- 
rise le Soudan, à partir du 16 e degré de latitude, comme 
« la plus riche contrée de la terre ». Barth, qui par- 
courut pendant cinq ans cette même partie de l'Afrique, 
appelle de ses vœux le jour où la civilisation s'installera 
« dans ces régions bénies » et y fera régner l'abondance 
et la liberté. « Il y a peu d'endroits sur la surface du 
globe — écrit Burton — où plus de grâce s'allie à plus 
de grandeur, dont le superbe panorama déploie à la 
fois dans ses aspects plus de beauté et de majesté que 
les approches de la côte occidentale de l'Afrique sous 



SUR LA GÉOGRAPHIE PHYSIQUE DE L AFRIQUE 67 

1 equateur. » A l'extrémité opposée du continent, Stanley 
ne se lasse pas d'admirer la richesse des contrées qui 
s'étendent en arrière de Zanzibar; il décrit avec émotion 
le spectacle que présentent les gigantesques forêts du 
Manyéma, où d'innombrables colosses végétaux, vieux 
de cinq siècles, s'élancent d'un océan de verdure; le 
silence solennel qui règne sous leurs voûtes saisit pro- 
fondément l'âme et la remplit comme d'une terreur 
religieuse. « Ce pays, ajoute-t-il, est plus remarquable 
que tout autre que j'aie vu en Afrique; intéressante 
dans les détails, la nature y déploie, dans un ensemble 
sauvage, toute sa magnificence. « Linant de Bellefonds 
compare l'Ouganda, avec ses splendides cultures de 
bananiers et la ceinture d'émeraudes dont l'envelop- 
pent au midi les îles de l'Ukerewe, aux sites les plus 
enchanteurs de l'Italie. Young célèbre la beauté des 
rives et du climat du lac Nyassa, dont le missionnaire 
Stewart assimile les flots bleus au plus profond azur de 
la Méditerranée. Dans les mêmes parages, Livingstone 
signale des régions où, suivant son mystique langage, 
des anges voudraient fixer leur séjour; au milieu des 
étreintes de sa longue agonie, la magnificence du bassin 
du Lualaba le transporte encore d'enthousiasme. Game- 
ron, enfin, caractérise l'intérieur de l'Afrique centrale 
comme un pays presque partout merveilleux et salubre, 
d'une incroyable richesse. 

On multiplierait aisément de tels témoignages. Il est 
vrai que ces riants tableaux ont leurs ombres. Les rela- 
tions des voyageurs témoignent, à chaque page, des 
souffrances qu'il faut endurer, des périls qu'il faut 
braver, pour atteindre ces terres lointaines et leur arra- 



68 COUP DOEIL 

cher leurs secrets. Combien d'entre eux ont payé de 
leur vie les belles découvertes qui les ont immortalisés ! 
Quelque combinaison qu'on conçoive pour faciliter leur 
tâche, il serait téméraire d'espérer que les quatre mil- 
lions de kilomètres carrés qu'il reste à découvrir dans 
l'Afrique centrale seront conquis à la science sans de 
nouveaux et cruels sacrifices. Mais, d'un autre côté, il 
est certain aussi que l'Afrique n'oppose pas aux Euro- 
péens des obstacles physiques plus insurmontables que 
ceux qu'il a fallu vaincre dans les deux Amériques, 
dans les Indes et Java, ou même dans l'Australie. Quand 
cette conviction sera devenue générale, il suffira de 
quelques efforts bien dirigés pour faire tomber les der- 
niers voiles. 



CHAPITRE III 

ETHNOGRAPHIE DE LAFRIQUE. — CONDITION MORALE ET SOCIALE 

DES NÈGRES. 

La conformation physique du continent africain a 
exercé une influence prépondérante sur l'histoire et la 
civilisation des peuples qui l'habitent. La pensée dont 
Ch. Ritter a fait la base de sa célèbre Géographie com- 
parée, semble avoir été suggérée par l'étude de l'Afri- 
que, où elle a trouvé sa première et sa plus féconde 
application. La ligne régulière et droite des côtes, les 
chutes et les rapides dont les fleuves sont semés, ont eu 
pour effet de concentrer sur elles-mêmes l'activité des 
populations indigènes. Toutes, elles se sont arrêtées aux 
éléments de l'art nautique ; l'océan ne les a pas attirées 
loin de leurs rivages, qui sont restés pour elles le terme 
du monde. Les anciens Égyptiens eux-mêmes ne font 
pas exception à cette règle; jamais ils n'ont été un 
peuple de navigateurs. 

A ce motif d'isolement est venue se joindre l'im- 
mense barrière du Sahara, qui s'étend de la vallée du 
Nil jusqu'aux côtes de l'Atlantique, et dont, avant l'ac- 
climatation du chameau en Afrique par les Ptolémées, 
aucun être humain n'avait pu songer à franchir les 
arides solitudes. Cette double circonstance a fait que, 
pendant toute la durée de l'antiquité, l'influence des 



70 ETHNOGRAPHIE DE L'AFRIQUE 

nations civilisatrices a trouvé sa limite à la zone sep- 
tentrionale de l'Afrique et n'a pas dépassé la chaîne 
de l'Atlas ou la vallée du Nil. Ces régions seules se sont 
trouvées en contact régulier avec l'Europe et l'Asie; 
c'est là qu'ont fleuri les civilisations de l'Egypte, de la 
Cyrénaïque, de Carthage, des provinces romaines; 
c'est par là encore que de rares éléments de culture 
ont pénétré chez les peuples de l'intérieur. Ainsi, l'art 
de fondre le fer, qui est demeuré inconnu aux abori- 
gènes de l'Amérique, s'est répandu de proche en proche 
jusqu'à l'extrémité méridionale du continent et en est 
devenu le commun patrimoine. 

Ces observations rendent raison d'un phénomène 
intéressant, constaté par tous les voyageurs : c'est 
qu'au point de vue du développement intellectuel et 
social, les peuples africains se classent d'après une 
échelle décroissante dans la direction du nord au sud 
et de l'est à l'ouest. Les Nègres de la côte occidentale 
sont les plus arriérés parmi leurs congénères; les 
Buschman, qui habitent, au nord du Cap, le désert de 
Kalahari, occupent, pour ainsi dire, le dernier échelon 
dans la hiérarchie des races. Il existe même des indices 
nombreux d'un refoulement des populations dans les 
mêmes sens. Les tribus plus énergiques, plus indus- 
trieuses du Soudan, du haut Nil, des Cafres, repoussent 
sans cesse devant elles, vers les rivages de l'Atlantique 
comme vers les hauts et stériles plateaux qui s'étendent 
au nord du Cap, les peuplades qui leur sont inférieures. 
N'était le peu de densité relative de la population afri- 
caine, n'étaient surtout les pertes énormes que lui 
inflige la traite, ce mouvement aurait sans doute pro- 
duit des perturbations plus profondes. 



CONDITION MORALE ET SOCIALE DES NÈGRES 71 

Sous le rapport ethnographique, les habitants de 
l'Afrique se classent par zones avec une régularité en 
quelque sorte mathématique. Tout le Nord, jusqu'à la 
limite méridionale du Sahara, appartient à la race cau- 
casique. Depuis le désert jusqu'à l'extrémité de la zone 
tropicale s'étend la patrie du nègre. Au delà, resserrée 
de plus en plus par les établissements européens du Cap 
et des Boers d'une part, par les tribus nègres de l'autre, 
se maintient encore la race déchue des Hottentots et 
des Buschman. 

Ce dernier groupe n'a qu'une importance secondaire. 
Les peuples dont il se compose semblent voués à une 
extinction prochaine ; ils mènent la vie nomade, les 
Buschman en chasseurs, les Hottentots en pâtres. Les 
Buschman paraissent être les vrais aborigènes de 
l'Afrique méridionale ; la physionomie en accuse, à tra- 
vers une profonde dégénérescence, le type mongol. Ils 
sont très-petits de taille; les hommes ne dépassent pas 
quatre pieds et demi, les femmes atteignent à peine 
quatre pieds; ces dernières se caractérisent, en outre, 
par la choquante difformité, connue sous le nom de 
stéatopygie. Les Buschman ne connaissent pas l'agri- 
culture ; ils n'ont pas de troupeaux ; ils vivent dans des 
grottes ou à l'abri des rochers, du produit exclusif de 
leur chasse. Aux siècles passés, les Boers les ont en 
quelque sorte systématiquement exterminés; ceux 
d'entre eux qu'on a su plier à la vie sédentaire n'ont 
paru dépourvus ni d'intelligence, ni de certaines qua- 
lités morales, la fidélité par exemple ; mais ce sont là 
des cas exceptionnels et la disparition prochaine de 
cette race n'est plus guère douteuse. 



72 ETHNOGRAPHIE DeVaFRIQUE 

Les Hottentots qui partagent avec les Buschman 
nombre de traits distinctifs, leur sont néanmoins sensi- 
blement supérieurs. Avant l'arrivée des Cafres, ils 
étaient répandus sur une partie considérable de l'Afri- 
que australe. Par le type physique et la nuance du teint 
qui est jaune cuivré, ils se rapprochent des anciens 
troglodytes de la mer Rouge, décrits par Hérodote. 
Moins petits de taille, mieux proportionnés que les 
Buschman, ils sont aussi par les facultés intellectuelles 
moins incapables que ceux-ci de s'élever à un état de 
civilisation ; mais l'instinct de la vie nomade gouverne 
et domine toute leur existence. Ils vivent sous des tentes, 
étrangers aux travaux agricoles, et errent toute l'année 
avec leurs troupeaux à la recherche des pâturages. Ils 
se vêtent d'étoffe, se nourrissent de viande et de lait, 
de fruits et de racines. Leur langue, très-difficile à 
pénétrer, offre un sujet d'étude du plus haut intérêt. 
Les voyageurs modernes ont été indistinctement frappés 
de la beauté, du remarquable degré de développement 
de l'idiome des Hottentots, qui présente des analogies 
étonnantes avec la langue des anciens Égyptiens. Il 
serait sans doute téméraire, dans l'état actuel de nos 
connaissances, de fonder des inductions sur un tel fait; 
mais si on le rapproche de la découverte récente, due 
à Ch. Mauch, des ruines imposantes de Zimbabé, au 
nord- est de la contrée habitée actuellement par les 
Hottentots, on s'aperçoit de tout ce que l'étude de 
l'Afrique peut encore ouvrir de perspectives impré- 
vues à la science. Mais il serait inutile de s étendre 
davantage sur ces derniers représentants de races sans 
avenir ; il est temps de passer aux deux groupes domi- 



CONDITION MORALE ET SOCIALE DES NÈGRES 73 

liants des populations africaines : les Caucasiens de 
race blanche, les Nègres de race noire; chacun de ces 
groupes comprend plusieurs grandes subdivisions. 

Les Caucasiens d'Afrique se partagent en deux bran- 
ches principales : ceux de langue hamitique et ceux de 
langue sémitique. 

A la première catégorie appartenaient les anciens 
Égyptiens dont la race ne survit plus que dans le 
débris insignifiant des Coptes. Les Libyens, qui portent 
aujourd'hui le nom de Berbères , se sont en revanche 
maintenus, grâce au désert qui est leur vrai domaine. 
Les Numides, les Gétuliens, les Maures sont les ancê- 
tres de cette grande famille qui se retrouve au Maroc 
(les Masig), en Algérie (les Kabyles, les Mosabites), dans 
la Tunisie et les oasis, surtout dans le Sahara occi- 
dental où les Touareg en sont les représentants les 
plus caractéristiques. Des groupes de Berbères se ren- 
contrent en Nubie, sur le Nil moyen et les bords de la 
mer Rouge; les Galla, qui habitent les plaines au sud 
de FAbyssinie, peut-être même les Somali, qui occu- 
pent le promontoire extrême de l'Afrique orientale, sont 
également des rameaux de la même souche. 

Les Berbères ont en général le teint clair, les traits 
nobles et accentués. Ils ont conservé beaucoup d'élé- 
ments de la physionomie, des mœurs, de la culture des 
vieux Égyptiens. Les Touareg à l'ouest, les Galla à 
l'est, en reproduisent le type de la façon la plus pure : 
ce sont des peuples nomades, belliqueux, d'un carac- 
tère énergique et dur; ils sont tour à tour les auxi- 
liaires ou les pires ennemis des caravanes qui trans- 



74 ETHNOGRAPHIE DE L AFRIQUE 

portent, à travers le désert, les produits de l'Afrique 
centrale. Les peuples berbères ont rarement fondé des 
États; leur développement politique s'est arrêté à la 
tribu. 

Les Caucasiens de race sémitique sont représentés 
en Afrique par trois familles : les Arabes, qui se sont 
répandus comme un torrent sur l'Afrique, repoussant 
au nord les Berbères de toutes les contrées du littoral 
de la Méditerranée et de l'Atlantique, fondant sur la 
côte orientale le sultanat de Zanzibar, imposant leur 
langue, propageant leur religion dans la moitié envi- 
ron du continent africain ; les Juifs, qui ont constitué 
de petites communautés sur divers points de la zone 
septentrionale, mais n'ont nulle part conquis l'indépen- 
dance; les Abyssiniens, qui maintiennent, à travers 
bien des vicissitudes, sur les hauts plateaux de leur 
pays, une nationalité souvent menacée et une image à 
peine reconnaissable du christianisme. 

Dans le cours des temps modernes, mais surtout au 
xix e siècle, la race caucasique s'est accrue sur le sol 
africain d'un élément nouveau. Les peuples européens 
ont commencé à y étendre leurs possessions et leur 
influence, tant sur la terre ferme que dans les îles. Les 
Français, dans l'Algérie et la Sénégambie, — les 
Anglais, sur la côte de Guinée, au Cap, à Natal, — les 
Néerlandais, dans les deux républiques du Sud, — les 
Portugais, dans les îles du cap Vert et les provinces 
d'Angola, de Benguela, de Mozambique, — les Espa- 
gnols, aux îles Canaries et à Fernando Po, ont fondé des 
colonies, des établissements commerciaux, des foyers 
de civilisation, qui ne peuvent manquer de rayonner 



CONDITION MORALE ET SOCIALE DES NÈGRES 75 

vers l'intérieur du continent. Toutefois, le chiffre jus- 
qu'ici singulièrement restreint des colons européens et 
les obstacles que le climat, les déserts ou les montagnes 
opposent, sur la plupart des points où ils se sont éta- 
blis, à l'extension de leurs rapports avec les indigènes, 
font que leur présence n'a pas produit tous les effets 
qu'on serait en droit d'en espérer. Si l'Egypte moderne 
continue à se développer dans la voie du progrès, où 
l'ont introduite ses derniers souverains, elle peut con- 
tribuer de la manière la plus efficace à l'œuvre entre- 
prise par les nations de l'Europe. 

Derrière le désert du Sahara, depuis l'Atlantique 
jusque sur le haut Nil, s'étend vers le midi le vaste 
empire des peuples nègres. La ligne de transition n'est 
pas aussi marquée qu'on le croit communément. C'est 
ainsi que l'origine de la tribu des Tibbou ou Téda, 
répandus dans la moitié orientale du Sahara, est con- 
testée, tant les caractères physiques paraissent incer- 
tains. Les mêmes difficultés se rencontrent dans le 
classement des Fulbe ou Fellata, des Monbouttou, des 
Cafres Zoulou : c'est sans doute ce qui faisait dire au 
savant Munzinger que, « après une observation atten- 
tive des faits, le voyageur consciencieux ne discerne 
plus où commence vraiment le type nègre et cesse de 
croire à la séparation absolue des races » . 

La science contemporaine a confirmé cette assertion; 
une véritable révolution s'est opérée dans les idées qui 
ont eu trop longtemps cours à l'égard des populations 
de l'Afrique centrale. Quand, naguère encore, il était 
question de Nègres, combien de personnes se repré- 



76 ETHNOGRAPHIE DE L'AFRIQUE 

sentaient des êtres tout à fait inférieurs, menant une 
existence purement animale, étrangers à toute espèce 
de culture, habitant les bois en groupes épars, presque 
à 1 égal des singes, avec lesquels on n'était parfois pas 
éloigné de les confondre? Le type physique en était 
devenu légendaire : un crâne ovoïde, un front bas et 
fuyant, les mâchoires très-saillantes, le nez écrasé, les 
lèvres épaisses, des cheveux courts, crépus, ressem- 
blant à des flocons de laine, un teint noir d ebène, les 
bras allongés, les pieds plats, etc. Tels étaient les signes 
caractéristiques de la race, dans l'opinion générale et 
même chez les auteurs. 

Or, il est important de constater que, d'après le 
témoignage concordant de tous les voyageurs, l'en- 
semble de ces traits ne se rencontre chez aucune peu- 
plade, pas même la moins élevée dans l'échelle de la 
race. Le Nègre typique, dit Winwood Reade, est une 
rare exception. Le teint passe, chez les Nègres, par 
toute la gamme des nuances, depuis le noir foncé et le 
cuivre rouge jusqu'au jaune clair, tirant presque sur le 
blanc (Fellata, Monbouttou); le prognathisme et l'épais- 
seur des lèvres disparaissent chez nombre de tribus, 
quantité d'entre elles ont le nez droit et pointu, les 
cheveux longs et lisses ne sont pas rares, et Schwein- 
furth a vu quantité de Nègres blonds. Des voyageurs 
déclarent avoir fréquemment rencontré en Afrique des 
profils grecs. 

Mungo-Park vante les formes admirablement pro- 
portionnées des Mandingo qui sont répandus dans toute 
la vallée supérieure du Niger et les déclare une très- 
belle race. Schweinfurth demeure frappé d etonnement 



CONDITION MORALE ET SOCIALE DES NÈGRES 77 

devant l'aspect saisissant des guerriers Niam-Niam, et 
retrouve, plus loin encore, vers le centre de l'Afrique, 
chez les Monbouttou, les signes distinctifs des nations 
sémitiques. Les Cafres Zoulou, dit le missionnaire 
Rowley, sont une noble race, sous le rapport physique 
comme sous le rapport moral. Ils sont d'une grande 
stature, pleins de dignité dans leurs attitudes, de grâce 
dans leurs mouvements. Livingstone n'est pas moins 
explicite à cet égard; il vante fréquemment la beauté 
plastique des Africains de la région équatoriale et méri- 
dionale. Parlant d'une de leurs nations, il écrit dans 
son dernier journal : « C'est une belle race; je soutien- 
drais la supériorité d'une compagnie de Manyéma, 
tant pour la forme de la tête que pour celle du corps et 
des membres, contre toute la Société anthropologique 
de Londres. Beaucoup de femmes ont la peau d'une 
nuance très-claire et sont fort jolies. » — « Le peuple 
de Nsama, écrit-il ailleurs, est particulièrement beau. 
Beaucoup d'entre les hommes ont des têtes aussi belles 
qu'on en pourrait rencontrer dans une assemblée d'Eu- 
ropéens. Tous ont des formes très-distinguées, les 
mains et les pieds petits. Nulle part on ne rencontre 
ces traits repoussants qui sont propres aux tribus de la 
côte occidentale et sous lesquels nous avons appris à 
nous figurer toute la race. Ni mâchoires saillantes, ni 
pieds plats n'offensent la vue. Mes observations me con- 
firment dans la pensée, déjà formulée par Winwood 
Reade, que le véritable type du Nègre se retrouve dans 
les anciens habitants de l'Egypte... Les femmes exci- 
tent l'admiration des Arabes; elles sont belles, gra- 
cieuses, bien proportionnées. » Ce langage s'applique 



78 ETHNOGRAPHIE DE L AFRIQUE 

à des populations établies sur les points les plus 
opposés de l'Afrique centrale : il faut donc renoncer à 
de vieux préjugés et reconnaître que la nature n'a pas 
disgracié physiquement les Nègres au point de les 
exclure, en quelque sorte, de la famille humaine. 

Les Nègres, dont on évalue le nombre total à 150 mil- 
lions d âmes, forment une seule race, subdivisée en deux 
groupes principaux, qui se fractionnent eux-mêmes 
en une multitude d unités inférieures. Ces groupes 
sont : 

1° Les Nègres Soudaniens, qui se sont répandus de 
la Sénégambie aux sources du Nil et descendent, au 
midi, jusqu'au 4 e degré de latitude nord ; 

2° Les Nègres Bantous ou Cafres, qui occupent toute 
l'Afrique centrale jusqu'aux limites méridionales du 
bassin du Zambèse qu'ils franchissent même sur la côte 
orientale où ils s'avancent jusqu'au Cap. 

Les Nègres Soudaniens offrent une grande variété de 
types et de degrés de civilisation. Les Fulbe (Poullo) ou 
Fellata tiennent parmi eux le premier rang; la filiation 
ethnographique en est incertaine; quelques auteurs 
prétendent même y voir une race distincte de celle des 
Nègres. Les Fellata ont le teint brun clair, parfois oli- 
vâtre, le nez aquilin, la bouche régulière, les cheveux 
généralement longs et soyeux ; la physionomie est 
noble, la structure du corps vigoureuse : c'est à peine 
s'ils diffèrent, sous tous ces rapports, des habitants 
des contrées méridionales de l'Europe. Le caractère 
moral de ce peuple répond à l'idée que fait naître son 
aspect physique. Le courage, la franchise, la dignité 



CONDITION MORALE ET SOCIALE DES NÈGRES 79 

d'attitude, 1 énergie, la résolution en sont des traits 
distinctifs. Le sentiment religieux est très-développé 
chez les Fellata; ce sont des sectateurs fanatiques de 
l'islamisme, dont ils sont devenus les infatigables apôtres 
parmi les tribus païennes. Ils sont laborieux, se livrent 
à l'agriculture et à l'élève du bétail, et cultivent avec 
succès diverses branches d'industrie. 

Le nombre des Fellata est évalué de six à huit mil- 
lions. Leur principal établissement se trouve en Séné- 
gambie, depuis les bouches du Sénégal jusque dans le 
massif montagneux d'où sort le Niger. De cette région, 
ils se sont propagés d'un côté, vers le sud, jusque dans 
le voisinage de la côte de Sierra-Leone, d'un autre 
côté vers lest, dans le bassin du Niger, où ils sont 
devenus l'élément prépondérant sinon exclusif. Ils y 
ont fondé les trois États considérables de Massina, 
dont Tombouctou (20,000 âmes) est la cité principale, 
de Gando et de Sokoto. Vers le sud-est, ils s'étendent 
jusque dans l'Adamaua, province qu'aucun voyageur 
n'a parcourue après H. Barth. En dehors des contrées 
qu'ils dominent, leur influence se fait sentir dans tous 
les États nègres du bassin du lac Tsad et jusque dans le 
Dar Four. 

Les Mandingo, auxquels se rattachent plusieurs 
tribus importantes de la Sénégambie, comme les Joloff, 
les Fouta, etc., forment une branche également consi- 
dérable de la famille Soudanienne. Sans avoir la finesse 
des traits des Fellata, ils sont néanmoins d'une belle 
apparence ; le corps est grand et bien fait ; le nez et les 
lèvres ne sont nullement difformes. Mungo-Park leur 
reconnaît beaucoup d'intelligence et d'esprit d'entre- 



80 ETHNOGRAPHIE DE ^AFRIQUE 

prise; c'est, dit -il, une race bienveillante, d'une 
humeur à la fois curieuse et crédule, simple de cœur 
et très-accessible aux impressions de la vanité. La 
région des sources du Niger, au sud-ouest des contrées 
habitées par les Fellata, paraît la vraie patrie de ce 
peuple ; mais ses relations commerciales s'étendent 
beaucoup plus loin. Les Mandingo professent l'isla- 
misme ; nombre d'entre eux parlent et écrivent la 
langue arabe. 

Les Haussa, autre famille considérable du Soudan 
occidental, occupent depuis un temps immémorial les 
vastes territoires qui s'étendent à la limite méridionale 
du Sahara, entre le cours moyen du Niger et le Bornou. 
Des États jadis prospères qu'ils fondèrent dans cette 
région, la plupart ont été subjugués par les Fellata; 
quelques-uns cependant ont recouvré dans ces derniers 
temps leur indépendance. Ce peuple, converti par ses 
conquérants à l'islamisme, se livre avec plus de succès 
encore que ces derniers eux-mêmes aux travaux de 
l'agriculture, de l'industrie et du commerce; sa langue 
est devenue l'idiome commercial d'une grande partie du 
Soudan, dont sa principale cité, Kano (30,000 habi- 
tants), est en même temps l'une des métropoles les plus 
intéressantes. 

Le Soudan central, qui comprend tout le bassin du 
lac Tsad, est habité par une race sensiblement diffé- 
rente des populations qui l'a voisinent à l'ouest. Frac- 
tionnés en un grand nombre de communautés et de 
peuplades, les Kanuri, les Manga, les Mekari, les 
Marghi n'en constituent pas moins une seule famille, 
dont les dominateurs du Bornou représentent le type 




Le Pandanus candélabre. 



CONDITION MORALE ET SOCIALE DES NÈGRES 81 

caractéristique. Ces derniers, c est-à-dire les Kanuri, 
sont grands et forts ; le visage est large, le nez plat, 
la bouche grande, la physionomie en général peu 
attrayante. Cette conformation physique n'est pourtant 
pas universelle; la population de certains districts du 
Bornou même (les Kanembou, par exemple) s'en 
éloigne au point que la beauté de ses femmes est 
renommée dans toute l'Afrique septenirionale. Ces 
Nègres ont le caractère doux, indolent, craintif; peu 
courageux, ils sont néanmoins entreprenants et actifs. 
La vanité, la coquetterie, la recherche du costume 
sont extrêmes chez les deux sexes ; les passions sen- 
suelles les gouvernent, sans altérer la pureté des 
mœurs domestiques. Les familles sont d'une fécondité 
extraordinaire. Moins avancés dans les arts industriels 
que les Haussa ou les Fellata, les Kanuri fabriquent 
toutefois et ornent eux-mêmes la plupart de leurs vête- 
ments et de leurs ustensiles. Ce sont en même temps 
d'excellents agriculteurs; leurs chevaux rappellent la 
race berbère et leurs troupeaux sont abondants et 
magnifiques. 

L'introduction de l'islam a opéré une révolution 
sociale parmi les Nègres du bassin du lac Tsad; elle 
les a scindés en deux camps ennemis : les croyants et 
les infidèles. 

Les Soudaniens musulmans ont vu, sous l'influence 
de cette doctrine religieuse, se transformer leur orga- 
nisation politique. Ils ont fondé une série de princi- 
pautés plus ou moins indépendantes, reproduisant 
d'une manière assez fidèle le type ordinaire des États 
régis par le Coran. Quatre de ces États entourent le 



82 ETHNOGRAPHIE DE L AFRIQUE 

lac Tsad : le Bornou, dont le D r Nachtigal évalue la 
superficie à 140,000 kilomètres carrés et la population 
entre quatre et cinq millions d âmes, à l'ouest, le Kanem 
au nord, le Wadaï à lest, le Bagirmi au sud-est. Deux 
autres, le Dar Four et le Kordofan, situés à l'extrémité 
orientale du Soudan, viennent de passer sous la souve- 
raineté de l'Egypte. 

Tous ces États sont gouvernés par des chefs absolus 
qui se donnent le titre de sultan ; ils possèdent une 
hiérarchie sociale strictement délimitée, de petits corps 
de troupes pourvus en partie d'armes à feu, des capi- 
tales avec des rues régulières, des maisons et des huttes 
bâties en paille ou en terre. Beaucoup de ces habita- 
tions, entourées de cours et de jardins plantés, témoi- 
gnent, par leur disposition, du sentiment et de la 
recherche des beautés naturelles. L'autorité du chef de 
ces États est despotique ; l'administration en est aussi 
compliquée que défectueuse. Le sultan du Bornou dis- 
pose d'une armée régulière de trois mille cavaliers et de 
mille fantassins armés de fusils; il peut réunir au 
besoin une force de cent mille hommes. Sa capitale 
Kouka, située au bord du lac de Tsad, renferme 
60,000 âmes; c'est une des grandes métropoles de 
l'Afrique centrale. Chaque semaine, plus de vingt mille 
personnes y font leurs transactions ; le spectacle de ces 
marchés, où affluent toutes les marchandises, où s'exer- 
cent tous les métiers, est animé et grandiose. Les pro- 
duits de l'Europe pénètrent jusqu'ici par les caravanes 
arabes qui viennent du Maroc ou de Tripoli ; avec des 
richesses agricoles en quelque sorte inépuisables, ces 
contrées ne lui rendent malheureusement que de l'ivoire 



CONDITION MORALE ET SOCIALE DES NÈGRES 83 

et des plumes d'autruche. L'esclavage, qui y est une 
institution universelle, paralyse le développement de 
l'industrie en avilissant le travail; le trafic de l'homme, 
qui est la conséquence directe de l'esclavage, a d'ail- 
leurs cet effet propre en Afrique de rendre le commerce 
régulier à peu près impossible. Les longs séjours que les 
voyageurs allemands de ces derniers temps, tels que 
Barth, Rohlfs et Nachtigal, ont faits dans les princi- 
pautés du Soudan, nous ont initiés aux moindres détails 
de leur organisation. 

Les Nègres païens de cette région n'ont pas atteint 
le développement politique où sont arrivés leurs frères 
musulmans ; ni leurs aptitudes, ni leurs mœurs ne leur 
défendraient de rivaliser avec ceux-ci, si, dispersés en 
petits groupes, dépourvus de toute organisation effi- 
cace, ils n'étaient constamment à la merci de voisins 
plus puissants et. mieux armés qui empruntent à leur 
qualité de croyants le droit de les rançonner sans scru- 
pule, de les capturer comme esclaves ou de les exter- 
miner sans pitié. Cette influence néfaste de l'islam cesse 
de se faire sentir parmi les populations de la Guinée 
septentrionale, estimées à douze millions d'âmes. C'est 
parmi elles qu'on rencontre le plus fréquemment le type 
légendaire du Nègre; l'infériorité des tribus du littoral 
est réelle en comparaison de celles du centre; mais 
quelle que soit en général la grossièreté de leurs 
instincts, ici même on voit apparaître sur bien des 
points, grâce à la répression effective de la traite, les 
rudiments d'une civilisation. 

Les Krou sont peut-être le peuple le plus intéressant 
de cette côte. C'est l'une des rares tribus de l'Afrique 



84 ETHNOGRAPHIE DE i/AFRIQUE 

qui n ait ni ne fasse d'esclaves ; elle vit sous une espèce 
de régime républicain, poussé jusqu'à la communauté 
des biens. Les Krou se distinguent par leur culte de la 
famille et du sol natal; ceux d'entre eux — et ils sont 
nombreux — qui s'engagent comme matelots à bord 
des navires de guerre et de commerce ou qui prennent 
du service en qualité de domestiques auprès des voya- 
geurs et des résidants étrangers, se plient sans peine 
aux usages européens et font preuve d'une fidélité 
exemplaire. 

Les Achanti sont mieux connus. C'est un peuple 
conquérant et militaire, jadis le plus puissant de la 
Haute-Guinée, refoulé aujourd'hui par les Anglais à 
150 kilomètres de la côte. Sa domination s'étend sur 
environ quatre millions d'âmes. Avec sa constitution 
monarchico-aristocra tique, son code inhumain, ses 
mœurs belliqueuses et sauvages, la polygamie et l'es- 
clavage poussés à leurs dernières limites, une religion 
atroce dont chaque fête donne le signal d'hécatombes 
de victimes humaines, l'État des Achanti offre un type 
accompli de la barbarie. Et cependant ce peuple ne 
manque pas de grandes qualités; il est énergique et 
courageux à la guerre, laborieux et ingénieux dans les 
travaux de la paix ; son industrie est avancée, ses con- 
structions sont remarquables et ses produits métallur- 
giques justement réputés. 

Les Dahomiens reproduisent, en les exagérant, les 
traits les plus sombres du caractère des Achanti. C'est 
une horde pillarde et guerrière, organisée exclusive- 
ment en vue de la conquête et n'ayant d'autre but que 
la chasse aux esclaves. Sans industrie eux-mêmes, les 



CONDITION MORALE ET SOCIALE DES NÈGRES 85 

Dahomiens ont fait des territoires a voisinants autant de 
déserts. On dirait une espèce de Sparte barbare n'ayant 
d'autre culte que la destruction. Au surplus, la déca- 
dence intérieure du Dahomey est aujourd'hui profonde 
et il ne résistera pas au premier choc vigoureux qu'il 
aurait à subir. 

En arrière de ces peuples du littoral dégradés par les 
habitudes séculaires de la traite et d'un monopole 
énervant, se rencontrent nombre de tribus qui leur 
sont, sous beaucoup de rapports, supérieures. Là fleu- 
rissent l'agriculture et le commerce, et s'élaborent les 
éléments d'une vraie civilisation. L'État de Joruba, qui 
confine vers l'est au Dahomey, renferme des villes 
comme Ilori et Ibadan, dont la population s élève de 
70,000 à 100,000 âmes. Dans la même région, chez les 
Egba, s élève l'intéressante cité d'Abéokouta, qui 
compte déjà 200,000 habitants et semble destinée à 
devenir un centre important de civilisation et le prin- 
cipal foyer du christianisme africain, dans le delta du 
Niger. Sur le haut Volta se rencontre la métropole de 
Salaga, qui égale Tombouctou par l'étendue et la sur- 
passe par ses mœurs hospitalières. Toutes ces grandes 
cités ont des rues régulières, des mosquées et des tem- 
ples, des marchés, des places publiques et possèdent 
des relations commerciales actives et lointaines. Est-il 
besoin de rappeler que sur la même côte, entre la 
colonie anglaise de Sierra Leone et l'État des Achanti, 
s'est fondée en 1821, sous les auspices de philanthropes 
américains, et prospère la république de Libéria, où 
une population exclusivement noire pratique avec 
succès les institutions et les mœurs des nations civi- 
lisées? 



86 ETHNOGRAPHIE DÉ L'AFRIQUE 

Les Nègres du Haut-Nil sont à beaucoup d égards, 
mais non sans de remarquables exceptions, les moins 
avancés parmi les peuples païens de cette région; de 
la Nubie à lequateur, ils forment le fond de la popu- 
lation du Soudan oriental. Moins robustes, moins éner- 
giques que les Soudaniens de l'ouest ou du centre, ils 
ont, en revanche, le caractère plus souple, les langues 
plus expressives, les usages religieux et sociaux éloi- 
gnés des extrêmes d'abjection qui ne sont pas rares chez 
les tribus occidentales. Schweinfurth, qui en a fait une 
étude spéciale, les distribue en deux groupes : les 
Nègres des terres d'alluvion que caractérise le teint 
noir foncé de leur peau : tels sont les Schillouk, les 
Nouërs, les Dinka ; les Nègres des terres ferrugineuses 
dont la couleur dominante est le brun rouge : ce sont 
les Bongos, les Mittou, les Niam-Niam. 

Les Dinka sont l'élément le plus accentué du pre- 
mier groupe. Grands de taille, vigoureux des mem- 
bres, ils ont, en général, les traits peu agréables. Les 
hommes ne sont aucunement vêtus; ils ignorent les 
arts industriels ; le fer, parmi eux, est un métal pré- 
cieux. C'est un peuple essentiellement pasteur ; il 
possède d'innombrables troupeaux, dont l'accroisse- 
ment est son principal souci. Beaucoup d'usages et 
d'instincts rapprochent les Dinka des Cafres ; ils sont 
courageux, résistent énergiquement à la traite, tien- 
nent leurs habitations avec une extrême propreté et se 
plient aisément aux exigences de la vie civilisée. 

Les Bongos sont l'élément typique du second groupe. 
C'est une race bien douée, perfectible, mais qui s'éteint 
rapidement sous l'influence malfaisante des Nubiens 



CONDITION MORALE ET SOCIALE DES NÈGRES 87 

musulmans. Ce peuple fait preuve d'une extrême habi- 
leté et même d'un certain sens artistique dans le travail 
du fer et du bois ; ses armes, ses ustensiles, ses meu- 
bles sont d'une fabrication remarquable. Mais si inté- 
ressants que soient les Bongos, les Niam-Niam rem- 
portent de beaucoup sur eux. Schweinfurth, qui fut 
l'un des premiers à les visiter, en parle avec une vraie 
admiration. C'est, dit-il, une race superbe, d'une origi- 
nalité si puissante qu'elle se fait facilement reconnaître 
parmi tous les autres peuples de cette région. De haute 
stature, imposant d'aspect, les longs cheveux flottants 
sur ses épaules, les yeux étincelants sous d'épais sour- 
cils, les dents blanches et pointues, armé et vêtu d'une 
façon caractéristique, le guerrier niam-niam produit 
même sur les Nubiens une impression fantastique. 
« C'est l'enfant de l'Afrique indomptée, — dit Schwein- 
furth, — dans sa sauvagerie la plus effr ; énée. » Son 
type physique est remarquable : il a la tête ronde et 
large, le nez petit, la bouche peu large, les yeux 
grands et pleins; les cheveux, quoique crépus, des- 
cendent parfois à mi-corps, les mouvements se dis- 
tinguent par l'aisance et l'agilité; l'aspect général res- 
pire la franchise dans la libre expansion des instincts. 
Les occupations principales du Niam-Niam sont la 
guerre et la chasse ; il travaille néanmoins avec habi- 
leté les métaux et le bois, et sa poterie rappelle les 
produits de l'art égyptien. Les travaux des champs, 
rendus faciles par l'extrême richesse du sol, sont l'apa- 
nage exclusif des femmes. Avide de nourriture ani- 
male, le Niam-Niam n'a pas de bétail; le gibier est son 
aliment essentiel. Le cannibalisme est fréquent chez ce 



88 ETHNOGRAPHIE DE L AFRIQUE 

peuple; mais il n'y est pas un usage universel. Son 
organisation politique est élémentaire; l'autorité des 
chefs est redoutable, mais nullement centralisée. Il 
n'y a ni villes ni villages, rien que des hameaux dis- 
persés. Le sentiment de la famille existe à un haut 
degré. Les mœurs domestiques sont pures; l'affection 
conjugale et filiale est aussi vive que profonde et la 
déférence du Niam-Niam envers sa compagne serait 
remarquée même en Europe. Ce peuple, évalué à 
deux millions dames, occupe au cœur de l'Afrique 
équatoriale de vastes territoires, dont les limites sont 
encore mal déterminées ; les Manyéma de Livingstone, 
les Fans ou Pahouins de Gompiègne, bien qu'appar- 
tenant à la grande famille des Nègres Bantou ou méri- 
dionaux, ont avec les Niam-Niam de nombreuses affi- 
nités de race, de type et de mœurs. Une de leurs tribus, 
les Akka, se distingue par un trait particulier : elle ne 
dépasse pas la taille moyenne de 4 pieds 10 pouces. 
Au sud-est des régions habitées par les Niam-Niam, 
le même voyageur qui nous a fait le mieux connaître 
ce dernier peuple, en signale un autre plus remar- 
quable encore, plus élevé dans l'échelle de la civili- 
sation et qui clôture cette revue des peuples du Soudan 
en nous ramenant à leur point de départ. Ce sont les 
Monbouttou qui, environnés de tous côtés par les 
populations nègres, s'en distinguent néanmoins d'une 
façon si frappante que Schweinfurth les considère 
comme des parents des Fellata et les rapproche des 
races sémitiques. Ils ont le teint clair, le nez aquilin, 
le corps bien proportionné; les cheveux blonds sont 
communs parmi eux. C'est le peuple peut-être le mieux 




Le palmier à vin (Raphia vinifera). 



CONDITION MORALE ET SOCIALE DES NÈGRES 89 

doué et à coup sûr le plus civilisé de l'Afrique cen- 
trale. Il possède un gouvernement régulier, modèle de 
despotisme savant et fortement organisé. Étranger aux 
industries textiles, le Monbouttou est à peine vêtu 
d ecorces battues; mais il travaille avec beaucoup d'art 
les métaux, l'argile et le bois; le palais du roi Mounsa 
est un édifice véritable. Chose étrange : aucune tribu 
africaine, pas même la plus arriérée, ne se livre d'une 
façon plus brutale au cannibalisme; et cependant, 
— dit Schweinfurth, — « les Monbouttou sont une 
noble race, des hommes bien autrement cultivés que 
leurs voisins, à qui leur régime fait horreur. Ils ont 
un esprit public, un orgueil national ; ils sont doués 
d'une intelligence et d'un jugement que possèdent peu 
d'Africains, et savent répondre avec bon sens à toutes 
les questions qu'on leur adresse. Leur industrie est 
avancée, leur amitié fidèle. Les Nubiens qui résident 
chez eux n'ont pas assez d'éloges pour vanter la con- 
stance de leur affection, l'ordre et la sécurité de la vie 
sociale, leur supériorité militaire, leur adresse, leur 
courage 1 . » Quelle que soit la solution finale de cette 
énigme ethnographique, il semble bien établi dès à 
présent que l'Afrique équatoriale est traversée sur toute 
son étendue, depuis les Fellata jusqu'aux Monbouttou, 
par une large zone de peuples qu'une civilisation supé- 
rieure ne trouverait pas insensibles à ses avantages ni 
assurément rebelles à ses bienfaits. 

Le second des deux grands groupes de populations 
indigènes de l'Afrique centrale est formé par les Nègres 

1 Au cœur de l'Afrique, trad. de M me Loreau. T. II, p. 85. 



90 ETHNOGRAPHIE DE l/AFRIQUE 

Bantou. Ils appartiennent à la race cafre, dont ils 
reproduisent le type, non sans de nombreuses dévia- 
tions et nuances. En général, ces Nègres ont le teint 
plus clair que ceux du Soudan ; l'ensemble des traits 
caractéristiques de ces derniers est sensiblement affai- 
bli. Sauf sur la côte orientale, du côté de Zanzibar, ils 
ont absolument résisté à l'introduction de l'islamisme ; 
celui-ci n'a pas altéré par conséquent chez eux les insti- 
tutions primitives ni le caractère national. Le fraction- 
nement de ces peuples est extrême; le nombre des 
communautés qu'ils forment est aussi considérable que 
la composition en est mobile. La famille est restée la 
base de leur organisation politique; rarement ils se 
sont élevés au-dessus de la vie de tribu. L'autorité des 
chefs est circonscrite à quelques villages; elle n'est 
guère aussi despotique que dans les États musulmans, 
quoiqu'elle soit fréquemment arbitraire et cruelle. Les 
lois de succession sont incertaines; les agglomérations, 
peu stables. Cependant ces traits généraux ne sont pas 
sans subir de notables exceptions, et bien que ce second 
groupe de la race nègre, répandu de lequateur jus- 
qu'auprès du Cap sur un immense territoire, soit loin 
d'être connu à l'égal du premier, il est possible d'y 
discerner dès à présent plusieurs familles bien tran- 
chées. 

La première d'entre elles occupe la région du nord- 
ouest, depuis les hauts sommets du Cameroun jusqu'aux 
rives du Congo : les Dualla, les Pongué, les Fans ou 
Pahouins en sont les éléments les plus accentués. Ces 
peuples ont de nombreuses affinités de race, de 
mœurs et de langage avec les Nègres du Haut-Nil ; la 



CONDITIOxN MORALE ET SOCIALE DES NÈGRES 91 

plupart de leurs tribus ne sont arrivées que depuis un 
temps relativement court, un ou deux siècles au plus, 
dans les contrées qu'elles habitent actuellement ; cette 
circonstance les a préservées des influences démorali- 
satrices de la traite. Les Dualla remplissent tout le 
bassin du fleuve Cameroun ; ils sont vigoureux et 
robustes; leur teint est bronzé, leur physionomie 
expressive et régulière, au nez et à la bouche près. 
Intelligents, fins observateurs, ils se distinguent par 
une mémoire prodigieuse et une extrême facilité à 
apprendre les langues étrangères. Habiles navigateurs, 
mais sans industrie propre, ils vivent dans l'abon- 
dance, grâce aux relations commerciales qu'ils- ont 
nouées avec les Européens et dont ils se sont arrogé le 
monopole en interceptant les communications vers 
l'intérieur. 

Les Pongué, établis sur les rives du Gabon, figurent 
à bon droit au premier rang des Nègres de la Basse- 
Guinée, tant à raison de leur développement physique 
que du degré de civilisation qu'ils ont atteint. Mais le 
peuple le plus digne d'attention de cette famille est 
celui des Fans ou Pahouins; il n'est arrivé à la côte que 
vers 1850, on le retrouve à plus de deux cents lieues 
vers l'intérieur, en groupes compacts. Les Fans sem- 
blent destinés à envahir tout le bassin de l'Ogoué jus- 
qu'au Gabon. Grands et vigoureux, les hommes 
déploient une énergie remarquable. Ils cultivent la 
terre, font le commerce, connaissent quelques indus- 
tries; mais comme les Niam-Niam, avec lesquels ils 
offrent de frappantes analogies, ils sont avant tout 
d'infatigables chasseurs; comme eux aussi, plus qu'eux 



92 ETHNOGRAPHIE DE L AFRIQUE 

peut-être, ils sont anthropophages. La plupart des Fans 
sont aujourd'hui armés de fusils; autrefois ils se ser- 
vaient de lances et d'arbalètes. L'apparition de ce 
peuple près de la côte avait fait concevoir, à une 
époque peu éloignée, de hautes espérances que le 
cours des événements n'a guère vérifiées jusqu'à ce 
jour. Les guerres intestines se sont multipliées et la 
sécurité des relations avec les indigènes a diminué à 
raison même de ses progrès. 

Tout le plateau central de l'Afrique appartient à la 
seconde famille de ce groupe. Les Balunda, les Warua, 
les Manyéma en sont les représentants principaux. Ces 
peuples s'éloignent de plus en plus du type conven- 
tionnel du Nègre ; ils ont le teint moins foncé, la phy- 
sionomie plus agréable, les formes plus élégantes que 
la plupart des Soudaniens. Les qualités intellectuelles 
et morales les placent également à un degré relative- 
ment élevé; ils sont actifs, industrieux, sensés, bien- 
veillants, et, — ajoute Livingstone, — remarquable- 
ment honnêtes : leurs défauts et leurs vices sont en 
grande partie l'œuvre des institutions ou des circon- 
stances. C'est l'observation de ces faits qui naguère 
faisait écrire à Cameron, après un séjour prolongé 
parmi eux : « J'ai renoncé à toute notion d'infériorité 
fondée sur la couleur. Nombre de gens que j'ai vus, 
avec qui je me suis trouvé en rapport, étaient vraiment 
intelligents et reconnaissaient pleinement l'avantage 
de relations commerciales plus étendues. Tous les 
récits d'absence d'industrie, de défaut de prévoyance 
ne s'appliquent qu'aux esclaves et aux tribus dégradées 
qui vivent de pillage. A voir les champs immenses 



CONDITION MORALE ET SOCIALE DES NÈGRES 93 

cultivés simplement au moyen de la houe, c'est un 
non-sens que de dire que cette race manque d'esprit 
d'ordre et d'application . » 

Plusieurs de ces peuples ont fondé des États consi- 
dérables; le plus important paraît être celui d'Urua 
qui couvre, au centre du grand plateau africain, une 
superficie égale à celle de la Grande-Bretagne. C'est 
un pays riche et populeux, dont le chef Kassongo réside 
à Kilemba. Son gouvernement est un type accompli 
de despotisme sans frein; ivre de sa puissance, Kas- 
songo se fait rendre des honneurs divins; l'autorité 
barbare et sanguinaire qu'il exerce, les institutions 
odieuses qui la maintiennent, sont l'obstacle essentiel 
qui s'oppose à l'expansion des ressources naturelles de 
ces contrées comme au progrès de la.race intelligente 
qui les habite. La même observation s'applique aux 
deux États qui limitent à l'ouest et à lest l'empire des 
Warua ; c'est d'une part le Molua ou Morupua, dont le 
chef porte le nom de Muata-Yamvo et règne sur le 
peuple des Balunda; de l'autre, le royaume de 
Kazembe, qui est tributaire du précédent et s'étend sur 
la rive orientale du lac Moero, au sud-est de l'Urua. 
Plus au nord, le peuple non moins remarquable des 
Manyéma voit son développement politique arrêté par 
le brigandage de la traite; mais aux sources du Nil, 
les voyages d'exploration de ces dernières années ont 
révélé l'existence de toute une série d'États répandus 
sur les bords des grands lacs. Tels sont ceux de 
Karagwe, que gouverne le sympathique Roumanika; 
d'Ouroundi, de Ruanda qui, d'après Stanley, compte 
cinq millions d'âmes; d'Ouganda, dont le roi Mtesa 



94 ETHNOGRAPHIE DE L AFRIQUE 

possède un égal nombre de sujets. D'après leurs dispo- 
sitions bien connues, ces contrées n'attendent, pour 
entrer en relations régulières avec les Européens, que 
l'établissement d'une ligne permanente de communi- 
cations avec la côte. 

La dernière branche de cette grande famille est celle 
dont les caractères prédominent chez toute la race des 
Nègres méridionaux et qui lui a donné son nom : 
ce sont les Cafres, qui doivent cette dénomination aux 
Arabes (du verbe kafir, nier), parce qu'ils ont repoussé 
l'islamisme. Avec les Betschuana, qui appartiennent au 
même groupe, les Cafres occupent toute la moitié 
orientale de l'Afrique australe depuis le Zambèse 
jusqu'aux limites du Gap. Ils sont venus du nord et ne 
paraissent avoir franchi le Zambèse que vers le xvi e siè- 
cle. Par les traits physiques comme par les mœurs, les 
institutions et le langage, ils dénotent d'étroites relations 
avec les peuples sémitiques; le missionnaire Merensky 
les considère même comme issus d'un mélange des 
Hamites et des Sémites. Beaucoup de Cafres ont le type 
juif; ils pratiquent la circoncision, fêtent le septième 
jour, s'abstiennent des viandes réputées impures (porc, 
oiseau de proie), suivent le droit matrimonial des 
Hébreux. D'un autre côté, l'action de l'Egypte ancienne 
n'est pas moins sensible dans les objets du culte (le cro- 
codile, l'ibis), dans la forme des ustensiles et le type des 
habitations. Les langues, qui se subdivisent en une 
infinité de dialectes, témoignent des mêmes affinités ; 
elles sont riches en vocables comme en flexions et 
remarquablement achevées; elles servent d'organe à 
toute une littérature de fables, contes et proverbes, 
qui se perpétue par la tradition orale. 



CONDITION MORALE ET SOCIALE DES NÈGRES 95 

Ces peuples ont en général le crâne développé et la 
physionomie expressive; ils ont le nez, la bouche, les 
cheveux crépus du Nègre; la coloration de la peau, 
qui varie selon les tribus, est cependant sensiblement 
plus pâle que chez les races du nord. Tous mènent la 
vie sédentaire; les villages, entourés de champs bien 
cultivés, sont enclos d'épines. Les femmes pourvoient 
aux travaux champêtres; les hommes exercent les 
métiers; les enfants sont pâtres. Les peaux tannées 
forment le fond du costume; faute de coton, Fart de 
tisser les étoffes leur est demeuré inconnu. 

Cette famille comprend deux grandes subdivisions : 
les Betschuana et les Cafres. Moins énergiques, moins 
bien doués que ces derniers, les Betschuana sont en 
revanche plus industrieux, plus avancés dans les tra- 
vaux de l'agriculture et l'exercice des métiers. Occu- 
pant tout le centre de l'Afrique méridionale depuis le 
Zambèse jusqu'au fleuve Orange, ils se partagent en 
un grand nombre de tribus : tels sont les Bakalaka, qui 
ont conservé jusqu'à ce jour leur indépendance; les 
Basutho, qui, soumis aux Anglais ou aux Boers, ont 
accepté le christianisme et fait des progrès remar- 
quables dans les voies de la civilisation ; les Matebele, 
qui, de même que les Makololo, ont fondé naguère des 
États importants sur le Zambèse moyen, mais ont 
bientôt vu leur puissance disparaître avec le chef qui 
l'avait créée. 

Les Gafres, qui habitent le littoral oriental, sont un 
peuple essentiellement belliqueux. Les Zoulou sont 
les représentants les plus éminents de cette famille : 
ils constituent l'un des plus beaux spécimens des races 



96 ETHNOGRAPHIE DE L AFRIQUE 

africaines. Haute stature, attitude virile, dignité et 
réserve dans les allures, esprit pénétrant et logique, 
éloquence naturelle, aucun attribut des peuples supé- 
rieurs ne leur manque. Courageux à la guerre, capa- 
bles des plus grands excès quand la fureur les en- 
flamme, ils savent pardonner et respectent la parole 
donnée. En temps de paix, ils sont hospitaliers et 
courtois; une fois acquise, leur amitié ne trompe jamais. 
Les Zoulou doivent leur importance politique actuelle 
à un chef fameux, Ghaka, mort en 1828 ; ce roi, espèce 
de Gharlemagne barbare, assura à son peuple la supré- 
matie de l'Afrique australe. Cetewayo, qui règne au- 
jourd'hui, est son neveu et troisième successeur; on 
sait que sa puissance a paru redoutable même à l'em- 
pire britannique. 

L'aperçu qui précède dessine à grands traits la carte 
ethnographique des populations africaines ; il en fait 
connaître avec le degré de certitude relative que com- 
portent nos connaissances actuelles, la distribution 
territoriale et les différences nationales. Si sensibles 
que soient ces dernières, elles le sont pourtant moins 
que leurs ressemblances. C'est peut-être le trait le plus 
saillant, comme il est assurément unique sur la surface 
du globe, que l'unité incontestable de cette race à tra- 
vers la plus étrange bigarrure de mœurs, d'institutions 
et de langage qu'il soit possible d'imaginer. « Tout est 
mêlé, — dit l'un de ses plus sagaces observateurs — 
tout s'enchevêtre; il n'est pas une coutume, pas une 
superstition observée dans tel endroit qui ne se ren- 
contre ailleurs avec plus ou moins d'exactitude. On ne 




^^tts 



Chef Betschuana en costume de guerre. 



CONDITION MORALE ET SOCIALE DES NÈGRES 97 

trouve pas une arme, pas un dessin que l'on puisse 
déclarer la propriété exclusive de telle ou telle peu- 
plade. Du nord au sud, d'un rivage à l'autre, ce qui 
vous paraît original est une répétition plus ou moins 
complète : modifié dans la forme, c'est toujours ce qui 
existe déjà. En Afrique, la nouveauté ne sort que des 
mains de la nature. Si on pouvait saisir à la fois tout 
ce qui maintenant est connu au sujet du langage, de la 
race, de l'industrie, de l'histoire, de la psychologie des 
habitants de cette partie du monde, on aurait sous les 
yeux la preuve d'un mélange de peuples sans précé- 
dent. Et néanmoins, si vertigineuse que pût être cette 
confusion, il en surgirait le trait frappant d une ori- 
gine commune. Il est impossible de parcourir le pays 
sans voir qu'au-dessus de la multitude des différences 
locales règne un principe d'unité qui relie entre eux 
la plupart de ces peuples. 1 » Il nous reste, après 
avoir signalé les caractères distinctifs des principales 
familles, à résumer brièvement ces attributs communs 
où se manifeste leur unité. 

Les notions religieuses en fournissent un premier 
exemple. La classification des Nègres, à ce point de vue, 
correspond assez exactement à leur division ethno- 
graphique. Une ligne oblique tracée de l'embouchure 
du Sénégal à Zanzibar délimite les deux grandes 
formes du culte. Tout ce qui est au nord de cette ligne, 
l'Abyssinie et les tribus nègres du Haut-Nil exceptées, 
appartient à l'islamisme; au midi, régnent le fétichisme 
et l'idolâtrie. Le culte des mânes ou des ancêtres existe 

1 Schweinfurth, Au cœur de l'Afrique. Traduction française de 
M me Loreau. T. I, p. 292. 

7 



98 ETHNOGRAPHIE DE L AFRIQUE 

chez de nombreuses peuplades; il donne lieu à de 
fréquents sacrifices humains. La croyance à la magie, 
à la sorcellerie, aux talismans, est partout répandue; 
elle est la source de bien des calamités. La grossièreté 
du fétichisme et les souffrances qu'il engendre viennent 
activement en aide à la propagande de l'islam ; mais 
celui-ci n'est lui-même qu'un demi-progrès. La poly- 
gamie, l'esclavage et le despotisme qu'il installe par- 
tout avec lui ne comportent qu'un degré inférieur de 
civilisation. Les peuples qui l'adoptent voient s'effacer 
rapidement leur caractère national et leur développe- 
ment s'arrête dès la première étape. 

Les institutions politiques et sociales des Nègres, 
sauf dans les principautés du Soudan, sont restées 
dans l'état d'enfance. Le gouvernement de la plupart 
des tribus qui ne se sont pas converties à l'islamisme, 
est resté conforme au type patriarcal. Chaque village 
a son chef qui est subordonné à des chefs de district, 
relevant eux-mêmes du chef principal qui exerce l'au- 
torité suprême. Cette autorité est partout limitée par la 
coutume; les assemblées générales sont fréquentes; 
on y parle et délibère avec une grande liberté. Chez 
les peuples dont l'organisation s'est élevée au-dessus de 
cette forme primitive, comme chez les Monbouttou, les 
Warua, les Zoulou, le pouvoir a dégénéré en un des- 
potisme effréné. Les institutions judiciaires sont mieux 
développées. Beaucoup de peuplades accusent un 
instinct juridique remarquable ; les procès sont très- 
suivis et les parties ne sont pas en faute d'arguments 
captieux. On rencontre jusqu'à trois degrés d'in- 
stance; la cour supérieure est formée par les anciens 



CONDITIOxN MORALE ET SOCIALE DES NÈGRES 99 

qui prononcent d'après la coutume. Si les précédents 
font défaut, on se consulte entre tribus. La calomnie 
est réprimée à l'égal du vol; lavortement est qualifié 
de crime. 

L'organisation de la famille souffre chez tous les 
Nègres de l'existence de la polygamie et de l'esclavage : 
ce double fléau est à peu près universel. La pluralité 
des femmes n'est toutefois habituelle que parmi les 
familles aisées. Le mariage affecte presque sans excep- 
tion la forme d'un contrat de vente : le mari achète sa 
compagne. Cet usage fait considérer les filles comme 
une source de richesse, les garçons comme une cause 
d'appauvrissement pour les parents. L'attachement con- 
jugal est généralement vif et profond; le Niam-Niam, 
entre autres, sacrifie tout pour racheter sa femme cap- 
tive; rien n'est plus rare que des actes de brutalité 
entre époux. Le sentiment filial est très-developpé 
chez les enfants comme chez les parents; mais il 
remonte surtout à la mère. « Ah ! ma mère ! » est l'ex- 
clamation ordinaire du chagrin. Les Damara prêtent 
serment « par les larmes de leur mère ». Les femmes 
nègres justifient ce culte par les soins maternels dont 
elles entourent leurs enfants. 

La vie domestique a un grand caractère de simpli- 
cité; les mœurs, sans être bien rigoureuses, sont relati- 
vement pures; les besoins sont très-bornés. Le goût 
de la toilette existe et se manifeste fréquemment par les 
déguisements les plus grotesques ; mais, en général, le 
costume, sauf dans les États du Soudan, est réduit aux 
vêtements les plus indispensables; l'état de simple 
nature n'est pas rare. Les boucles d'oreilles, les bagues, 



100 ETHNOGRAPHIE DE L AFRIQUE 

les bracelets, les colliers de perles sont d'un usage 
général parmi les deux sexes ; mais le principal soin est 
donné par les hommes à leur chevelure, par les femmes 
au tatouage de la peau. Il convient d'ajouter que Ja 
coiffure est, avec le tatouage, le signe distinctif des 
tribus. 

Le caractère dominant du Nègre est celui d'un 
grand enfant : il est naïf, insouciant, paresseux, d'une 
gaîté folle, passionnément épris de fêtes, de récits, de 
musique et de danse. La bienveillance et la bonté lui 
sont naturelles, mais les rapports avec les marchands 
d'esclaves le rendent défiant, parfois cruel et perfide. 
Un trait déjà signalé, c'est l'existence, à des degrés 
divers, du cannibalisme chez nombre de peuplades : 
par une contradiction bizarre, ce sont ordinairement 
les plus belles de type, les plus avancées en civilisa- 
tion. Ces défauts ne laissent pas d'avoir de sérieuses 
compensations; les Nègres éprouvent un profond res- 
pect pour la justice, fût-elle sévère, et ils sont à coup 
sûr le peuple de la terre le plus facile à gouverner. 

L'agriculture et l'élève du bétail sont les deux prin- 
cipales industries des Nègres; la première prévaut dans 
les États du Soudan, la seconde dans l'Afrique cen- 
trale et méridionale. La richesse en céréales et en trou- 
peaux (bœufs, moutons et chèvres) est très-grande; 
la production en comporte un développement quasi 
illimité. Plusieurs cultures, comme celles du doucq et 
de l'amande de terre (avachis hypogœa) paraissent indi- 
gènes; celles du maïs, du manioc, des blés, de l'orge, 
des pois et fèves, de la canne à sucre sont répandues 
dans toute l'Afrique équatoriale, mais ont été importées 



CONDITION MORALE ET SOCIALE DES NÈGRES 101 

du dehors. Il est à note^ que les Nègres font partout 
usage du lait et de ses dérivés. 

Parmi les arts industriels cultivés par les peuples de 
l'intérieur de l'Afrique, on remarque en premier lieu 
la poterie, où ils font preuve d'habileté et de goût. 
Tous, depuis l'habitant du Kordofan jusqu'au Hot- 
tentot, savent fondre les minerais de fer et de cuivre ; 
ils en tirent un métal très-pur dont ils confectionnent 
des ustensiles et des armes. Dans le Bornou, on est par- 
venu à fondre des canons; sur plusieurs points, on 
fabrique des fusils, des casques, des cottes de mailles. 
Au contact des Européens, les Cafres et les Betschuana 
ont appris à imiter quantité d'objets, tels que des vis, 
des serrures, dont ils n'avaient auparavant aucune 
idée. Les Achanti travaillent l'or et ont d'habiles 
orfèvres. Le tannage des peaux, le tissage des nattes, 
l'art de filer, de tisser, de teindre le coton, sont 
fort répandus parmi les Nègres, et beaucoup de leurs 
produits sont remarquables par la solidité ou la finesse 
du travail. Ces créations d'une industrie naissante 
méritent l'attention de l'Europe. Le Nègre est peu 
inventif par lui-même, il se répète avec une rare 
adresse sans se perfectionner; mais il possède à un 
haut degré le désir et la puissance d'apprendre ; il s'as- 
simile aisément les connaissances qu'on met à sa portée 
et, pour élever d'emblée et considérablement le niveau 
de son état moral et social, il suffirait d'organiser chez 
lui l'enseignement pratique des arts et métiers de l'Eu- 
rope. 

Le commerce existe, sous des formes rudimentaires, 
dans toutes les contrées de l'Afrique centrale; chaque 



102 ETHNOGRAPHIE DE LAFRTQUE 

village a un marché, les villes en ont plusieurs. Le 
goût du trafic est très-prononcé chez toutes les tribus 
nègres sans distinction. Les marchandises se payent en 
nature ou en monnaie ; les thalers à l'effigie de Marie- 
Thérèse dans les États du Nord et de l'Est, la poudre 
d'or, les cauris (le billon africain) sont les principaux 
moyens d'échange. Le commerce intérieur, dont les 
denrées forment la base, est assez actif; l'exportation 
est réduite à un petit nombre d'articles, parmi lesquels 
figurent en première ligne l'ivoire, les plumes d'au- 
truche, les gommes, huiles et résines, les épices, etc 1 . Le 
plus important de tous est toutefois Y homme lui-même. 
Ici se présente la question de la traite; ce grave sujet 
mérite la plus sérieuse attention, car, de l'avis de tous 
les voyageurs et missionnaires, il exerce une influence 
prépondérante sur l'état moral et social des peuples de 
l'Afrique centrale, et il ne faut pas songer à les civiliser 
tant qu'on ne sera venu à bout de ce que Livingstone 
appelait avec raison I'iniquité monstre. 

i M. Bernardin, dans son Étude sur les produits commerciaux de l'Afrique 
centrale, Gand, 1877, a dressé un catalogue très-complet des ressources que 
l'Afrique offre, dans les trois règnes, au commerce extérieur. 



CHAPITRE IV. 

LA TRAITE AFRICAINE AU XIX e SIÈCLE. — TERRITOIRES SUR 
LESQUELS ELLE S'ÉTEND. — CARACTÈRE ET IMPORTANCE DE 
SES OPÉRATIONS. 

Ce n'est pas un des phénomènes les moins étranges 
de ce siècle de publicité que l'ignorance à peu près 
générale, l'indifférence même qui régnent parmi nous 
à l'égard de la traite africaine. S'il est pourtant un 
sujet qui s'impose à un haut degré à la pitié comme à 
la justice de l'Europe, c'est bien celui-là. Sur un con- 
tinent en contact direct et continu avec le nôtre, à nos 
portes et presque sous nos yeux, s'est organisé et pros- 
père un système de brigandage, de dévastations et de 
massacres, dont les guerres les plus sanglantes de l'his- 
toire ont à peine égalé de loin en loin les horreurs jour- 
nalières. Depuis l'abolition de l'esclavage en Amérique, 
depuis la proscription officielle de la traite par tous les 
peuples civilisés, il semble que la chasse à l'homme 
aurait dû naturellement disparaître ou du moins se 
réduire à des proportions insignifiantes. Il n'en a rien 
été. Le trafic des esclaves existe; il a ses marchés régu- 
liers d'approvisionnement et de vente, et le nombre 
de ses victimes se compte chaque année par centaines 
de mille. Envisageons un instant de près cet abomi- 



104 LA TRAITE AFRICAINE AU XIX e SIÈCLE 

nable commerce : les détails nous en sont révélés par 
les documents parlementaires anglais comme par les 
voyageurs africains, et ont été résumés avec autant de 
science que de cœur, en Angleterre, par M. J. Gooper, 
dans un livre intitulé : Le Continent perdu; en France, 
par M. Berlioux, dans son ouvrage sur la Traite 
orientale 1 . 

La traite des Nègres remonte aux premières années 
du xvi e siècle ; elle eut tout d'abord pour objet prin- 
cipal de fournir des travailleurs aux colonies améri- 
caines. On estime, d'après des calculs nullement 
exagérés, à quarante millions le nombre des esclaves 
importés pendant trois cents ans dans ces colonies, non 
compris vingt millions d'individus qui auraient suc- 
combé en route. Aujourd'hui la traite a pris d'autres 
allures; elle a perdu presque partout son caractère 
régulier et légal. Mais, en devenant clandestine, elle 
s'est faite, si possible, plus odieuse et cruelle sans 
rien perdre de son activité. La chasse à l'homme 
continue de sévir dans trois grandes régions de 
l'Afrique : les États du Soudan, la vallée du Haut-Nil et 
le plateau central. Sur la côte occidentale, les croisières 
ont à peu près tué l'odieux trafic. 

i Paris, 1875. — L'ouvrage de M. Cooper, The lost Continent, Lon- 
don, 1875, a été traduit à Paris et publié avec une préface de M. Ed. 
Laboulaye. Parmi les Blue Books anglais, il faut faire une mention spéciale 
du Rapport de la Commission chargée de l'Enquête sur les Esclaves fugi- 
tifs : c'est une source capitale d'informations sur la matière. En voici le 
titre : Royal Commission on fugitive Slaves. Report of the Commissioners, 
Minutes of the Evidence and Appendix, with gênerai Index. Presented to 
both Houses of Parliamentby commanà of Her Majesty. London, 1876. 
1 volume in-folio. 



LA TRAITE AFRICAINE AU XIX e SIÈCLE 105 

Dans le Soudan, les pourvoyeurs des marchands 
d'esclaves ne sont autres que les princes indigènes 
eux-mêmes. C'est la principale source de leurs reve- 
nus. Disciples de l'islam, ils considèrent les populations 
païennes, sujettes ou non de leurs États, comme 
dépourvues de toute espèce de droits vis-à-vis des 
croyants; les razzias qu'ils organisent et auxquelles ils 
intéressent les chefs et soldats de leurs petites armées, 
s'étendent sur de vastes territoires. On entoure et on 
incendie les villages, on tue tout ce qui résiste ou 
paraît impropre à la marche, au travail, au plaisir ; on 
emmène le reste. Les dévastations et le carnage qui 
marquent ces sinistres expéditions sont indescriptibles; 
des provinces entières qu'on avait vues naguère popu- 
leuses et prospères, se retrouvent parfois, au bout de 
quelques années, désertes et arides. 

Le D r Nachtigal a retracé récemment le vivant tableau 
d'une de ces campagnes dont il eut la douleur d'être le 
témoin impuissant pendant son voyage au sud du 
Bagirmi. Voici quelques traits abrégés de son récit : 
« Je me souviens toujours avec une nouvelle horreur 
du 31 mai 1872, jour où nous attaquâmes le village 
de Koli. Quand, au sortir de la sombre forêt, nous attei- 
gnîmes la clairière où s'étalait le paisible village, le 
soleil levant nous fît assister aux préparatifs de cette 
fatale journée. Les habitants, après avoir incendié leurs 
demeures, se retiraient derrière un rempart d'argile, 
à hauteur d'épaule; au centre, un épais fourré, entouré 
d'un fossé et d'un second rempart, recueillait les 
femmes et les enfants. Après la sommation, qui fut 
repoussée avec une froide résolution, commença le 



106 LA TRAITE AFRICAINE AU XIX e SIÈCLE 

combat qui se prolongea jusqu'à trois heures de l'après- 
midi et me remplit d'admiration pour les défenseurs. 
Les armes à feu et les flammes décidèrent de l'issue de 
la journée. Les rangs des hommes s'éclaircissaient, le 
feu dévorait les huttes, le fourré était rempli des nôtres; 
une sortie désespérée mit fin à la résistance. 

« Alors commença une nouvelle tragédie. Des 
hommes blessés, à moitié morts, expiraient sous les 
coups des vainqueurs avides qui s'en disputaient la pos- 
session. Des femmes et des filles défaillantes étaient 
entraînées avec la plus extrême brutalité; on se les arra- 
chait avec fureur; de pauvres enfants, enlevés violem- 
ment des bras de leurs mères, roulaient, les membres 
brisés, sur le sol. Cette lutte atroce entre les agresseurs 
pour la possession de malheureux qui avaient tout 
perdu, surpassait en horreur et dégoût les barbaries 
même du combat. Vingt à trente hommes survivants se 
rendirent à merci; le roi des Bagirmi possédait trois à 
quatre cents esclaves de plus et un heureux et florissant 
village avait disparu de la terre. Je parcourus navré les 
ruines fumantes et comptai encore vingt-sept cadavres 
de nourrissons que leurs mères, dans un transport 
d'héroïsme sauvage, avaient étranglés ou jetés dans 
les flammes... 

« Ce fut là notre existence pendant des mois. Notre 
camp se remplit d'esclaves, surtout de femmes et d'en- 
fants, car on préfère mettre à mort les hommes, qui 
entretiennent l'esprit de rébellion et cherchent con- 
stamment à s'enfuir. Mais à mesure que s'accroissait le 
nombre de ces malheureux, les provisions s'épuisaient 
à vue d'œil; bientôt il fallut en chercher au loin, et nos 



LA TRAITE AFRICAINE AU XIX e SIÈCLE 107 

hommes affamés marchaient des jours entiers à la 
recherche de quelques poignées de blé, qu'ils n'obte- 
naient même qu'au risque de leur vie. Nous n'avions 
plus d'autre nourriture que de la farine bouillie : si tel 
était le régime des maîtres, qu'on s'imagine celui des 
esclaves. Pour aggraver notre situation, la saison des 
pluies commençait ; la terre n'était plus qu'un bour- 
bier, nos vêtements et nos objets de couchage étaient 
constamment humides, et le bois sec manquait pour 
sécher les habillements et chauffer les huttes. La dyssen- 
terie éclata avec la famine ; minés par le chagrin et la 
crainte du sort qui les attendait, les esclaves devenaient 
la proie assurée du fléau. Chaque jour, de nombreux 
enfants voyaient finir leur misérable existence; les 
cadavres empoisonnaient l'air dans le voisinage des 
cabanes et contribuaient à étendre l'épidémie d'une 
façon effrayante. 

« Les esclaves tombèrent à des prix dérisoires. 
Chaque jour, on pouvait acheter un enfant de sept ans 
pour une simple chemise d'une valeur de 4 francs; les 
v ieillards étaient au même taux ; les adultes des deux 
sexes valaient à peine de 20 à 25 francs : on en don- 
nait de six à huit pour un cheval. 

« Je souffrais moi-même cruellement de la maladie 
et n'obtins pas sans peine du roi qu'il donnât l'ordre du 
retour. On était alors en pleine saison des pluies. Les 
routes étaient impraticables, la caravane extrêmement 
nombreuse : une moitié des esclaves était atteinte de 
dyssenterie, l'autre était affamée. Dès le premier jour 
de marche, quantité d'entre eux tombèrent; malgré les 
coups de bâton et de fouet dont on les gratifiait large- 



108 LA TRAITE AFRICAINE AU XIX e SIÈCLE 

ment, il fallut les abandonner. Je les estimais heureux, 
malgré la cruauté des châtiments, de garder ainsi une 
chance de rentrer dans leur pays, quand on m'apprit 
que, pour l'exemple des autres, on les mettait impitoya- 
blement à mort. Je pouvais à peine le croire. Je n'igno- 
rais pas que les caravanes d'esclaves qui s'en vont au 
nord à travers le grand désert, laissent en route quan- 
tité de malheureux qui, à bout de forces, succombent 
à la faim, à la soif, aux rayons torrides du soleil; mais 
qu'un homme immolât de sang-froid un frère malade 
comme un poulet ou une chèvre, je me refusais à le 
croire. Et c'était vrai cependant. Devenait-il impossible 
de faire avancer à coups de fouet un ou une esclave, 
son maître restait décemment quelques pas en arrière, 
tirait son couteau d'un air de résignation et lui coupait 
la gorge. Voilà ce que j'ai dû voir, et le sentiment de 
l'impuissance en face dune telle barbarie n'est pas la 
moindre épreuve du voyageur. 

« Avec cela, les tortures du chemin. Bien que nous 
eussions fait un détour pour éviter le sol argileux du 
Somraï, nous eûmes à frayer des jours entiers notre 
route dans des marécages et des terres détrempées. Mon 
cheval, épuisé, bronchait à chaque pas et me jetait dans 
un lit de fange d'où je ne réussissais à me dégager 
qu'avec le secours d'autrui. Quand l'animal parvenait 
à se relever, il n'avançait qu'à force de coups. Nous pas- 
sâmes des jours entiers dans l'eau jusqu'à hauteur des 
hanches, heureux encore quand le sol était ferme sous 
nos pieds. Et voilà des obstacles que devaient vaincre 
pendant des semaines de pauvres enfants, des jeunes 
filles de dix à quinze ans, la plus recherchée des mar- 



LA TRAITE AFRICAINE AU XIX e SIÈCLE 109 

■ 

chandises humaines. Bien souvent je rencontrai le soir 
ces malheureuses créatures, couchées sur une petite 
éminence, le corps dans l'eau ou la fange, la tête à 
peine en dehors des boueux alentours ; elles restaient là 
sans mouvement ni secours, et je ne pouvais pas tou- 
jours les sauver de la mort \ » — Le tableau est-il 
assez lamentable et ne justifîe-t-il pas pleinement cette 
parole du même voyageur, que la gloire des plus belles 
découvertes ne compense pas l'incurable plaie que de 
tels spectacles laissent au cœur d'un homme? 

Ce sont les produits de ces chasses qu'on amène sur 
les marchés du Soudan; Kouka, dans le Bornou, est 
l'un des principaux. « Les acheteurs de Kouka, écrit 
M. Berlioux, savent leur métier. Aussi la marchandise 
est étalée dans sa triste laideur : les esclaves sont sales, 
couverts de misérables haillons. On les examine, on 
mesure leur taille, on leur ouvre la bouche pour voir 
les dents, on s'informe s'ils mangent bien, car l'appétit 
est regardé comme un signe de santé. Un jeune garçon 
coûte de 60 à 120 francs. Une jeune fille se vend de 120 
à 240 francs; les jeunes Fellata, dont la couleur est 
claire et dont les traits sont réguliers, coûtent toujours 
plus cher. Un vieillard ou une mère se donne pour un 
prix de 12 à 40 francs. C'est aussi le prix d'un enfant. 
Le lundi, le jour de marché, il arrive souvent des mil- 
liers d'esclaves qui sont mis en vente ; tous les autres 
jours, on est sûr d'en trouver de petites troupes de quel- 
ques centaines. On voit qu'il est amené, chaque semaine, 
sur la place de Kouka, au moins cinq ou six mille 
esclaves. » 

1 Deutsche Rundschau, t. X, pp. 371 à 374. 



110 LA TRAITE AFRICAINE AU XIX e SIÈCLE 

Une partie de ces malheureux restent dans le pays 
pour les besoins de l'intérieur; la grande masse en est 
achetée par des marchands arabes et acheminée à tra- 
vers le désert, sous un soleil ardent et par des routes 
arides de 1 2 à 1 ,500 kilomètres de longueur, vers Mour- 
zouk, la capitale du Fezzan, province tributaire de la 
Turquie. Ce que ces troupes d'esclaves — la grande 
caravane annuelle de Kouka en emmène seule environ 
4,000 — éprouvent de privations et de tortures dans 
cette marche prolongée est inimaginable. « Des deux 
côtés de la route, dit G. Rohlfs, nous voyons les osse- 
ments blanchis des esclaves morts ; quelques squelettes 
ont encore le katoun (vêtement) des Nègres. Même celui 
qui ne connaît pas le chemin du Bornou n'a qu a suivre 
les ossements dispersés à gauche et à droite de la voie 
et ne se trompera point. » 

Le commerce des esclaves au Fezzan est estimé à 
10,000 têtes par an; un seul marchand en avait importé, 
en une année (1864), 1,100. Ce bétail humain est intro- 
duit la nuit avec la complicité des agents turcs qui 
touchent une prime de 10 francs par esclave. De Mour- 
zouk, les caravanes s'acheminent à l'est, par les oasis, 
vers Siout et le Caire, où elles écoulent leur marchan- 
dise. Ces routes, très-fréquentées, ne sont l'objet d'au- 
cune surveillance. En 1871, un convoi de 2,000 esclaves 
arriva du Wadaï dans le voisinage de Giseh, et se dis- 
persa aussi mystérieusement qu'il était venu. On peut 
se faire une idée de la grandeur du mal que produit la 
traite dans le Soudan, quand on songe qu'elle enlève 
annuellement environ 15, 000 hommes, qu'elle en détruit 
au moins un nombre égal, qu'elle répand l'insécurité et 



LA TRAITE AFRICAINE AU XIX e SIÈCLE 111 

des craintes perpétuelles parmi quantité de tribus et 
condamne à la stérilité des provinces d'une richesse 
incomparable. 

Le second théâtre de la traite se rencontre dans la 
vallée du Haut-Nil et de ses affluents; le trafic des 
esclaves s'exerce de Khartoum aux grands lacs, sur une 
profondeur de terrain de 2,600 kilomètres, au sud de 
l'Abyssinie, du Darfour et du Kordofan; les Schillouk, 
les Diuka, les Bongo, les Djour, etc., en fournissent la 
matière. Les organisateurs sont, d'une part, les Ghel- 
labas, aventuriers indigènes qui font le détail; de 
l'autre, des marchands égyptiens et arabes qui se con- 
stituent, pour exploiter le pays, en puissantes compa- 
gnies. C'est le commerce de l'ivoire qui a été le point 
de départ de la traite et qui sert à la déguiser aujour- 
d'hui. Les traitants se choisissent chacun un champ 
d'opération, grand parfois comme une province ; Baker 
en signale un qui exerçait sa domination et son infâme 
métier sur un territoire de 230,000 kilomètres carrés 
(plus du tiers de la France). Au milieu, on construit un 
camp retranché, habité par l'entrepreneur ou son lieu- 
tenant, les gens de service, les chasseurs et soldats, dont 
le nombre varie de 100 à 300 hommes : c'est ce qu'on 
appelle un Seribah. On évalue à 15,000 le nombre des 
sujets égyptiens engagés dans ces entreprises; un d'entre 
eux avait jusqu'à 2,500 hommes à sa solde, des forbans 
accomplis, ne reculant devant rien, armés de fusils et 
bien commandés. 

Au début, ces gens avaient pour mission de donner 
la chasse aux éléphants ; il y a longtemps que ce 



1.12 LA TRAITE AFRICAINE AU XIX e SIÈCLE 

moyen primitif de faire fortune est abandonné. On 
a trouvé plus avantageux d'abord d'acheter aux 
Nègres l'ivoire dont ils disposaient, puis de le leur 
prendre ; une fois là, on a complété l'opération en enle- 
vant les troupeaux et finalement les habitants eux- 
mêmes. Depuis plus de vingt ans, la chasse à l'homme 
s'est établie dans ces contrées sur le même pied qu'au 
Soudan, et l'on se fera une idée de son activité par ce 
fait, qu'en 1864, une seule battue avait amené la cap- 
ture de 8,000 esclaves. « Des contrées riches et bien 
peuplées — dit Baker — sont converties en déserts ; les 
femmes et les enfants sont emmenés en captivité; les 
villages brûlés, les récoltes détruites ou pillées, les 
habitants chassés ; d'un paradis terrestre on a fait une 
région infernale ; les indigènes, d'abord bienveillants 
pour les étrangers, leur sont devenus hostiles : c'est la 
ruine, pour tout dire en un mot. » 

Les autorités égyptiennes sont les témoins complai- 
sants et presque toujours les complices de ces horreurs. 
Les voyageurs, tout en rendant hommage aux inten- 
tions honnêtes du Khédive, sont unanimes pour lancer 
à ses agents les plus sanglants reproches. Les trafiquants 
du Soudan, tous négriers, sont les fermiers du gouver- 
nement égyptien, dont les représentants les protègent 
ouvertement. C'est à cause de leur résistance que l'ex- 
pédition organisée en 1869, sous le commandement de 
sir Samuel Baker, pour réprimer la traite n'a produit 
aucun résultat ; elle n'a servi qu'à prouver que les fonc- 
tionnaires du Khédive non-seulement participent aux 
bénéfices du trafic, mais chassent aux esclaves pour 
leur propre compte, assurés qu'ils sont d'une impunité 




Le palmier à. huile (Ela/is Guinensis). 



LA TRAITE AFRICAINE AU XIX e SIÈCLE 113 

absolue. La convention que le vice-roi vient de signer, 
le 4 août dernier, avec l'Angleterre, a pour but de 
mettre un terme à cette situation. Elle étend au pavillon 
égyptien la surveillance des croisières anglaises, assi- 
mile les traitants aux assassins, interdit l'importation 
des esclaves dans les possessions égyptiennes ainsi que 
la mutilation des enfants et contient l'engagement 
d'abolir le trafic privé des esclaves, sans distinction, 
dans un délai de sept ans pour l'Egypte, de douze ans 
pour le Soudan. Il faut souhaiter que cette nouvelle 
tentative soit plus fructueuse que la première ; l'exécu- 
tion sincère de cette convention serait le salut des 
populations de la vallée du Nil. 

Le quartier général de la traite est actuellement 
établi à Khartoum; de ce point, une partie des esclaves 
est dirigée vers Siout et le Caire, mais la grande majo- 
rité prend les routes de l'est par Berber, Souakin et 
Massaua, d'où ils sont amenés sur les marchés de 
l'Orient. Ils arrivent à Khartoum même ou bien en 
caravanes par la voie du Kordofan, soit par les 
affluents du Nil, serrés, enchaînés, comme du bétail, 
dans des bateaux, habitacles ordinaires de la dyssen- 
terie, de^la variole et de la lèpre. Baker, qui saisit 
un de ces bateaux, en fait une description horrible. 
Les esclaves étaient entassés dans un réduit planchéié, 
couvert de blé en vrac. 

« Le blé fut enlevé, les planches qui entouraient 
l'avant et l'arrière furent brisées, et on vit alors une 
foule pressée de créatures humaines, garçons, filles et 
femmes, amoncelés comme des harengs dans une 

tonne. Malgré leur atroce situation, sous l'empire des 

8 



114 LA TRAITE AFRICAINE AU XIX e SIÈCLE 

menaces qui leur avaient été faites, ces pauvres gens 
avaient gardé jusque-là le silence le plus absolu. La 
voile de la grande vergue semblait pleine et lourde 
dans sa partie inférieure. Examen fait, on y trouva une 
jeune femme cousue dans de la toile et qu'on avait 
hissée sur le mât pour empêcher quelle ne fût décou- 
verte. 

« Dès que le fait m'eut été rapporté, je donnai Tor- 
dre de décharger le bâtiment. Nous y trouvâmes 150 
esclaves arrimés dans une aire d'une inconcevable exi- 
guïté. Au premier mouvement qu'ils firent, une odeur 
suffocante se répandit dans l'atmosphère. Beaucoup 
d'entre eux étaient chargés de chaînes; ils furent 
bientôt délivrés par les forgerons. Je fis mettre aux fers 
le vakil et le reis ou capitaine. Alors les esclaves com- 
mencèrent à comprendre que leurs capteurs étaient à 
leur tour captifs. Leur langue se délia subitement et 
ils nous dirent que les hommes de leurs villages avaient, 
pour la plupart, été tués par les chasseurs d'hommes l . » 

Voilà des faits qui se passent chaque jour dans les 
possessions égyptiennes du Soudan, et ce n'est pas tout. 
Quand l'esclave ainsi traité devient infirme ou malade, 
qu'il gêne ou ennuie ses maîtres, son sort est vite fixé : 
on le tue ou on le noie. Schweinfurth cite des exemples 
qui font frémir. Ces infamies se répètent en cent lieues. 
A son retour, en 1871, ce dernier voyageur écrivait : 
« Sur tous les chemins, des caravanes d'esclaves. Sur 
la mer Rouge, des barques arabes chargées de mar- 
chandise humaine. » Des évaluations concordantes 

i Ismaïlia. Traduction française de M. Vattemare. Paris, 1875, p. 71. 



LA TRAITE AFRICAINE AU XIX e SIÈCLE 115 

portent à 50,000 le nombre des esclaves détenus dans 
les camps arabes; leur sort y est misérable; tous les 
liens de famille sont rompus ; l'immoralité y règne de 
concert avec la cruauté. Reste la part de l'exportation. 
Il existe une vingtaine de Séribah sur le Haut-Nil ; le 
bénéfice moyen de chaque patron est évalué par sir 
Sam. Baker à 450 esclaves par an; les soldats et chas- 
seurs reçoivent leur solde en esclaves. Ces faits indi- 
quent un total annuel d'au moins 20,000 têtes. D'après 
Schweinfurth, ce chiffre est bien en dessous de la réa- 
lité. Si Ton y ajoute les hommes pris dans les razzias, 
on ne saurait estimer à moins de 30,000 — Baker dit 
50,000 — le nombre des Nègres que la traite enlève 
chaque année dans la vallée du Nil supérieur, non 
compris ceux qui restent sur le champ de bataille ou 
en route. 

Le plateau central de l'Afrique est le troisième 
théâtre où s'exerce cet exécrable trafic : nulle part, il 
n'a produit de plus cruels ravages. A peine le voyageur 
a-t-il dépassé les limites du sultanat de Zanzibar, qu'il 
rencontre les régions de l'Ousagara, de l'Ougogo, jadis 
appelées le jardin de l'Afrique, aujourd'hui devenues 
quasi incultes et désertes sous l'influence de la traite : 
les habitants dispersés dans les bois guettent désormais 
d'un œil hostile le passage du voyageur et des cara- 
vanes. « Traverser les ruines de tant de villages aban- 
donnés, jadis le séjour de peuples heureux et contents, 
— dit Cameron — était d'une tristesse indescriptible. 
Qu'étaient devenus ceux qui avaient bâti ces villages et 
cultivé les terres environnantes? Où étaient-ils? Enlevés 



116 LA TRAITE AFRICAINE AU XIX e SIÈCLE 

comme esclaves, massacrés par des misérables, engagés 
dans une lutte où ces malheureux n'avaient aucun 
intérêt et morts de misère et de maladie dans les jon- 
gles. » 

Ce témoignage se répète par cent voix depuis le terri- 
toire des grands lacs jusqu'au Zambèse. Dans toute cette 
zone orientale, la traite a pris l'aspect d'une guerre de 
race : c'est la lutte de l'envahisseur arabe contre le 
Nègre indigène, le premier armé du fusil et du revol- 
ver, le second n'ayant d'autres armes pour se défendre 
que la javeline et la flèche. Les expéditions pénètrent à 
de grandes distances dans l'intérieur ; elles arrivent au 
delà du Tanganyka jusque dans le royaume du Kas- 
songo. Sur nombre de points, les traitants arabes ont 
découvert l'art d'associer à leurs infernales opérations 
ceux-mêmes qui en sont les victimes. La chasse se 
complique alors d'une foule de guerres intestines entre 
tribus, même entre villages, qui la rendent plus fruc- 
tueuse pour les spoliateurs, plus désastreuse encore 
pour les indigènes. Sous l'influence de ces dégradantes 
alliances, on a vu des Nègres se vendre entre eux et 
livrer à l'esclavage leurs propres enfants. 

La traite a trois foyers distincts dans l'Afrique cen- 
trale : le bassin du Tanganyka, celui du Nyassa et le 
territoire compris entre le Lualaba et les possessions 
portugaises d'Angola : l'ensemble représente, d'après 
Cameron, une superficie de 1,200 kilomètres de lon- 
gueur sur 800 de profondeur. Nyangwe, sur le Lua- 
laba, Kazeh ou Taboro dans l'Ouniamuési, à quelque 
soixante lieues de chacune des rives du Tanganyka, 
sont les deux entrepôts généraux de la traite dans le 



LA TRAITE AFRICAINE AU XIX e SIÈCLE 117 

bassin de ce lac. Dans la première de ces places, les 
chasseurs d'esclaves ont fondé un établissement perma- 
nent, d'où ils poussent des razzias au loin dans le pays 
des Manyéma ; quelque nombreux que soit ce peuple, 
il est menacé d'extinction sous l'action pernicieuse de 
ces chasses incessantes, conduites par des troupes con- 
sidérables et bien armées. 

« Maître — disait à Stanley un des capitaines de son 
escorte — quand je vins ici pour la première fois, il y 
a huit ans, toute ^ette plaine entre Mana-Mamba et 
Nyangwe avait une population si dense, que tous les 
quarts d'heure nous traversions des jardins, des 
champs, des villages. Chaque hameau était entouré de 
troupeaux de chèvres et de porcs. On achetait un régime 
de bananes pour un cauri. Vous pouvez voir vous- 
même ce que le pays est devenu aujourd'hui. » Je vis, 
ajoute le voyageur, une contrée à peu près inhabitée 
et retombée dans l'état sauvage. 

La lettre de Stanley, à laquelle est emprunté ce pas- 
sage, est datée de Nyangwe même, le 28 octobre 1876 ; 
elle retrace, en termes saisissants, le spectacle de la 
traite dans le pays des Manyéma. Des troupes de ban- 
dits, soudoyés par les Arabes, s'y livrent à une guerre 
d'extermination; les moindres prétextes servent à 
motiver des attaques ; les Arabes avouaient à Stanley 
qu'on en faisait régulièrement de six à dix par mois. 
Aussitôt que la demande d'esclaves se produit sur les 
marchés, les chasseurs se mettent en campagne; dans 
les intervalles, ils laissent les populations parquées 
croître et se multiplier comme du bétail tenu en 
réserve. On procède, dans les expéditions, avec une 



118 LA TRAITE AFRICAINE AU XIX e SIÈCLE 

barbarie systématique. Tout ce qui porte une lance est 
tué; les adultes mâles sont massacrés de la façon la 
plus horrible; les cadavres sont mis en pièces et les 
membres accrochés aux arbres, afin de terrifier les vil- 
lages et de les disposer à une soumission passive. Les 
femmes et les enfants sont enlevés pour être vendus. 
Stanley vit partir, la nuit, un chef de bande qui revint 
le lendemain, à midi, avec cinquante à soixante femmes 
et plusieurs enfants. Lui-même rencontra en route une 
caravane de huit cents esclaves ; presque tous étaient 
des femmes et des enfants. Rien, dit-il, ne saurait 
donner une idée des traitements barbares qu'ils subis- 
saient. Ces malheureux captifs venaient du Marungou 
et de TOugoubba; quand, après avoir traversé le lac, 
ils débarquent à Udjiji, c'est à peine s'ils ressemblent 
encore à des vivants; la faim, la fatigue, les souf- 
frances les ont réduits à l'état de squelettes ambulants, 
n'ayant plus même le son de la voix humaine. 

D'Udjiji, les esclaves poursuivent leur route en lon- 
gues files, habituellement bâillonnés par un morceau 
de bois, semblable à un bridon, lié à leur bouche. Ils 
ont le cou engagé dans de lourds carcans et les mains 
liées derrière le dos. Une corde attachée à la ceinture 
du marchand les tient réunis. C'est ainsi qu'ils attei- 
gnent le marché de Taboro, le chef-lieu de l'Ounia- 
muési, où ils passent des mains des chasseurs indigènes 
dans celles des traitants arabes. A ce point, les convois 
se divisent; les uns prennent au nord par le Karagwe 
et l'Ouganda, d'où ils arrivent à la côte des Somali, en 
Arabie, en Egypte; les autres se dirigent à l'est, soit 
vers les îles de Zanzibar et de Pemba, soit en Ion- 



LA TRAITE AFRICAINE AU XIX e SIÈCLE 119 

géant le littoral vers les ports plus septentrionaux de 
Mombase, de Lamou, de Brava. 

Est-il besoin de dire que dans cette longue marche, 
qui exige au moins de trois à six mois, parfois même 
plus dune année, se renouvellent à l'infini les lamen- 
tables scènes déjà signalées sur d'autres théâtres? « Il 
faut aller vite, car derrière les rochers ou dans la pro- 
fondeur des taillis, il peut se cacher des embuscades. 
L'indigène n'épargne pas l'Arabe, s'il trouve l'occasion 
favorable. Marcher rapidement, c'est l'ordre répété 
aux esclaves enchaînés; mais quand Tordre n'est plus 
entendu, quand le bâton n'a plus d'action sur le misé- 
rable que la fatigue abat, sans pitié on l'abandonne au 
milieu de la solitude. M. Baker nous parle d'un convoi 
ramené, non par des Arabes, mais par des Turcs : les 
vieilles femmes enlevées dans la razzia ne marchaient 
pas assez vite. Dès que la fatigue en faisait tomber une, 
on l'assommait ; un coup de massue sur la nuque, et il 
ne restait qu'un cadavre agité par la mort. Le chemin 
était marqué par ces jalons effroyables. Lorsque la mer 
est proche, lorsque le danger semble éloigné, alors l'in- 
térêt du marchand conseille un peu plus de précaution. 
S'il reste dans la troupe des hommes que la faim et la 
fatigue aient un peu épargnés, on les charge de porter 
leurs compagnons affaiblis. Il y a quelque chose d'hor- 
rible et qui soulève le cœur dans la vue d'une pareille 
caravane. La troupe ne marche plus réunie; les mal- 
heureux sont échelonnés par groupes le long du sentier, 
chancelants, semblables à des squelettes ; leur visage 
n'a plus d'autre expression que celle de la faim, leurs 
yeux sont ternes et enfoncés, les joues sont devenues 



120 LA TRAITE AFRICAINE AU XIX e SIÈCLE 

osseuses. Il est temps d'arriver au terme de la course. 
Mais que va-t-il donner aux malheureux, ce terme du 
voyage? Les noirs bateaux sont là, avec leur cale som- 
bre, étroite, fétide, pour la marchandise humaine. 
Voilà, dans toute sa laideur physique, le commerce des 
esclaves; il serait plus effrayant encore s'il pouvait 
étaler à nos yeux les plaies morales, les vices, la dégra- 
dation hideuse que l'esclavage produit chez le maître 
comme chez l'esclave l . » 

Les témoignages des consuls et des marins anglais 
sont, sous ce dernier rapport, de la plus triste élo- 
quence. Les espérances fondées sur le traité de 1873, 
qui a interdit l'importation et la vente publique des 
esclaves dans les îles du sultanat de Zanzibar, ne se sont 
qu'imparfaitement réalisées. Avant ce traité, l'impor- 
tation était de 19,000 esclaves par an, non compris 
les 5,000 que le sultan faisait venir pour son compte. 
Malgré les louables et sincères efforts du souverain 
actuel du Zanguebar, puissamment soutenu par le con- 
sul général de la Grande-Bretagne, le D r Kirk,la situa- 
tion ne s'est pas notablement améliorée 2 . D'octobre à 
décembre, époque où se fait la récolte des girofles, 
on introduit nombre d 'esclaves dans les îles de Pemba, 
de Zanzibar, de Monfia; la récolte faite, on les vend aux 
traitants qui vont vers le nord. Le trafic reste extrê- 
mement actif et menace de s'accroître encore. En un 
mois (décembre 1873 à janvier 1874), 4,096 esclaves 
furent transportés par terre de Quiloa à Dar es Salam ; 



1 Berlioux, la Traite orientale, p. 248. 

2 Rapport du D r Kirk, 1« mai 1876. Slave Trade, 4876, n° 4, p. 356. 



LA TRAITE AFRICAINE AU XIX e SIÈCLE 121 

la plupart d'entre eux allèrent à l'île de Pemba, où la 
variole avait décimé la population servile. Ce fait est 
reconnu par le consul général Prideaux 1 ; ses collè- 
gues vont beaucoup plus loin dans leurs apprécia- 
tions. Le consul Holmwood, dans un rapport du 17 no- 
vembre 1874, déclare que des caravanes d'esclaves 
passent à Monbaze pendant cinq jours sur sept, qu'on 
en importe 1,000 par mois, parfois le double. Pour une 
année, d'octobre 1873 à octobre 1874, il arrive au total 
de 32,768 têtes 2 . Le capitaine Elton confirme ces 
chiffres dans une lettre à lord Derby, du 31 juillet 1875. 
Il n'est donc guère étonnant que les esclaves forment, 
d'après le témoignage de l'amiral Cumming, 80 p. c. 
de la population du Zanguebar; malgré cela, leur 
valeur s'accroît et la traite en reçoit de nouveaux 
stimulants. 

Beaucoup d'esclaves sont exportés vers les côtes 
d'Arabie et de Perse; telle est surtout la destination 
des jeunes femmes et des filles qu'on y vend pour 
servir de concubines. Le général Rigby, ancien con- 
sul britannique à Zanzibar, rapporte le cas d'un bâti- 
ment arabe qui emmena, en 1861, cent deux jeunes 
filles choisies dans ce but et auxquelles on avait 
enseigné quelques arts d'agrément. Le navire fut cap- 
turé par un croiseur anglais; quand les matelots 
pénétrèrent dans les réduits habités par ces malheu- 
reuses créatures, ils s'évanouirent, tant l'air était infecté. 



i Lettre du 9 mars 1875. Slave Trade, 1876, n°4, p. 94 et 95. Com- 
parer p. 358. 
2 Slave Trade, 1876, n° 4, p. 7 et 98 



122 LA TRAITE AFRICAINE AU XIX e SIÈCLE 

Pas une n'aurait atteint vivante sa destination, si le 
bâtiment n'avait été pris. Voilà pour l'inhumanité de 
ce trafic : faut-il parler de sa moralité? « C'est une 
chose commune à Zanzibar — dit le même agent dans 
sa déposition devant la Commission anglaise de 1876 
— qu'un homme aille au marché, achète un certain 
nombre de jeunes filles, en fasse ses concubines pendant 
dix à douze mois, puis les revende à d'autres. » (Ques- 
tion 414.) 

Cependant, malgré l'abondance de la population ser- 
vile au Zanguebar, cepays ne garde que la moindre partie 
des convois qui viennent des bords du Tanganyka. La 
grande majorité des esclaves s'en va vers le nord, soit 
par les contrées des grands lacs où, au témoignage d'un 
des compagnons de Stanley, la traite se pratique d'une 
façon effrayante *, soit par mer ou la route qui longe 
le littoral jusqu'à la hauteur de l'Abyssinie. Tous les 
ports de la côte, Mombase, Mélinde, Lamou, Brava, 
Zeïla, Tedjura, sont autant de marchés d'esclaves, qui 
fourmillent de traitants; ces deux dernières places 
surtout, dépose sir Bartle Frère, font un trafic extrême- 
ment actif en marchandise humaine. La mer Rouge et 
le golfe Persique, dit le capitaine Sulivan, sont cou- 
verts de bateaux négriers qui défient fa surveillance 
des croiseurs. Les côtes d'Arabie, où s'étalent encore 
des marchés publics d'esclaves, et la Perse regorgent de 
captifs. Le général Rigby estime à 4,000 le nombre des 
Nègres vendus chaque année dans ces parages, les 
hommes pour servir de domestiques, les femmes pour 

i Lettre de Fr. J. Pocock, Udjiji, 21 juillet 1876. 



LA TRAITE AFRICAINE AU XIX e SIÈCLE 123 

peupler les harems. Les chasseurs d'hommes du Tanga- 
nyka ne sauraient suffire à cette énorme demande, et 
déjà les caravanes d'esclaves qui arrivent sur ces 
marchés lointains, viennent de contrées beaucoup plus 
méridionales, notamment de Quiloa, l'entrepôt général 
de la traite dans le bassin du lac Nyassa. 

C'est dans cette région même que la traite a été long- 
temps la plus active, la plus désastreuse dans ses effets. 
Les environs du lac sont presque dépeuplés; au nord de 
Quiloa, on voyage pendant quinze jours dans un désert 
dénué de tout : c'est l'œuvre des marchands d'esclaves, 
car la terre est riche et fertile. En 1851, Livingstone 
visita ces contrées inconnues avant lui ; il y trouva une 
population nombreuse, livrée aux travaux de l'agri- 
culture, initiée aux premiers arts de la civilisation. Le 
climat lui parut si beau, la terre si féconde, les hommes 
si bienveillants, qu'il conçut le projet de fonder une 
colonie dans ces parages. Dix ans après, en 1861 et 
1863, l'illustre voyageur repassait dans les mêmes 
lieux : il ne les reconnut plus ; la traite y avait pénétré 
dans l'intervalle. Les plantations avaient disparu, les 
villages étaient incendiés, les habitants dispersés, 
emmenés, tués. Les taillis étaient encore remplis de 
cadavres; les rivières en étaient obstruées; aux bran- 
ches des arbres pendaient des femmes qu'on avait con- 
damnées à périr, quand l'épuisement des forces les 
empêchait de suivre plus longtemps le convoi, afin de 
terrifier leurs compagnes d'esclavage 1 . Livingstone, 

1 « Aucune parole — écrit Livingstone dans son dernier journal — 
ne saurait donner une idée approximative de la scène de désolation sans 
bornes que présente aujourd'hui la vallée, jadis si riante, du Schiré. 



124 LA TRAITE AFRICAINE AU XIX e SIÈCLE 

dont la noble et héroïque figure apparaît sur tous les 
points de cet immense champ de carnage, comme le 
représentant de la justice et le vengeur des droits de 
l'humanité, dénonce à chaque pas de semblables scènes; 
le dégoût et l'horreur en ont empoisonné les derniers 
jours de sa vie. « Quand j'ai essayé, écrit-il peu de 

A la place de coquets villages, de multitudes de gens apportant leurs 
denrées aux marchés, à peine retrouvait-on une âme. Quantité d'habi- 
tants avaient fui vers le Schiré, anxieux seulement de mettre le fleuve 
entre eux et leurs ennemis. La plupart des provisions avaient été aban- 
données; la faim et les privations avaient fait de tels ravages que les 
survivants ne suffisaient pas à enterrer les morts. Les cadavres que nous 
voyions descendre la rivière ne représentaient qu'une faible part des 
victimes que leurs amis n'avaient pu inhumer par faiblesse ou que les 
crocodiles gorgés ne savaient plus dévorer... 

« L'aspect de ce désert qui, dix-huit mois auparavant, était une vallée 
populeuse, aujourd'hui littéralement semé d'ossements humains, impo- 
sait la conviction que la destruction de la vie humaine, quelque grande 
qu'elle fût dans le passage moyen, ne représentait néanmoins qu'une faible 
partie de la perte réelle... 

« Nous passâmes auprès d'une femme attachée par le cou à un arbre; 
elle était morte. On nous dit qu'elle n'avait pu suivre la caravane et que 
son maître n'avait pas voulu qu'elle devînt, en cas de rétablissement, la 
propriété d'autrui. Nous en vîmes d'autres liées de la même sorte; une 
autre encore gisait, frappée d'un coup de feu ou de couteau, dans une mare 
de sang. L'explication donnée était toujours la même : l'Arabe à qui avaient 
appartenu ces esclaves, s'était vengé par leur mort de la perte que lui 
infligeait leur incapacité de le suivre. 

« Le même jour, nous rencontrâmes un homme mort de faim : il était 
extrêmement amaigri. Quelqu'un de mes gens, s'étant éloigné, trouva toute 
une troupe d'esclaves le cou dans des fourches et abandonnés faute de 
moyens de subsistance : ils étaient si faibles qu'ils ne savaient parler ni 
dire d'où ils venaient; quelques-uns d'entre eux étaient extrêmement 
jeunes. 

« Je vis une autre personne attachée à un arbre et morte . c'était un 
désolant spectacle... » 



LA TRAITE AFRICAINE AU XIX e SIÈCLE 125 

temps avant sa mort, de rendre compte de la traite de 
l'homme dans l'est de l'Afrique, j'ai dû rester très-loin 
de la vérité, de peur d'être taxé d exagération ; mais 
à parler franchement, le sujet ne permet pas qu'on 
exagère. En surfaire les calamités est une pure impos- 
sibilité. Le spectacle que j'ai eu sous les yeux, incidents 
communs de ce trafic, est tellement révoltant, que je 
m'efforce sans cesse de l'effacer de ma mémoire. Je 
parviens à oublier, avec le temps, les souvenirs les plus 
pénibles; mais les scènes de la traite se représentent 
malgré moi et, au milieu de la nuit, me réveillent en 
sursaut, frappé d'horreur par leur vivacité. » 

Qu'on ne pense pas que ce soient là des récits d'un 
temps passé; des témoignages d'hier, ceux du mission- 
naire Horace Waller et du lieutenant de la marine 
royale d'Angleterre Young, par exemple, les confir- 
ment de point en point. La traite continue de sévir 
dans ces contrées, particulièrement favorisées par la 
nature, avec une fureur exceptionnelle; la famine et 
les épidémies qui lui servent de cortège, complètent son 
œuvre. Les esclaves, les uns enlevés par force, les autres 
achetés — la valeur d'un adulte est ici de 2 fr. 30 c. 
en indienne — s'en vont en troupeaux nombreux 
comme des armées, les uns au midi, chez les Cafres, 
les autres au nord, vers Zanzibar, les autres encore à 
l'est, au Mozambique, non sans semer la route de 
leurs ossements. Le consul Elton constate que la mor- 
talité dans les caravanes d'esclaves qui vont de Quiloa 
au nord, est de 25 p. c. Le lieutenant Young déclare 
qu'il a vu le sol couvert de milliers de squelettes. Il vit 
lui-même une pauvre femme chargée d'un enfant et 



126 LA TRAITE AFRICAINE AU XIX e SIÈCLE 

d'un fardeau; comme elle ne pouvait suffire à cette 
double tâche, on lui prit son enfant qu'on tua en le 
précipitant contre un arbre. Le sort des esclaves entre 
les mains des marchands arabes et même des planteurs 
portugais qui, il ne faut pas l'oublier, dit Horace 
Waller, sont pour la plupart des forçats condamnés à 
la déportation, est extrêmement dur; il est vrai que le 
gouvernement portugais vient de prendre, à l'égard de 
ces derniers, d'énergiques mesures et que l'année pro- 
chaine expire le délai fixé pour l'émancipation des 
noirs dans les colonies de ce pays. En attendant, des 
légions d'indigènes continuent d'alimenter la traite. Le 
consul général Rigby évalue à 19,000 le nombre des 
Nègres qui sont exportés chaque année de la région 
du Nyassa vers le nord ; le lieutenant Young dit que 
20,000 esclaves ont traversé le lac en 1875, se diri- 
geant vers l'est; le missionnaire Mullens ajoute que 
6,000 esclaves au moins sont transportés annuellement 
à travers le canal de Mozambique vers Madagascar \ 
Faut-il s'étonner après cela que la dépopulation fasse 
d'effrayants progrès dans ces belles contrées qu'avec 
l'aide de l'Europe, un peu de sécurité et de paix 
couvrirait bientôt de florissants villages, peut-être 
d'opulentes cités? 

On a cru jusque dans ces derniers temps que la 
traite ne dépassait pas, dans l'Afrique centrale, les 
rivages immédiats des lacs Tanganyka et Nyassa : le 



1 La reine de Madagascar, cédant aux instances des représentants des 
puissances européennes, vient de proclamer solennellement l'abolition de 
l'esclavage dans ses possessions. 



LA TRAITE AFRICAINE AU XIX e SIÈCLE 127 

récent voyage du capitaine Cameron a prouvé que 
c'était une erreur. Il existe au cœur même du conti- 
nent un troisième foyer de l'infâme trafic, où ses 
ravages ne sont guère moins considérables que sur la 
côte même. Les grands États des Kassongo, des Muata 
Yamvo sont le théâtre de chasses infernales dont les 
produits s'écoulent vers le midi en échange de l'ivoire 
et arrivent parfois jusque dans le voisinage de l'Atlan- 
tique. Des Arabes et des aventuriers qui usurpent assu- 
rément la nationalité portugaise comme le nom de 
chrétien, dont ils sont également indignes, sont les 
organisateurs de ces chasses. Ils s'adressent aux chefs 
indigènes qui, pour quelques fusils, leur prêtent des 
soldats afin d'aller détruire autant de villages et de 
capturer autant d'esclaves qu'il leur plaît. Cameron, qui 
fut témoin des hideux exploits de deux de ces brigands 
nommés Alvez et Coïmbra, ne trouve pas d'expression 
assez forte pour flétrir leur atroce brutalité. Il vit ce 
dernier, parti avec une troupe armée de 150 hommes, 
revenir au camp amenant cinquante-deux femmes 
liées ensemble par groupes de 17 à 20 têtes, ce Quel- 
ques-unes portaient leurs enfants ; d'autres étaient dans 
un état de grossesse avancée ; toutes étaient chargées 
de tissus et d'objets volés. Épuisées de fatigue, les pieds 
en sang, les malheureuses étaient couvertes de plaies 
et d'escares, indices de la cruauté des monstres qui se 
disaient leurs maîtres. Il faut avoir été témoin de ce 
spectacle déchirant pour se faire une idée de la ruine 
et de la destruction d'existences humaines, causées par 
la capture de ces femmes... Dix villages au moins de 
100 à 200 habitants chacun, représentant une popula- 



128 LA TRAITE AFRICAINE AU XIX e SIÈCLE 

tion de 1,500 hommes, avaient été anéantis. En suppo- 
sant qu'une partie d'entre eux se fût évadée vers les 
villages voisins, le plus grand nombre avait incontes- 
tablement péri dans les flammes de ses demeures 
incendiées; d'autres avaient succombé aux coups de 
fusil en essayant de sauver les femmes et les enfants, 
ou s'en allaient mourir de faim dans les jongles, à 
moins que les bêtes fauves ne terminassent plus vite 
leurs souffrances. » 

Qu'on juge par ces paroles ce qu'il en coûte d'exis- 
tences pour former une de ces caravanes. Celle d'Alvez 
comprenait 1,500 têtes et mit deux heures à défiler. 
« Femmes et enfants, surchargés et les pieds en lam- 
beaux, étaient frappés sans relâche par leurs bour- 
reaux. Arrivés au camp, ils n'y trouvaient pas le repos. 
Il fallait chercher l'eau, bâtir les cabanes, préparer la 
nourriture des maîtres; à peine leur restait-il un 
moment pour s'improviser un abri. Pendant tous ces 
travaux, les esclaves ne cessent pas d'être enchaînés 
par groupes ; pour aller prendre une cruche d eau à la 
rivière, pour couvrir un toit de feuilles, vingt esclaves 
devaient se déplacer. L'un d'eux avait-il besoin de 
s'arrêter, toute la troupe faisait halte ; tombait-il, cinq 
ou six roulaient avec lui à terre. » Joignez à ces 
misères les sévices et les outrages. Gameron parle avec 
une indignation profonde des actes des scélérats qu'il 
lui fallut accompagner pendant de longues semaines. 
« On ne saurait imaginer, dit-il, à moins de l'avoir 
vue de ses yeux, une cruauté aussi bestiale. » Ces 
choses se passent jusque sur les frontières des colonies 
portugaises, à Bihé, à moins de 400 kilomètres de 



LA TRAITE AFRICAINE AU XIX e SIÈCLE 129 

l' Atlantique. Même au delà de ce point, la route était 
jalonnée de tombes et de squelettes; des entraves, des 
fourches encore attachées à des ossements blanchis 
couvraient le sol, et des instruments de torture, accro- 
chés depuis peu aux arbres du chemin, attestaient que 
la traite sévissait toujours dans ces contrées l . 

Voilà le spectacle que présente depuis plusieurs 
siècles le plateau central de l'Afrique sur une étendue 
d'environ un million de kilomètres carrés. En combi- 
nant le mouvement d'exportation* qui existe au cœur 
du continent avec celui qui s'est organisé sur les rives 
des grands lacs, on arrive à un total d'au moins 
50,000 captifs, enlevés chaque année de ces régions. 
L'Afrique centrale, qui comporte, d'après sir Bartle 
Frère, un développement indéfini, qui peut devenir le 
pendant de l'Inde, est comparable à un vaste entrepôt 
de travail d'où la main-d'œuvre s'écoule sans cesse 
dans toutes les directions par le trafic de l'homme. 
« L'Afrique — ajoute Cameron — perd le meilleur de 
son sang par tous les pores. Un pays riche, ne deman- 
dant que du travail pour devenir l'un des premiers 
marchés producteurs du monde, voit sa population, 
déjà bien insuffisante pour ses besoins, décimée jour- 
nellement par la traite et les guerres intestines. Si l'état 
actuel des choses se prolonge, ce pays se recouvrira 
graduellement de forêts et de jongles et deviendra de 
plus en plus impénétrable aux marchands et aux voya- 
geurs. C'est une tache pour la civilisation tant vantée 
du xix e siècle \ » L'Angleterre, il est vrai, a fait de 

1 AcrossAfrica,xo\. II, pp. 436, 447, 468, 256, etc. 



130 LA TRAITE AFRICAINE AU XIX e SIÈCLE 

récents efforts pour enrayer le mal ; les traités qu'elle a 
conclus en 1873 et 1875 avec le sultan de Zanzibar et 
quelques autres souverains de la côte orientale, ont 
exercé à certains égards une influence bienfaisante ; 
mais le but essentiel n'a pas été atteint. L'exportation 
maritime n'a décru qu'au profit de l'exportation conti- 
nentale ; le trafic, en refluant vers l'intérieur, paraît 
même avoir gagné en intensité et brave, en se diri- 
geant par les voies de terre, la surveillance des agents 
comme l'action des croisières de la Grande-Bretagne. 
Les chiffres qui viennent d'être cités, bien qu'ils 
correspondent aux estimations les plus basses, dispen- 
sent de tout commentaire. Ils portent à 100,000 le 
nombre des Nègres que la traite ravit annuellement à 
l'Afrique. Cette somme équivaut aux pertes d'un grande 
guerre; ce qui la rend plus effroyable, c'est qu'elle n'est 
elle-même qu'une fraction d'un total bien autrement 
considérable. Livingstone assure que la quantité des 
esclaves atteignant la côte ne représente que la_ 
cinquième partie, dans certaines régions même où la 
résistance est plus énergique, que la dixième des 
victimes réelles de la traite. Les autres succombent 
dans l'attaque des villages, dans les massacres et les 
incendies qui les accompagnent, ou périssent le long 
des routes, pendant la marche des convois et à bord 
des bateaux. On a pu juger par les détails qui précèdent 
si cette appréciation est exagérée. La destruction de la 
vie humaine s'élèverait ainsi, chaque année, à environ 
500,000 personnes. D'après sir Bartle Frère, ce 
minimum est dépassé de beaucoup; le supérieur de la 
mission catholique de l'Afrique centrale évaluait même 



LA TRAITE AFRICAINE AU XIX e SIÈCLE 131 

à un million d'hommes le chiffre des pertes que le 
trafic des esclaves inflige annuellement aux populations 
africaines 1 . Ces estimations cessent détonner, quand 
on songe que la traite s'exerce sur un territoire aussi 
étendu que toute l'Europe, habité par environ quatre- 
vingts millions de Nègres. 

Une circonstance qui contribue encore à rendre la 
traite plus meurtrière, c'est qu'elle sévit principale- 
ment sur les femmes et les enfants. C'est un fait attesté 
par tous les voyageurs et confirmé par les officiers de 
marine : la plupart des esclaves capturés et libérés par 
les croisières sont des enfants et des jeunes filles. Ce 
système est invariablement suivi par tous les négriers, 
dans quelque région qu'ils excercent leur infâme indus- 
trie. Nachtigal le constate dans le Soudan, Schwein- 
furth et Baker dans la vallée du Nil, Horace Waller 
sur les rives du lac Nyassa, Cameron et Stanley dans 
l'Afrique centrale, Livingstone partout. Schweinfurth 
a vu des cantons entiers du Dar-Fertit complètement 
dépeuplés par l'enlèvement systématique de toute la 
population féminine. L'adulte mâle est considéré 
comme un article de rebut ; ou il résiste et fomente 
l'esprit de rébellion, ou il devient malade et meurt de 
chagrin en route. C'est pour cela qu'on préfère tuer 
les hommes sur place ou les disperser dans les bois. 
Livingstone a été témoin de l'effroyable mortalité des 
adultes dans les convois; en revanche, les enfants, filles 
et garçons, qu'on choisit de préférence entre neuf et 
seize ans, supportent mieux des souffrances que 

i J. Cooper, the lost Continent, p, 



132 LA TRAITE AFRICAINE AU XIX e SIÈCLE 

n'aggravent pas chez eux les douleurs morales. Ces 
indications jettent un jour plus triste encore, s'il est 
possible, sur le caractère de ce trafic et le but qui lui 
est assigné. 

Où s'écoule en dernier lieu ce flot, sans cesse renou- 
velé, d'esclaves? Après la suppression de tous les 
grands marchés coloniaux 1 , il ne reste plus guère, en 
dehors de la part absorbée par l'Afrique elle-même, 
que ceux de l'Orient. 

L'Egypte, l'Arabie, la Turquie, la Perse et Mada- 
gascar : tels sont désormais les pays de destination de 
cette marchandise humaine. Dans cette dernière île, 
l'esclavage vient d'être aboli; c'est donc à peu près 
exclusivement au profit des contrées musulmanes de 
l'Orient que l'Afrique continue d'être mise à feu et à 
sang. Loin d'y diminuer, la demande ne fait que 
s'accroître : la recrudescence, par exemple, de l'escla- 
vage en Egypte pendant ces dernières années est un 
fait certain. On dirait qu'à mesure que leur vitalité 
propre s'éteint, les sociétés musulmanes éprouvent un 
plus grand besoin de bras étrangers. Le Nègre ne se 
propage pas, d'ailleurs, dans les contrées de l'Orient; 
la deuxième génération est rare, la troisième n'existe 
pas. Qu'on ajoute l'affreuse pratique, maintenue en 
Turquie et en Egypte, de la castration, qui tue deux 
sur trois des malheureux enfants qu'on soumet à ce 
supplice, et l'on comprendra cet appel, toujours nou- 
veau, toujours pressant, au sang africain. 

1 I/esclavage disparaîtra totalement Tannée prochaine clans les colonies 
portugaises ; l'Espagne ne tardera plus sans doute à en assurer la suppres- 
sion complète dans l'île de Cuba. 



LA TRAITE AFRICAINE AU XIX e SIÈCLE 133 

Au moins ce sang a-t-il servi à soutenir la race, à 
féconder le sol de ces contrées? Nullement. Par les 
désordres moraux et physiques qu'il entraîne, l'escla- 
vage est devenu l'une des causes essentielles de la 
décrépitude et de l'énervement des États orientaux. 
Son caractère est purement domestique; les hommes 
desservent les offices intérieurs de la maison, les femmes 
et les enfants peuplent les harems. En Turquie comme 
en Egypte, l'esclave n'est pas employé aux travaux 
industriels ou agricoles; il n'est qu'un objet de luxe. 
Sa valeur en est d'autant plus grande ; le Nègre qui 
vaut 2 fr. 50 c. sur les bords du lac Nyassa, 40 francs 
sur le Haut-Nil, 250 francs à Khartoum, se vend au 
Caire, à Constantinople, à Salonique, pour 500 à 
1,500 francs. Voilà ce qui stimule les arrivages et 
convertit tous les ports de l'Orient en marchés clan- 
destins d'esclaves. La loi prohibe, il est vrai, les ventes 
publiques ; mais comme l'institution de l'esclavage est 
légale, elle tolère le trafic à huis clos et sanctionne les 
contrats privés. La conséquence de ces faits, c'est que 
la traite des Circassiens et des Géorgiens fleurit autant 
que jamais et que celle des Nègres s'est même déve- 
loppée dans ces dernières années. 

Il est grand temps que les nations civilisées s'asso- 
cient dans un généreux et puissant effort pour mettre 
un terme à d'aussi abominables iniquités. C'est une 
réparation due à un long passé de complicité et d'indif- 
férence; c'est un devoir que leur imposent et la voix 
de l'humanité et le souci de leur propre avenir. « Que 
l'Egypte et la Turquie n'affranchissent pas leurs 
esclaves, c'est une affaire intérieure dans laquelle nous 



134 LA TRAITE AFRICAINE AU XIX e SIÈCLE 

n'avons pas le droit d'intervenir; mais l'Afrique est un 
marché qui appartient à tout le monde ; on n'a pas le 
droit d'y porter la guerre, d'y ruiner la population 
pour la plus grande gloire des harems d'Orient. Les 
guerres qui désolent l'Afrique, viennent du dehors; 
c'est le brigandage des chasseurs d'esclaves qui les 
allunie et les nourrit. Voilà ce que les peuples chrétiens 
ont le droit d'empêcher. Ils peuvent défendre la liberté 
de l'Afrique, comme autrefois ils ont défendu la liberté 
des mers. Personne n'a le droit de dévaster une terre 
qui fait la quatrième partie du monde et qui offre à 
l'Europe et à l'Amérique un marché dont elles ont 
besoin. Si la pitié ne suffit pas pour animer les peuples 
chrétien^, qu'ils songent à leurs intérêts 1 . » Ainsi 
s exprime M. Ed. Laboulaye; un voyageur célèbre, le 
D r Schweinfurth, tient le même langage : « De nos 
jours, dit-il, l'Afrique ne peut plus rester à l'écart; 
nous avons besoin d'elle, besoin de ses marchés, de 
ses efforts. Cette terre colossale doit participer au 
labeur commun, produire et prendre part au commerce 
du monde. Pour cela, il ne faut plus d'esclavage 2 . » 
Sans la suppression absolue de la traite, toute ten- 

1 Un continent perdu, par Jos. Cooper. Paris, 1876. Préface de 
M. Ed. Laboulaye. Dans une nouvelle publication, parue sous le titre: 
Turkey and Egypt, past and présent in relation to Africa, London, 1876, 
M. Jos. Cooper demande que les puissances fassent de la suppression de 
l'esciavage l'Un des articles de la paix à intervenir entre la Russie et 
l'empire ottoman. L'Egypte — comme il a été dit ci-dessus — vient de 
faire un progrès dans ce sens ; un traité pour la répression de la traite et 
l'abolition de l'esclavage a été signé, le 4 août dernier, entre elle et la 
Grande-Bretagne. 

2 Au cœur de l'Afrique, trad. Loreau, t. II, p. 368. 



LA TRAITE AFRICAINE AU XIX e SIÈCLE 135 

tative de faire pénétrer la civilisation en Afrique 
serait, au surplus, infructueuse; là a été lecueil des 
entreprises passées, là est encore la pierre d'achop- 
pement des fondations nouvelles 1 . En installant à 
perpétuité la guerre étrangère et civile au cœur de 
l'Afrique, la traite y étouffe tout germe de progrès et 
replonge sans cesse dans la barbarie les sociétés qui 
commençaient à en sortir. Les profits de l'odieux trafic 
sont d'ailleurs si énormes qu'ils empêchent l'établis- 
sement de tout commerce légitime; les négociants 
honnêtes ne sauraient écouler leurs produits, les indi- 
gènes n'ont nul intérêt à accroître les leurs, et l'étranger 
risque presque partout d'être pris pour un ennemi 2 . 
Voilà l'œuvre de la traite; voilà aussi pourquoi 
l'Afrique est restée, depuis quatre siècles, stationnaire 
et, sauf sur quelques points du littoral, n'a pas fait un 
pas dans les voies de la civilisation. 

1 « Toutes les idées philanthropiques, ayant pour objectif la constitution 
du commerce en Afrique et l'amélioration de la race noire, resteront à 
l'état d'utopie, tant que la traite n'aura pas cessé d'exister. » Sir Sam. 
Baker, Ismaïlia. Trad. Vattemare, p. 409. 

2 « Le fait d'avoir été enlavés par des chasseurs d'esclaves détruit chez 
les indigènes toute espèce de confiance; ils s'imaginent pour la plupart 
qu'on va les transporter dans quelque pays lointain. On leur a menti tant 
de fois que, pour eux, la vérité est devenue un vain mot; accoutumés aux 
brutalités, ils ne comprennent plus la bienveillance qu'ils attribuent au 
désir de tromper. » Baker, Ibid., p. 83. 



^=N^ 



SECONDE PARTIE 



LÀ CONFÉRENCE GÉOGRAPHIQUE 

DE BRUXELLES 



CHAPITRE V 

LA CONFÉRENCE GÉOGRAPHIQUE DE BRUXELLES. SON PRO- 
GRAMME ET SON BUT. LES STATIONS INTERNATIONALES EN 

AFRIQUE. 

Quelque restreint que soit le cadre, quelque sobriété 
qu'il ait fallu mettre dans les détails du tableau qui 
précède, il légitime néanmoins, dans ses traits géné- 
raux, les trois conclusions suivantes qu'il importe de 
mettre en pleine lumière : 

1° L'Afrique, dans son extension à travers trois 
zones, offre, grâce au relief de son sol et à la distribu- 
tion de ses eaux, les conditions d'habitabilité les plus 
diverses; elle n'est absolument impénétrable sur aucun 
point; elle est riche en productions de toute nature et 



138 LA CONFÉRENCE GÉOGRAPHIQUE 

possède en abondance toutes les ressources qui sont la 
base matérielle de la civilisation ; 

2° Les populations africaines, tant les Berbères du 
Nord que les Nègres du Centre et du Sud, ne sont ni 
impropres ni hostiles à toute culture. Le christianisme, 
la science, le commerce peuvent transformer leur état 
social. Le phénomène qui s'est produit en Amérique, 
ne se renouvellera certainement pas en Afrique. Les 
Nègres ne disparaîtront pas comme les Indiens, au 
contact d'une civilisation supérieure ; ils seront plutôt 
entraînés par elle 1 . Les progrès qu'ils ont réalisés déjà 
dans les conditions les moins favorables, sont une 
garantie pour l'avenir. Nul ne saurait sans doute assi- 
gner le terme où l'éducation pourra les conduire, mais 
c'est un fait assuré que cette éducation est possible 2 ; 

3° Si, pendant quatre siècles, les connaissances de 
l'Europe relativement à l'Afrique et à la condition des 
peuples qui l'habitent sont demeurées stationnaires, 
la cause principale, sinon unique, en est l'existence du 
commerce des esclaves. La traite est l'ennemie et recueil 
de tout progrès ; elle se maintient, elle s'étend encore 

1 Les Cafres comme les Betschuana s'accroissent en nombre dans les 
contrées de l'Afrique du Sud où ils sont en contact avec les Européens. 
En 1840, il y avait 50,000 Zoulou dans la colonie de Natal; en 1874, 
on en comptait 282,783. C'est que, indépendamment de la traite, la pré- 
sence des Blancs empêche quantité de guerres intestines. (Merensky, 
Beitrâge zur Kennlniss ISûd-Afrika's, p. 117. Berlin, 1875.) 

2 Peschel, dans son Traité d'ethnographie, cite ce trait de génie d'un 
nègre Veï qui est parvenu à réduire en alphabet distinct l'idiome parlé 
par ses concitoyens. Il avait été, il est vrai, élevé par des Européens; 
mais cette circonstance montre précisément à quel point le Nègre est 
capable de recevoir et d'utiliser l'enseignement. 



DE BRUXELLES 139 

de nos jours, malgré la proscription solennelle dont 
l'ont frappée, à diverses reprises, toutes les nations 
civilisées. L'heure est venue de donner une sanction 
efficace et universelle à leurs déclarations comme à 
leurs engagements. Tout effort pour civiliser les popu- 
lations de l'Afrique doit avoir pour objectif immédiat 
l'extinction de la traite, non-seulement dans ses mani- 
festations directes, mais aussi dans le principe qui 
l'alimente et qui n'est autre que l'institution de l'escla- 
vage, tant dans les États musulmans de l'Orient que 
chez les Africains eux-mêmes. 

Ces trois vérités fondamentales expliquent toute 
l'œuvre de la Conférence, parce qu'elles ont été le point 
de départ et la règle de ses travaux. La possibilité de 
« planter définitivement l'étendard de la civilisation 
sur le sol de l'Afrique centrale » — ce sont les propres 
expressions de la harangue royale d'ouverture l — n'a 
pas été mise un instant en doute. Le débat s'est porté 
immédiatement sur les moyens pratiques d'exécution 
et, sur ce terrain, la Conférence a eu successivement à 
examiner ce qu'il convenait de faire en Afrique, ce qu'il 
y avait lieu de proposer à l'Europe. 

La création d'un système de stations permanentes, 
réparties sur divers points du continent africain, a été 
le premier de ces moyens que la Conférence a eu à 
examiner. En proposant leur établissement, le Roi des 
Belges définissait en même temps, dans son discours, 
leur triple caractère : elles devaient être à la fois hospi- 

1 Voir le texte de ce document à l'Appendice, II. 



140 LA CONFÉRENCE GÉOGRAPHIQUE 

talièreSj scientifiques et pacificatrices. Cette combinaison 
n'a pas soulevé la moindre objection. Les célèbres 
voyageurs qui assistaient à la réunion de Bruxelles se 
sont trouvés unanimes pour déclarer que l'existence 
de telles institutions rendrait à leurs successeurs d'inap- 
préciables services et avancerait activement l'œuvre de 
l'exploration scientifique. L'un d'entre eux, M. Roblfs, 
a même fait observer que les Anglais avaient déjà 
fondé, sous la forme de missions religieuses ou de 
postes diplomatiques, quelques établissements du même 
genre, sur des bases, il est vrai, beaucoup plus modestes 
que celles qu'on peut attendre d'une Association inter- 
nationale. On a prévu, sans doute, des difficultés de 
plus d'une espèce, mais personne ne les a crues insur- 
montables. 

Quelle mission auront à remplir ces stations? Elle 
sera d'une triple nature, correspondant aux buts mul- 
tiples que la Conférence s'est proposés en décidant leur 
création. 

Mais avant d'aborder cet objet, une explication est 
nécessaire. La Conférence de Bruxelles n'a pas pris des 
mesures pour organiser elle-même des expéditions 
scientifiques, mais elle ne s'est pas interdit de diriger de 
ce côté ses efforts. Si ses ressources se développent, si 
la solution de quelque problème paraissait essentielle 
à ses fins, elle pourrait certes, sans sortir de son pro- 
gramme, ou accorder des subventions à des voyageurs, 
ou même en expédier à ses frais. Cette tâche reste 
subordonnée aux éventualités de l'avenir; dans les 
conditions actuelles, la Conférence a cru pouvoir 
l'abandonner aux gouvernements, aux sociétés de 



DE BRUXELLES 141 

géographie, surtout à l'initiative privée, qui a paru 
jusqu'ici la plus heureuse et la plus féconde. L'expé- 
rience, en effet, a démontré que les expéditions natio- 
nales, pourvues d'un personnel nombreux et d'un 
grand train de bagages, ne réussissent guère; l'armée 
de porteurs qui leur est nécessaire, la difficulté de 
l'approvisionner, d'y maintenir l'ordre et la discipline, 
tels sont les écueils où toutes vont échouer. Les décou- 
vertes les plus remarquables, les campagnes les plus 
hardies ont été, au contraire, l'œuvre de voyageurs 
isolés ; il est vrai que dans cette voie les obstacles et les 
dangers ne font guère défaut non plus, que les résultats 
sont généralement incomplets, que l'insuffisance des 
ressources ou l'épuisement des forces contraint souvent 
d'interrompre les explorations en plein cours de succès; 
mais c'est précisément ici que va intervenir l'Associa- 
tion internationale. En traçant un plan commun d'in- 
vestigation, elle coordonne les entreprises indivi- 
duelles, y introduit l'unité et l'ensemble, prévient les 
pertes de temps et de forces; en créant des stations 
dans l'intérieur de l'Afrique, elle soutient le voyageur 
dans sa course, lui donne plus de sécurité et le met à 
même de rapporter directement à son but tout ce qu'il 
possède d'énergie et de constance. 

Les stations permanentes qui seront fondées sur le 
sol de l'Afrique, seront donc avant tout des postes 
hospitaliers. Elles ne seront ni le but ni le terme des 
expéditions nouvelles; elles ne précèdent pas l'explo- 
ration, elles la suivent. Établies d'abord sur le littoral, 
elles s'avanceront progressivement vers l'intérieur, en 
assurant, autant que possible, derrière elles, les com- 



142 LA CONFÉRENCE GÉOGRAPHIQUE 

mimications régulières avec la côte. Il se formera ainsi 
des bases d'opération qui, peu à peu, en se reliant, 
deviendront des lignes, finalement des routes. Les 
voyageurs partiront, en général, des stations pour 
pénétrer au cœur du pays; celles-ci leur serviront 
d'appui pour assurer ou éclairer leur marche, d'en- 
trepôt pour compléter ou renouveler leurs provisions, 
leurs moyens d'étude et d'échange, d'infirmerie en cas 
de maladie, de refuge sur lequel ils puissent se rabattre 
en cas de danger. Le dénuement et les privations, les 
souffrances physiques et morales, qui ont infligé de si 
dures épreuves aux Livingstone, aux Rohlfs, aux Nach- 
tigal, aux Schweinfurth, aux Gameron, aux Stanley, et 
les ont forcés tant de fois de renoncer à étendre leurs 
découvertes, seront moins à craindre. Dans les stations, 
les explorateurs deviendront les hôtes de l'Europe ; ils 
pourront s'y reposer de leurs fatigues et attendre le 
moment propice pour reprendre leur course; leurs 
forces de résistance et de persévérance s'en accroîtront 
dans une large mesure et le but final de leurs travaux 
sera sensiblement rapproché. 

Si la mission des stations est avant tout hospitalière, 
il s'en faut qu'elle se borne là : elle est également scien- 
tifique. Chaque poste deviendra naturellement un 
centre d'études et de recherches de toute nature sur le 
caractère et l'aspect du sol, les productions, le climat, 
les populations qui l'entourent, leurs besoins, leurs 
ressources, etc. Le voyageur trace sa ligne dans l'in- 
connu; la station rayonne, dans un diamètre restreint 
sans doute, mais en épuisant d'autant mieux le cercle 
qu'elle commande. Ce sera à la fois un petit observa- 



DE BRUXELLES 143 

toire et un musée, où s'accumuleront les observations 
et les collections, au profit de la science d'abord, à 
l'avantage du commerce, de l'industrie, de la civilisa- 
tion plus tard. 

Pour satisfaire à ces multiples exigences, les stations 
devront recevoir un outillage assez compliqué, se pro- 
curer des approvisionnements de toute espèce. Ce n'est 
pas assez de suffire à leurs propres besoins ; elles auront 
à prévoir ceux des voyageurs qu'il leur incombera de 
ravitailler. Aux caractères de poste hospitalier et d'ob- 
servatoire scientifique viendra se joindre celui d'un 
dépôt ou magasin, renfermant les objets les plus indis- 
pensables aux voyageurs africains : des cartes et livres 
spéciaux, des instruments astronomiques et physiques, 
des médicaments et vêtements, des marchandises et des 
fonds, etc. 

Servir la science et les hommes qui s'en font les 
apôtres : telle sera donc la mission immédiate, essen- 
tielle des établissements qui vont être créés en Afrique : 
il s'en ajoutera bientôt une autre non moins impor- 
tante, celle de répandre les lumières de la civilisation 
parmi les peuples indigènes. La Conférence n'a discuté 
ni réglé le détail de toutes ces questions ; elle a réservé 
ce soin à la direction centrale qu'elle a constituée avant 
de clore ses travaux; mais sa pensée générale a été très- 
claire, très-nette à cet égard. Le Roi l'a formulée avec 
éclat en ouvrant la première séance de l'assemblée, 
qui, de son côté, n'a pas cessé d'être animée du même 
esprit. Les stations seront donc également civilisatrices; 
elles seront des instruments de progrès, des garanties 



144 LA CONFÉRENCE GÉOGRAPHIQUE 

de paix pour les populations qui les verront s'établir 
au milieu d'elles. A ce point de vue, la tâche de ces 
établissements prend une extension considérable, 
acquiert une portée lointaine. 

Ce serait sans doute dépasser le but, surcharger le 
rôle, déjà fort compliqué, des stations, que de vouloir 
qu'elles initient directement les Nègres aux arts de la 
civilisation. Elles ne peuvent être, au sens strict du 
mot, des écoles professionnelles, des ateliers d'appren- 
tissage; mais par le fait seul de leur présence, par 
l'exercice journalier, sous les yeux des indigènes, de 
quelques industries élémentaires, par le contraste de 
l'existence européenne, de ses usages, de ses mœurs, 
de ses travaux, avec la rudesse de la vie sauvage, il 
s'organisera un enseignement de fait, une éducation pra- 
tique dont les résultats ne laisseront pas d'être impor- 
tants. Peu à peu, par l'attraction irrésistible qu'exercent 
la science sur l'ignorance, la force sur la faiblesse, des 
groupes de populations s'établiront autour des stations 
et prendront, sous leur influence, l'aspect de sociétés 
mieux ordonnées *. Les dissensions et les luttes intes- 



1 Cameron s'est souvent expliqué d'une façon très-nette sur ce point 
important. « Si l'on fonde des missions, dit-il, que ce soient des missions 
industrielles. Tous les missionnaires doivent être de vrais gentlemen; mais 
il faudrait des agents subalternes qui pussent instruire les indigènes, des 
forgerons, des charpentiers, des agriculteurs, etc. Ces hommes devraient 
être choisis avec le plus grand soin et discernement. Il sert de peu de se 
borner à enseigner aux indigènes la lecture et l'écriture ; ils ne transmet- 
tent pas ces connaissances, n'élèvent pas le niveau intellectuel de leurs 
frères et deviennent à certains égards impropres à retourner parmi les 
leurs. Mais s'ils ont appris des métiers, ils y initieront d'autres, et possé- 
dant le moyen de gagner leur existence et de vivre avec plus de confort que 



DE BRUXELLES 145 

tines, si fréquentes entre les tribus, si fatales à la vie 
et à la liberté de leurs membres, pourront être étouffées 
ou restreintes. Par son prestige, par les services qu'il 
sera appelé à leur rendre, le chef de la station deviendra 
insensiblement un arbitre qui fera régner parmi elles 
la paix et la concorde. 

Cette tâche conduira à une autre plus utile encore 
aux intérêts de la civilisation. Si les établissements 
européens, comme on cherchera certainement à le 
faire, doivent être échelonnés de préférence sur 
le chemin habituel de la traite, ils pourront entre- 
prendre d'organiser efficacement contre elle la défense 
des indigènes et de barrer la route aux convois 
d'esclaves. La difficulté ne sera pas si grande qu'on 
pourrait le croire tout d'abord. Il suffira presque tou- 
jours de procurer aux Africains des armes à feu pour 
détruire l'unique supériorité que les traitants possèdent 
sur les Nègres dont ils font aujourd'hui leurs victimes. 
Le lieutenant Young, qui s'est illustré par la fonda- 
tion de la mission de Livingstonia, a déclaré qu'avec 
six Anglais et un bateau à vapeur, il se faisait fort 
d'intercepter la traite dans ces parages. Et de fait, le 
passage des esclaves qui était, à l'extrémité méridionale 

leurs voisins, ils contribueront à élever ceux-ci et fonderont dans leurs pays 
respectifs un foyer de christianisme naissant et de civilisation. » Citation 
de Cooper, The lost Continent, p. 91. 

« Partout où apparaît une ombre de protection, — dit ailleurs le même 
voyageur — les indigènes tendent à se grouper alentour; les naturels et les 
esclaves libérés se rassemblent toujours aux endroits où s'établit un gou- 
vernement fort et où ils sont sûrs de trouver du travail plutôt que de vivre 
au hasard de ce qui leur tombe sous la main. » Royal Commission on 
fugitive Slaves, Minutes of évidence, p. 63. 

10 



146 LA CONFÉRENCE GÉOGRAPHIQUE 

du lacNyassa, de 10,000 personnes par an, tombait à 
trente-huit un an après l'établissement de cette colonie. 
La poltronnerie des voleurs d'hommes est, en effet, au 
témoignage de tous les voyageurs, égale à leur inhu- 
manité : il ne faudra pas un bien grand déploiement 
de forces pour les tenir à distance. 

Ici surgissent quantité de questions plus sérieuses, 
plus complexes les unes que les autres. Les stations 
auront-elles un personnel nombreux et armé ? Rece- 
vront-elles un caractère national, international ou 
mixte? Leur organisation restera- t-elle strictement 
circonscrite dans le domaine de la civilisation et de la 
science, ou doit-elle se développer, en outre, dans le 
sens religieux et commercial? La solution de la plupart 
de ces questions est réservée à l'avenir; la Conférence 
n'on a pas fait l'objet d'un débat spécial; sa pensée, 
toutefois, s'est manifestée d'une façon assez claire pour 
n'admettre aucune hésitation sur les bases essentielles 
de l'œuvre. 

Ainsi, les stations n'auront pas d'appareil militaire; 
elles seront établies dans des conditions simples et aussi 
peu dispendieuses que possible. Sir Bartle Frère a bien 
défini le principe de leur activité : elles agiront en toute 
circonstance par la douceur, par la persuasion, par 
l'ascendant naturel que crée la supériorité de l'homme 
civilisé. Dès lors, le personnel n'aura guère besoin 
d'être fort considérable : un chef, qui devra être à la 
fois un homme d'action et un homme de science soit 
théorique, soit technique, un médecin-naturaliste, peut- 
être un astronome-physicien, cinq ou six artisans 



DE BRUXELLES 147 

habiles et versés dans des professions diverses, pour- 
ront suffire dans la plupart des cas. Rarement le 
personnel dépassera, dans les conditions normales, dix 
à douze hommes; sur bien des points, un premier 
établissement devra même rester en dessous de ce 
chiffre. 

Quant au second problème, le point de vue interna- 
tional a dominé la Conférence; mais celle-ci n'a entendu 
évidemment exclure ni contrarier aucune initiative 
généreuse. 

Le même esprit a présidé à la solution de la troi- 
sième question. Sir H. Rawlinson et le vice-amiral de 
la Roncière-le Noury ont émis, à cet égard, des vues 
très-justes qui répondaient au sentiment de la Confé- 
rence. « Il ne faut pas donner aux stations, a dit le 
premier, un caractère exclusivement religieux, poli- 
tique ou commercial; ce seraient des centres de rensei- 
gnements, des postes hospitaliers, des foyers de civili- 
sation. » — «Les missions religieuses, a ajouté le second, 
qu'il ne faut pas organiser directement, mais qui sui- 
vraient les stations, seraient d'un utile concours. Les 
relations commerciales, qu'il est d'un intérêt général 
de créer et d'étendre, tendent au même but. » D'après 
ces termes, les établissements qu'il s'agit de créer por- 
teront un cachet purement laïque; le concours de 
toutes les nations n'en comportait pas d'autre ; ils ne 
s'imposent aucune mission religieuse, ils ne représen- 
tent aucune confession, aucun culte. 

Mais cette abstention ne procède ni de l'indifférence, 
ni du scepticisme. Loin d'être hostiles à la prédication 
de l'Évangile, la plupart des membres de la Conférence 



148 LA CONFÉRENCE GÉOGRAPHIQUE 

ont été d'avis que cette prédication serait hautement 
salutaire, qu elle pourrait devenir le principe le plus 
actif de la régénération morale des peuples de l'Afrique. 
L'histoire démontre que le christianisme possède une 
vertu particulière pour retirer de la barbarie les races 
incultes et leur faire franchir rapidement les pre- 
mières étapes de la civilisation. Cette grande et légi- 
time influence ne sera donc pas méconnue; mais la 
direction en doit nécessairement rester aux mains des 
Églises chrétiennes. Les essais isolés de propagande 
faits jusque dans ces derniers temps sur divers points 
de l'Afrique ont donné des résultats peu satisfaisants; 
ils pourront être repris dans de meilleures conditions. 
Les missionnaires seront libres de venir s'établir à côté 
des stations, d'ériger dans leur rayon des temples et 
des écoles : à quelque confession qu'ils appartiennent, 
ils en recevront aide et appui ; ils profiteront des rap- 
ports créés, des progrès déjà accomplis et pourront 
contribuer efficacement à les consolider, à les étendre. 

Ce principe est d'application générale. En limitant 
le champ de leur action propre, afin de la rendre d'au- 
tant plus efficace, les stations n'excluent pas les autres 
initiatives; elles les provoquent plutôt et les couvrent 
de leur patronage. C'est en ce sens que se résout aussi 
la question des rapports économiques. Des établisse- 
ments internationaux ne sauraient pas plus être des 
comptoirs qu'ils ne sont des missions ; mais la Confé- 
rence a été si loin de méconnaître l'importance de la 
question commerciale qu'un de ses membres les plus 
distingués, M. le D r Nachtigal, a pu dire que « c'est par 



DE BRUXELLES 149 

le commerce qu'on civilisera le mieux l'intérieur de 
l'Afrique. » Le capitaine Gameron vient d'exprimer 
dans une circonstance toute récente les mêmes vues 1 . 
Il s'agit ici, à la vérité, non des opérations qui se prati- 
quent, depuis plusieurs siècles, sans avantage notable 
pour personne, sur les côtes africaines, mais du grand 
commerce, représenté par de puissantes sociétés et 
poursuivant d'autres buts qu'un profit immédiat et 
privé. L'esprit d'entreprise n'a rien à perdre à cette 
interprétation qui lui trace, au contraire, une plus 
large carrière ; les stations, sans abdiquer leur tâche 
spéciale, le seconderaient activement dans cette voie, 
et lui-même, à son tour, deviendrait pour celles-ci un 
puissant auxiliaire. 

Ces considérations nous rappellent une page extrê- 
mement remarquable et écrite au même point de vue, 
de la Géographie comparée de Ch. Ritter; ce savant 
géographe ne les appliquait qu'au Soudan, mais les 
découvertes ultérieures ont prouvé qu'elles sont d'une 
vérité générale. « Le commerce, disait-il, ouvre toutes 
les routes en Afrique, et la civilisation n'y peut péné- 
trer qu'à sa suite. L'affaiblissement de la domination 
des Maures dans les États nègres des bords du Niger, 
offre aujourd'hui aux Européens et au christianisme 

1 « L'établissement d'une ou de plusieurs grandes compagnies, fondées 
plus ou moins sur le type de l'ancienne Compagnie des Indes, bien qu'il 
semble que le temps de telles institutions soit passé — l'esprit de notre 
époque répugne à la concession de pouvoirs souverains à des corps sem- 
blables — serait le moyen le plus efficace pour amener l'Afrique centrale 
sous les influences du commerce et de la civilisation. » Discours prononcé 
à la réunion de la British Association, tenue le 20 août 4877, à Plymouth. 
— Geographical Magazine, IV, p. 247. 



150 LA CONFÉRENCE GÉOGRAPHIQUE 

l'occasion favorable d'entrer dans le Soudan. Les 
agents des puissances et des maisons de commerce 
européennes s'y établiraient beaucoup plus facilement 
que dans l'Orient mahométan. Les résidents anglais 
accrédités aux cours du Nord et du Sud, à Mourzouk, 
dans le Fezzan et à Gommassie dans le pays des 
Aschantis, les colonies du Sénégal et de la Gambie et 
surtout l'État nègre libre et florissant de Sierra- 
Leone, sont déjà, si l'on sait en profiter, les premiers 
pas les plus importants pour arriver à la réalisation de 
cette idée. Un commerce direct des Européens avec les 
marchés du Soudan, comme Mungo-Park et ses suc- 
cesseurs essavèrent de l'introduire sur les bords de la 
Gambie, donnerait plus d'indépendance politique aux 
États nègres, plus de bien-être aux individus et les 
affranchirait des Maures et des Arabes. On leur procu- 
rerait ainsi des armes à feu pour se défendre, et on 
donnerait aux missionnaires l'occasion de les convertir 
et de les civiliser comme à Sierra-Leone. Une consé- 
quence de ces généreux efforts serait l'abolissement 
complet et successif du commerce d'esclaves à partir 
de l'intérieur jusqu'aux côtes. Mais il faudrait d'abord 
lui substituer un autre trafic aussi avantageux pour les 
princes indigènes, dont les principaux revenus se com- 
posent de la chasse aux hommes et des tributs payés 
en esclaves. Le commerce avec les Européens leur 
offrirait bientôt des gains et plus sûrs et plus grands. 
On enlèverait ainsi aux Mahométans le prétexte de la 
chasse aux esclaves. Gar, d'après le Coran, ils regar- 
dent comme un devoir de faire la guerre aux idolâ- 
tres, et comme un droit de jeter les païens dans l'escla- 



DE BRUXELLES 151 

vage et dans les fers. Ces entreprises favoriseraient et 
seconderaient puissamment l'émancipation des Nègres 
du Soudan, qui ne peut être toutefois le résultat que de 
leur propre énergie; car l'expérience a prouvé que 
les opérations maritimes ne pourraient la conquérir, 
quand même des milliers de généreux particuliers 
réuniraient leurs souscriptions et leurs efforts, quand 
même tous les peuples de la chrétienté en auraient 
pris la résolution ! . » 

Le principe, le caractère, la mission des stations 
africaines étant bien définis, où convenait-il de les 
établir tout d'abord? L'examen de cette importante 
question a rempli toute la seconde séance de la Confé- 
rence. Deux projets se sont trouvés en présence : le 
premier, présenté par le général sir H. Rawlinson, au 
nom des membres anglais, français et italiens de la 
Conférence, envisageait particulièrement le but final à 
atteindre; le second, formulé par M. de Semenow, au 
nom des membres allemands, autrichiens et russes, se 
préoccupait davantage des conditions du point de 
départ. Les membres belges s'étaient abstenus d'op- 
poser un troisième projet aux deux autres, afin de 
laisser exclusivement — suivant la déclaration faite 
par le Roi — « l'initiative aux représentants des États 
dont l'autorité en cette matière est fondée sur une 
longue expérience et de brillants services ». 

Le rapport rédigé par sir H. Rawlinson, sans négliger 



1 Ritter, Géographie générale comparée, trad. par E. Buret et Ed. Desor, 
p. 258. Bruxelles, 4837. 



152 LA CONFÉRENCE GÉOGRAPHIQUE 

les intérêts de la science, avait une haute portée écono- 
mique et politique. Il s'agissait d'une ligne continue de 
communication à établir entre la côte orientale et la 
côte occidentale d'Afrique, au sud de 1 equateur. Cette 
ligne aurait débouché à l'est dans le voisinage de Zan- 
zibar, à l'ouest à Saint-Paul de Loanda ; des stations ou 
du moins des agences devaient être alignées le long de 
son parcours. Deux emplacements étaient désignés dès 
à présent : Udjiji, sur le lac Tanganyka, et Nyangwe, 
sur le cours supérieur du Lualaba. De l'artère princi- 
pale se seraient détachés trois tronçons perpendicu- 
laires, le premier se dirigeant vers l'embouchure du 
Congo, le second vers les sources du Nil, le troisième 
allant rejoindre le Zambèze. Ces deux derniers tron- 
çons auraient formé, en se soudant, une grande ligne 
continue, coupant la première et s'étendant de la 
vallée du Nil au nord à celle du Zambèze, au midi, à 
travers les grands lacs. Des bateaux à vapeur lancés 
sur le Victoria, le Tanganyka et le Nyassa, auraient 
relié les sections terrestres de la voie *. C'était une con- 
ception grandiose, où se révélaient le génie, l'esprit 
d'entreprise propre aux puissantes nations maritimes. 
Peut-être tenait-elle trop peu compte des difficultés 
d'un début; ce défaut n'empêche qu'elle correspondait 
aux fins multiples que s'était proposées la Conférence 
et qu'elle demeure, si les circonstances en secondent 
l'œuvre, le programme de l'avenir. 

Le rapport présenté par M. de Semenow était conçu 



C'est cette ligne que les Sociétés de mission anglaises s'occupent 
actuellement de créer et dont les deux stations finales existent déjà. 



DE BRUXELLES 153 

sur des bases moins larges; l'intérêt scientifique seul 
avait manifestement dominé le groupe dont ce rapport 
exprimait la pensée. Il proposait d'organiser, d'après 
un plan d'ensemble, l'exploration des régions encore 
inconnues de l'Afrique centrale en confiant cette tâche 
à des voyageurs isolés, partant de points opposés et 
s'appuyant sur des stations de secours. Ces stations 
devaient être établies à la fois sur la côte, à Bagamojo 
(près de Zanzibar) et à Loanda, par exemple, ainsi 
que dans l'intérieur, en suivant à peu près l'itiné- 
raire de Cameron ; on désignait les points d'Udjiji, de 
Nyangwe, etc. Quant à relier ces stations par des voies 
régulières de communication, on doutait que ce plan 
fût actuellement réalisable; c'était un progrès à 
attendre du développement futur de l'œuvre. Ce projet 
témoignait de vues plus restreintes que celles dont le 
rapport du général Rawlinson était l'expression, mais 
il était plus pratique ; il se fondait sur une expérience 
récente et, en concentrant les premiers efforts de la 
Conférence sur l'exploration scientifique, il n'excluait 
pas des visées plus lointaines, ni des entreprises plus 
complexes. 

C'est un système transactionnel qui a prévalu. La 
formule en a été arrêtée par un comité mixte, dont le 
savant secrétaire général de la Société de Géographie 
de Paris, M. Maunoir, a été le rapporteur \ Ce docu- 
ment constitue la déclaration officielle de la Confé- 
rence au sujet de la mission qu'assume l'Association 
internationale créée par ses soins. Son objet direct 

Voir le texte de ce document à l'Appendice, III. 



154 LA CONFÉRENCE GÉOGRAPHIQUE 

devient l'exploration des parties encore inconnues de 
l'Afrique équatoriale. Les voyageurs isolés seront les 
instruments; les stations, les points d'appui de cette 
exploration. Celles-ci s'établiront d'abord sur le lit- 
toral, à Bagamojo, dans le sultanat de Zanzibar, du 
côté de l'océan Indien ; à Saint-Paul de Loanda, dans 
les possessions portugaises, du côté de l'Atlantique. 
D'autres stations seront fondées à l'intérieur : à Udjiji, 
sur la rive orientale du lac Tanganyka; à Nyangwe, 
sur le Lualaba, à quelque cent lieues de la rive occi- 
dentale du même lac ; à un endroit à déterminer ulté- 
rieurement dans les États d'un des principaux chefs de 
l'Afrique centrale, Muata-Yamvo. 

Ces postes tracent sur la carte, au sud de l'équateur, 
du nord-est au sud-ouest, une ligne oblique qui cor- 
respond exactement, sauf par son point occidental 
d'aboutissement, à l'itinéraire du capitaine Cameron. 
La Conférence, reproduisant ici sous une forme mitigée 
la pensée du groupe anglo-italo-français, exprime, en 
terminant, le vœu que ces stations se relient entre elles 
par une ligne de communication « autant que possible 
continue », que d'autres voies, perpendiculaires à la 
première, soient ouvertes dans la direction du nord au 
sud. 

Telles sont, en substance, la déclaration de la Con- 
férence et les idées dont elle procède. Ce manifeste 
ouvre à la science comme à la civilisation une im- 
mense carrière; il produira des œuvres glorieuses et 
fécondes, si toutes les forces appelées à le traduire dans 
le domaine des faits se pénètrent profondément et 
s'acquittent avec un zèle soutenu de leur noble mission. 



CHAPITRE VI 

ORGANISATION DE L'ASSOCIATION INTERNATIONALE POUR L EXPLO- 
RATION ET LA CIVILISATION DE L'AFRIQUE. ATTRIRUTIONS 

ET RAPPORTS DES COMITÉS. FORMATION DES COMPTÉS 

NATIONAUX ET PREMIÈRE SESSION DE LA COMMISSION INTER- 
NATIONALE. 

Ce n'est pas tout, pour qu'une institution vive et 
prospère, que d'avoir un programme tracé, un but 
défini : il lui faut encore des organes appropriés à sa 
nature, qui la mettent à même de se manifester et 
d'agir, qui relient en faisceau les forces dont elle dis- 
pose, qui apportent dans son action la suite, l'harmonie, 
l'unité. Ce point essentiel n'a pas échappé à l'attention 
delà Conférence, il a fait l'objet de ses derniers débats. 
Les voyageurs et les stations ont pu être considérés 
comme les représentants et les agents de l'Association 
sur le sol de l'Afrique; ils y seront, ceux-là les auxi- 
liaires, celles-ci les instruments de ses desseins scien- 
tifiques et humanitaires. Mais, dans l'ancien comme 
dans le nouveau continent, il s'agissait de créer un 
svstème d'organisation conçu sur de tout autres 
bases, à raison d'une mission toute différente. C'est 
dans son sein même que la Conférence a dû trouver le 
plan et les premiers éléments de ce système. 



156 ORGANISATION DE L ASSOCIATION INTERNATIONALE 

Sept nations, qui n'étaient autres que les six grandes 
puissances européennes et la Belgique, ont eu des délé- 
gués à la Conférence de Bruxelles; des circonstances 
imprévues, des cas de force majeure ont pu rendre 
quelques-unes de ces délégations incomplètes, sans 
d'ailleurs en altérer l'esprit 1 . Aucune espèce de mandat 
public n'était attachée à leur fonction ; tous les membres 
de l'assemblée ont agi, ont parlé en leur nom personnel; 
mais ils avaient été choisis de manière à représenter 
fidèlement la direction, tantôt unique, tantôt multiple, 
de l'opinion des différents peuples en matière de ques- 
tions africaines. La science, la philanthropie, la poli- 
tique générale ont eu des députés à ces assises d'un 
caractère exceptionnel qu'accentuait la présidence d'un 
roi. Les Sociétés de Géographie de cinq nations étran- 
gères avaient envoyé à Bruxelles leur président ou 
vice-président; celle de l'Italie, un de ses membres fon- 
dateurs. Indépendamment de cet élément, l'Allemagne 
comptait un groupe de ses plus illustres voyageurs; 
l'Autriche avait un homme d'État éminent, un philan- 
thrope sympathique à toute idée généreuse, un jeune 
et courageux voyageur ; la France apportait la science 
théorique comme l'expérience pratique des expéditions 
africaines; l'Angleterre réunissait, dans dix hommes 
dont plusieurs d une célébrité européenne, la science 
des voyages, la sagesse politique, la charité la plus 
active et la plus inépuisable. 

La députation belge avait une situation et un rôle 
à part. Elle se concentrait dans la personne du Roi, 
chef, organisateur, initiateur de l'œuvre. Sa mission 

1 Voir le tableau des membres de la Conférence à l'Appendice, I. 



ORGANISATION DE L ASSOCIATION INTERNATIONALE 157 

spéciale était plutôt en dehors qu'au sein de la Confé- 
rence, où la courtoisie lui commandait de s'effacer. Ce 
n'est pas à dire que sa présence ait dû être stérile au 
cours des débats. Dans les discussions des comités, dont 
les procès-verbaux ne gardent pas la trace, les délégués 
belges ont pu faire valoir des vues, des considérations 
propres; mais leur action principale devait s'exercer 
ailleurs : elle a précédé, à certains égards, la réunion 
de l'assemblée, elle doit lui survivre pour constituer 
l'un des rouages essentiels dans l'exécution de son 
programme, si la tâche glorieuse rêvée pour son pays 
par le Souverain de la Belgique se traduit en réalité, si 
Bruxelles devient vraiment — suivant sa belle expres- 
sion — « le quartier général de ce mouvement civili- 
sateur )>. 

Des éléments constitutifs de la Conférence se déga- 
gent les principes de l'organisme qui doit donner à son 
œuvre le mouvement et la vie. Cet organisme com- 
prend trois rouages fondamentaux : une commission 
internationale, un comité exécutif et des comités 
nationaux. Voici quelles seront la composition, les 
attributions et les relations de ces divers corps. 

La commission internationale est le parlement de 
l'Association. Elle se compose, aux termes des résolu- 
tions arrêtées par la Conférence, des présidents des 
principales Sociétés de Géographie représentées à 
Bruxelles ou adhérant à son programme, ainsi que de 
deux membres délégués par chaque comité national. 
Bien que, sous ce dernier rapport, elle ne soit qu'une 
émanation des comités nationaux, la commission 



158 ORGANISATION DE L ASSOCIATION INTERNATIONALE 

leur est supérieure; elle garde la haute direction 
de l'Association et tranche toutes les questions essen- 
tielles relatives à sa constitution ou à son dévelop- 
pement. Le président dispose d'attributions éten- 
dues ; il reçoit dans l'Association les comités nationaux 
des pays qui n'ont pas pris part aux délibérations 
de la Conférence; il peut compléter la commission 
elle-même en lui adjoignant des membres effectifs et 
des membres d'honneur. Le but de cette dernière 
faculté est de proportionner la représentation de 
chaque pays à son importance, aux services rendus à 
l'œuvre. Usant de sa prérogative constituante, l'assem- 
blée a déféré la présidence de la commission interna- 
tionale au Roi des Belges pour la première période de 
son existence. 

La commission ne devant se réunir qu'à des inter- 
valles éloignés, il importait de créer un organe per- 
manent qui la représentât et se chargeât d'en exécuter 
les résolutions : telle est la mission du comité exécutif. 
Ce corps se compose du président de la commis- 
sion internationale qui y siège au même titre; de 
trois ou quatre membres désignés la première fois par 
la Conférence, ultérieurement par la commission, et 
d'un secrétaire général nommé par le président. Ce 
dernier agent acquiert également, par le fait de sa 
nomination, siège et voix dans la commission interna- 
tionale. Les membres du comité sont tenus de répondre 
en tout temps à l'appel du président. C'est le gouver- 
nement de l'Association, le cœur de l'organisme, d'où 
part l'action centrale et continue. Aux termes des 
statuts, il aura pour mission « de diriger les entre- 



ORGANISATION DE LASSOCIATION INTERNATIONALE 159 

prises et les travaux tendant à atteindre le but de 
l'Association et de gérer les fonds fournis par les 
gouvernements, par les comités nationaux et par des 
particuliers ». 

La Conférence ne pouvait se dissoudre sans con- 
stituer cette direction; elle a nommé membres du 
comité exécutif sir Bartle Frère, M. le D r Nachtigal 
et M. de Quatrefages. Sir Bartle Frère est l'un des 
hommes d'État les plus éminents de l'Angleterre; il 
s'est illustré récemment par sa mission auprès du sultan 
de Zanzibar et par la négociation d'un traité destiné 
à asseoir, sur des bases plus larges, la répression du 
trafic des esclaves. M. le D r Nachtigal figure au pre- 
mier rang des explorateurs de l'Afrique; sa grande 
expédition au Soudan lui a fait une belle place dans 
l'histoire. M. de Quatrefages est un des plus savants 
naturalistes de ce temps; il est actuellement vice-prési- 
dent de la Société de Géographie de Paris. 

Les comités nationaux sont le troisième élément du 
système organisé par la Conférence : c'est la base 
populaire de l'œuvre, l'instrument de sa propagande, 
le fondement de ses ressources. Les comités nationaux 
n'auront pas à se constituer suivant un type uniforme ; 
chaque pays en déterminera à son gré le mode d'orga- 
nisation; mais partout ils auront une mission iden- 
tique à remplir. Cette mission ne laissera pas d'être 
belle et importante. Il s'agira de vulgariser sous toutes 
les formes les notions relatives à l'Afrique, d'en faire 
connaître les conditions physiques et ethnographiques, 
les besoins et les ressources, les splendeurs et les 
souffrances. Il faudra intéresser aux travaux, aux 



160 ORGANISATION DE LASSOCIATION INTERNATIONALE 

entreprises héroïques des voyageurs nombre de per- 
sonnes dont l'apathie n'a d'autre cause que l'igno^ 
rance, attirer les sympathies publiques à des millions 
d'hommes demeurés exclus jusqu'à ce jour des bien- 
faits de la civilisation ou ne l'ayant connue que par les 
maux que lui infligent les plus inclignes de ses repré- 
sentants. Il importera enfin de stimuler l'esprit de 
sacrifice et de dévouement, de réclamer et d'obtenir de 
tous un concours pécuniaire généreux et soutenu. La 
souscription d'Afrique, sous la forme populaire que lui 
assignait le Roi, peut faire le tour du monde, et jamais 
millions de la charité n'auraient répandu sur sa surface 
de semence plus sainte et plus féconde. 

Il serait inutile d'entrer plus avant dans les détails 
de ce système d'organisation 1 ; il suffit que les traits 
généraux en soient bien dessinés et compris. A l'heure 
où reparaissent au surplus ces lignes, un an après la 
réunion de la Conférence, l'Association internationale 
a cessé d'être un simple projet; tous ses organes exis- 
tent et fonctionnent avec succès. La plupart des maisons 
souveraines de l'Europe l'ont prise sous leur patro- 
nage et secondent sa propagande. Les rois de Suède et 
de Saxe, les grands-ducs de Weimar et de Bade, le 
grand-duc Constantin de Russie, l'archiduc Charles- 
Louis d'Autriche, le prince royal de Danemark ont 
accepté le titre de membre d'honneur. L'empereur 
d'Allemagne a mis 25,000 marcs à la disposition du 
comité national allemand. 

1 Voir le texte des résolutions de la Conférence à ce sujet à l'Appen- 
dice, IV. 



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ORGANISATION DE ^ASSOCIATION INTERNATIONALE 161 

Ce comité, dont la formation a suivi immédia- 
tement celle du comité belge, s'est constitué le 
18 décembre 1876, sous la présidence du prince 
Henri VII, de Reuss; il compte dès aujourd'hui parmi 
ses membres le maréchal de Moltke, le prince de 
Hohenlohe, ambassadeur à Paris; les comtes de 
Brandenbourg et d'Eulenbourg, les généraux de Stosch 
et de Voigt-Rhetz, le professeur Lepsius, les voyageurs 
Nachtigal,Gerh.Rohlfs, Gussfeldt, Bastian, le fabricant 
Krupp, le D r Stephan, directeur général des Postes ; 
quantité d'autres personnes notables. 

Le comité autrichien existe depuis le 29 décem- 
bre 1876; il a été formé par les soins du baron de 
Hofmann, ministre des finances de l'Empire. Le prince 
impérial archiduc Rodolphe a accepté le protectorat 
du comité qui, au 15 juin de cette année, se composait 
de deux cent cinquante membres; on remarque parmi 
eux le baron de Sonnleithner, ministre plénipoten- 
tiaire; le comte Zichy, le conseiller de Hofstetter, le 
directeur Scala, le voyageur Marno, l'ingénieur Schal- 
ler, M. Chavanne, etc. En Hongrie, le D r L. Haynald, 
archevêque de Kalocsa, est à la tête du comité national, 
dont le prince Philippe de Saxe-Gobourg exerce la 
présidence d'honneur. 

Le roi d'Espagne préside le comité espagnol, con- 
stitué au mois de février 1877 et comprenant déjà plus 
de cent membres; le roi François d'Assise, le duc de 
Montpensier, le duc de Bailen, le duc de Fernan- 
Nunez, le comte de Morphy, M. Merry del Val, minis- 
tre plénipotentiaire, en font partie, ainsi que d eminents 
savants, tels que MM. P. de Gayangos, Ed. Saavedra, 

il 



162 ORGANISATION DE L ASSOCIATION INTERNATIONALE 

Ch. Ibanez, le marquis de San Gregorio, etc. A New- 
York, s'est manifesté dès le principe un mouvement 
remarquable d'adhésion à l'œuvre; un comité s'y 
organise sous la direction de M. John Latrobe, avec 
le concours dévoué de M. le juge Daly, de savants 
distingués et de grands négociants (mai 1877). 

La France s'est mise avec une égale ardeur à la 
tâche; son comité, installé le 24 mai 1877, sous la 
présidence d'un homme justement célèbre, M. le 
vicomte Ferd. de Lesseps, renferme des personnalités 
marquantes appartenant à toutes les classes de la 
société; il suffira de nommer MM. de Quatrefages, 
professeur au Muséum d'histoire naturelle; Ed. Labou- 
laye, sénateur; le vice-amiral baron de la Roncière-le 
Noury, Levasseur, de l'Institut; Meurand, directeur des 
consulats; Duval, préfet de la Seine; le géographe Vivien 
de Saint-Martin, les voyageurs Duveyrier, Abbadie et 
Grandidier, Maunoir, secrétaire général de la Société 
de Géographie de Paris; l'éditeur Hachette, etc. Le 
comité italien, inauguré le 22 mai 1877, par un 
discours extrêmement sympathique de son président, 
le prince royal Humbert, promet à l'entreprise com- 
mune une coopération active et chaleureuse. Ses qua- 
torze membres fondateurs, parmi lesquels il faut citer 
les commandants Correnti, Jacini et Negri, les généraux 
Ferd. Menabrea et E. de' Vecchi, le contre-amiral 
Acton, occupent un rang élevé dans la science, dans 
l'administration, la marine et l'armée 1 . 

1 Le caractère et le but de l'Association internationale ont été exposés 
naguère, en termes excellents, à la nation italienne dans un écrit de 
M. J. Dalla Vedova, professeur à l'université de Rome et membre du 



ORGANISATION DE ^ASSOCIATION INTERNATIONALE 163 

La section néerlandaise s'est constituée sous la prési- 
dence du prince Henri des Pays-Bas ; parmi ses trente- 
cinq membres figurent M. Van der Maesen de Som- 
breffe, ancien ministre des affaires étrangères; le comte 
de Bylandt et le baron de Gericke, ministre des Pays- 
Bas à Bruxelles; le professeur Veth, le colonel Ver- 
steeg, les bourgmestres d'Amsterdam et de Rotterdam, 
MM. Van den Tex et Joost van Vollenhoven, des 
directeurs de grandes compagnies maritimes et com- 
merciales, etc. Le comité portugais s'est réuni la 
première fois le 17 avril dernier; il est présidé par le 
vicomte de San Januario, ancien gouverneur général 
des Indes portugaises; des hommes d'État comme 
M. Texeirade Vasconcellos, des professeurs comme le 
D r Barbosa du Bocage, des marins comme le vicomte 
de Soares Franco, commandant général de la flotte, 
lui apportent leur concours. 

Les événements politiques ont retardé la coopération 
de la Russie, où M. de Semenow et le baron d'Osten- 
Sacken s'occupent d'organiser la branche russe de 
l'Association. Le comité suisse a été fondé le 24 avril 
1877, sous la direction de M. H. Bouthillier de Beau- 
mont; il comptait, dès cette date, cent dix adhérents 
recrutés surtout parmi les illustrations de la science 
et de la philanthropie; il suffira de nommer MM. Eug. 
Delessert, Ed. Desor, A. Humbert, Gustave Moy- 
nier, etc. La Belgique — c'était son devoir — a 
devancé les autres nations dans la formation de son 

comité italien. Son travail, publié dans la livraison de juillet de la 
Nuova Antologia de Florence, est intitulé : La questione Africam e 
V Associazione intemazionale di Bruxelles. 



164 ORGANISATION DE L ASSOCIATION INTERNATIONALE 

comité national; celui-ci a pris naissance le 6 novem- 
bre 1876, au Palais de Bruxelles, sous les auspices du 
Roi des Belges; S. A. R. le comte de Flandre en a 
accepté la présidence. La composition et les statuts 
du comité 1 ont paru répondre au but de l'Association; 
un élan remarquable s'est manifesté dans le pays et 
a fait affluer les souscriptions qui s'élevaient, au mois 
d'octobre 1877, à la somme de 410,000 francs et 
permettaient de disposer, dès l'année prochaine, en 
escomptant les annuités, d'un revenu de 75,000 francs. 
Tous ces comités sont directement affiliés à l'Asso- 
ciation internationale et en acceptent la direction. Tel 
n'est pas le cas de la branche anglaise qui s'est formée 
au sein de la Société de Géographie de Londres sous la 
dénomination spéciale de Fonds de V Exploration afri- 
caine. Les grands intérêts coloniaux que la Grande- 
Bretagne possède en Afrique, les obstacles qu'opposent 
les statuts de la Société de Géographie à tout effort qui 
n'a pas l'investigation scientifique pour objet exclusif, 
ont fait préférer de donner à son intervention un carac- 
tère purement national ; mais en se déterminant à agir 
seul, le comité anglais reste néanmoins en commu- 
nauté de vues, en échange d'informations et de corres- 
pondance avec l'Association fondée à Bruxelles, dont 
il entend seconder activement les entreprises 2 . Il lui a 
donné une preuve récente de ses sympathies en mettant 
à sa disposition une somme de 250 livres sterling. Le 
Fonds africain est constitué sous le protectorat du 

1 Voir ces documents à l'Appendice, VIII et IX. 

2 Voir lettre de Sir Rutherford Alcock au Times, 16 juillet 4877. 



ORGANISATION DE L ASSOCIATION INTERNATIONALE 165 

prince de Galles et la présidence de sir Rutherford 
Alcock; le capitaine Cameron lui prête, en toute circon- 
stance, l'appui de sa légitime popularité; l'archevêque 
d'York, le vice-amiral Ommaney, sir Henri Barkly, 
le colonel Grant, sir Th. Fowell Buxton, M. Ed. Hut- 
chinson se dévouent, avec nombre d'autres hommes 
éminents, à la même tâche. 

La plupart de ces comités ne font que de naître; 
leurs ressources sont encore restreintes, mais les fonds 
recueillis en Belgique et auxquels il convient d'ad- 
joindre les contributions de l'Angleterre (6,250 francs), 
de l'Autriche (5,000 francs) et delà Hongrie (3, OOOfrancs) 
ont paru suffisants pour permettre d'entamer, sans 
plus long retard, l'exécution du programme de la 
Conférence. La Commission internationale a été convo- 
quée à cette fin; elle a siégé au Palais de Bruxelles, le 
20 et le 21 juin 1877, sous la présidence du Roi. 
L'assemblée, où étaient représentées dix nations, a 
attesté par ses délibérations que l'Association interna- 
tionale a pris corps, et fait un pas considérable vers la 
réalisation de ses desseins l . 

Plusieurs résolutions importantes ont été prises au 
cours de cette session ; elles concernent les unes l'orga- 
nisation et l'emplacement des stations, les autres les 
voyages d'exploration. 

Quant au premier point, la Commission, après avoir 
décidé que le personnel dune station se composera 
d'un chef et d'un certain nombre d'employés choisis ou 

1 Voir la composition de cette assemblée à l'Appendice, XL 



166 ORGANISATION DE L ASSOCI4TION INTERNATIONALE 

agréés par le Comité exécutif, en a défini, dune 
manière précise, la mission scientifique et hospitalière. 
Ces instructions, dont on trouvera plus loin le texte 1 , 
ne font que développer la pensée de la Conférence en 
cette matière ; elles ne visent que la tâche immédiate à 
remplir dans l'intérêt de la science et des voyageurs 
qui se dévouent à ses progrès; mais elles n'excluent 
pas une mission pins vaste, plus féconde encore, tant 
sous le rapport de la diffusion de la civilisation parmi 
les Nègres que de la répression du commerce des 
esclaves. Ce dernier point est même signalé à l'atten- 
tion particulière des fondateurs de la station ; il est en 
effet d'une importance capitale et doit faire l'objet de 
leurs préoccupations ultérieures. 

La désignation de l'emplacement des stations, faite à 
grands traits par la Conférence du mois de septembre 
dernier, a donné lieu depuis cette époque à de mul- 
tiples négociations; grâce aux offres obligeantes de 
grandes maisons de commerce ainsi que de simples 
particuliers, on a pu reporter d'emblée le premier 
établissement à créer vers la région centrale de 
l'Afrique. D'après le plan élaboré à ce sujet par le 
Comité exécutif 2 , trois stations à peu près gratuites 
seraient fondées à Zanzibar, à Bagamoyo ou Saadani 
sur la côte et dans l'Ouniamuési ; ces stations seraient 
de simples dépôts rattachés à des comptoirs ou à des 
agences européennes. On atteindrait ainsi le lac 
Tanganyka, où la Société des Missions de Londres 
s'occupe en ce moment de créer une colonie à la fois 

1 Voir ce document à l'Appendice, XII. 

2 Voir ce document à l'Appendice, XIII. 



ORGANISATION DE ^ASSOCIATION INTERNATIONALE 167 

religieuse, industrielle et agricole. Si cet établissement 
devenait le siège d'un quatrième dépôt, la station prin- 
cipale pourrait être créée à Nyangwe même, c'est-à- 
dire au point le plus central prévu par la Conférence 
de Bruxelles. Ce résultat serait extrêmement satisfai- 
sant. Les dernières expéditions de Livingstone, de 
Cameron et de Stanley ont fait connaître l'importance 
de ce point de Nyangwe, situé sur un grand fleuve qui 
débouche dans l'Atlantique, entrepôt considérable du 
commerce intérieur et en même temps l'un des princi- 
paux foyers de la traite. Il s'ouvrirait ici un vaste 
champ d'études et d'opérations où l'activité du per- 
sonnel de la station pourrait s'exercer d'une manière 
sérieuse et féconde dans les directions les plus diverses. 

Ce plan a reçu l'approbation de la Commission inter- 
nationale; le Comité exécutif est d'ailleurs autorisé à 
le modifier et même à le compléter par l'établissement 
d'autres stations, suivant les exigences de la situation 
et les ressources dont il viendrait à disposer. 

La fondation des stations n'est pas une entreprise 
isolée; elle se combine dans le projet formulé par le 
Comité exécutif, avec un voyage d'exploration qui 
aurait la première station même pour point de départ. 
Ce voyage doit être interocéanique ; à cela près, l'itiné- 
raire n'est pas strictement déterminé. « C'est au chef 
de l'exploration — disent les instructions proposées — 
à choisir sa direction vers la côte occidentale en évitant 
avec soin les routes déjà parcourues par les Européens 
et en suivant, si c'est possible, le 4 e parallèle nord. » 
Après la solution par Stanley du grand problème du 
Lualaba, c'est en effet au nord de l'Equateur, sous le 



168 ORGANISATION DE i/ASSOCIATION INTERNATIONALE 

4 e degré, qu'on pourra faire désormais les découvertes 
les plus importantes. 

La Commission s'est ralliée à l'ensemble de ces vues 
en votant la déclaration suivante : « L'Association 
donne sa complète approbation au projet du Comité 
exécutif, de diriger une expédition par la voie de 
Zanzibar vers le lac Tanganyka, avec le but d'établir 
des stations, ou à ce lac même, ou à quelques points 
au delà, ainsi que d'envoyer des voyageurs explorateurs 
en prenant ces stations pour bases. Les instructions par- 
ticulières sont confiées au Comité exécutif. — Dans le 
cas où des obstacles imprévus viendraient à surgir, le 
Comité exécutif a la faculté de modifier ce projet. » 

Ces pleins pouvoirs contiennent également l'autori- 
sation de mettre à l'étude le plan d'une expédition qui 
partirait, au besoin, de la côte occidentale et irait à la 
rencontre de celle venant de Zanzibar. Enfin la direction 
centrale pourra, si les ressources financières le per- 
mettent, subsidier les voyages d'exploration qui vien- 
draient à être organisés soit par les comités nationaux, 
soit par l'initiative privée. 

Avant de clore ses travaux, la Commission a dû 
prendre certaines mesures indispensables pour assurer 
la marche ultérieure de l'Association. Les pouvoirs du 
président expiraient le 14 septembre 1877. Par un vote 
unanime, l'assemblée a invité le Roi des Belges à 
garder, pour une nouvelle période, une fonction qu'il 
avait si bien remplie; Sa Majesté y a consenti, non 
sans réitérer le désir de voir alterner la direction de 
l'œuvre africaine. La démission de sir Bartle Frère, 
nommé gouverneur de la colonie du Cap, laissait une 



ORGANISATION DE L ASSOCIATION INTERNATIONALE 169 

place vacante au sein du Comité exécutif; M. Sanford, 
ancien ministre des États-Unis à Bruxelles et membre 
du comité américain, a été désigné pour l'occuper. 
Restait à choisir le pavillon qui flotterait sur les 
établissements de l'Association et que les voyageurs, 
suivant un usage constant en Afrique, déploieraient en 
tête de leurs caravanes : la Commission a adopté le 
drapeau bleu chargé d'une étoile d'or. 

Ces décisions sont d'une grande portée; elles 
assignent aux efforts de l'Association un but immédiat 
et précis, que toutes les nations représentées à la Com- 
mission s'engagent à poursuivre en commun. L'exécu- 
tion en est dès aujourd'hui assurée. Une expédition 
composée de deux officiers distingués de letat-major 
belge, MM. Crespel et Cambier, et d'un naturaliste, 
M. le D r Maes, s'est organisée en Belgique. Sa mission 
propre sera de fonder la première station; un Autri- 
chien, M. E.Marno, qui s'est fait connaître par plusieurs 
campagnes remarquables dans la vallée du Haut-Nil, 
l'accompagne en qualité d'explorateur. L'expédition a 
quitté le 18 octobre Southampton, à bord du paquebot 
le Danube, mis gratuitement à sa disposition par une 
puissante Compagnie anglaise (Uriion mail sleamship 
Company). L'appui des chefs des missions politiques 
ou religieuses de la Grande-Bretagne, notamment du 
consul général à Zanzibar, M. le D r Kirk, celui des 
autres résidents européens et du sultan Bargasch ben 
Saïd lui-même, paraissent acquis à l'entreprise. Il est 
sans doute permis d'espérer que ce concours ne demeu- 
rera pas un fait isolé. 

Ici se présente une réflexion qui doit nous arrêter 



170 ORGANISATION DE L ASSOCIATION INTERNATIONALE 

un moment. La Conférence de Bruxelles et l'Association 
internationale qui en est issue, ont eu et gardent un 
caractère privé : est-ce à dire que les gouvernements 
des peuples civilisés auraient raison de s'en désinté- 
resser d'une façon absolue? Nous ne le pensons pas, et 
sans préjudice de toutes autres considérations que pour- 
raient suggérer la sagesse et la prévoyance politiques, 
des antécédents historiques motivent cette opinion. 

Au commencement de l'année 1815, les plénipoten- 
tiaires de huit puissances, réunis en congrès à Vienne, 
eurent à se prononcer, en vertu de l'initiative prise par 
la Grande-Bretagne et la France, sur la question de 
Y abolition universelle et définitive de la traite des Nègres. 
Cette motion rencontra une adhésion chaleureuse dont 
la déclaration du 8 février contient l'éloquente expres- 
sion : 

« Attendu, porte cet acte, que le commerce connu 
« sous le nom de Traite des Nègres d'Afrique a été 
« envisagé, par les hommes justes et éclairés de tous les 
« temps, comme répugnant aux principes d'humanité 
« et de morale universelle ; . . . 

« Que les plénipotentiaires rassemblés dans le Con- 
te grès ne sauraient mieux honorer leur mission, rem- 
« plir leur devoir qu'en proclamant, au nom de leurs 
« souverains, le vœu de mettre un terme à un fléau 
« qui a si longtemps désolé l'Afrique, dégradé l'Europe 
« et affligé l'humanité ; . . . 

« ... En conséquence et dûment autorisés à cet acte 
« par l'adhésion unanime de leurs Cours respectives, . . . 
« ils déclarent, à la face de l'Europe, que, regardant 
« Yabolition universelle de la traite des Nègres comme 



ORGANISATION DE L ASSOCIATION INTERNATIONALE 171 

« une mesure particulièrement digne de leur attention, 
« conforme à l'esprit du siècle et aux principes géné- 
« reux de leurs augustes souverains, ils sont animés 
« du désir sincère de concourir à l exécution la plus 
« prompte et la plus efficace de cette mesure par tous les 
« moyens à leur disposition, et d'agir, dans l'emploi de 
ce ces moyens, avec tout le zèle et toute la persévérance 
« qu'ils doivent à une aussi grande et belle cause. » 

Cette déclaration porte, entre autres, les signatures 
de Castlereagh, de Wellington, de Nesselrode, de Hum- 
boldt, de Metternich, de Talleyrand. 

Sept ans plus tard, le 28 novembre 1822, les pléni- 
potentiaires des cinq grandes puissances renouvellent 
solennellement ces engagements au Congrès de Vérone. 
Ils constatent que le commerce des Nègres, quoique 
proscrit, « a continué jusqu'à ce jour, qu'il a gagné en 
« intensité ce qu'il peut avoir perdu en étendue, qu'il 
ce a pris même un caractère plus odieux et plus funeste 
« par la nature des moyens auxquels ceux qui l'exer- 
ce cent sont forcés d'avoir recours ; . . . que des milliers 
« d'êtres humains (en) deviennent d'année en année les 
ce innocentes victimes. Ils déclarent, en conséquence, 
ce quils sont prêts à concourir à tout ce qui pourra 
ce assurer et accélérer l'abolition complète et définitive 
ce de ce commerce l . » 

Un demi-siècle s'est écoulé depuis que ce langage a 
été tenu; on a pu juger, par le tableau que nous avons 
tracé ci-dessus, si les puissances ont atteint leur but, 
si elles peuvent se considérer comme dégagées des 
obligations qu'elles ont contractées. Les États mari- 

1 Voir le texte de ces deux documents à l'Appendice, V et VI. 



172 ORGANISATION DE ^ASSOCIATION INTERNATIONALE 

times, surtout l'Angleterre, ont fait denergiques et 
persévérants efforts ; mais c'est une conviction univer- 
selle aujourd'hui que les croisières les plus actives sont 
impuissantes, que la traite ne peut être détruite que sur 
le théâtre même de ses ravages. 

Tel est précisément un des buts essentiels que pour- 
suit l'Association internationale : en ouvrant l'Afrique 
à la science, au christianisme, au commerce, en civi- 
lisant ses populations, elle adopte le vrai, l'unique 
système qui, du consentement de tous les voyageurs, 
puisse aboutir à Y abolition complète et définitive du trafic 
des esclaves. C'est donc le programme de l'Europe 
qu'elle se charge d'exécuter, et quoi de plus juste, dès 
lors, que de voir tous les Gouvernements lui prêter un 
sympathique appui? Il ne nous appartient pas de déter- 
miner ici le mode de leur concours; celui-ci pourra, 
suivant les lieux et les circonstances, revêtir des formes 
diverses : mais compter qu'il sera sincère, énergique, 
soutenu, serait-ce trop espérer en faveur d'une œuvre 
qui répond, par toutes les fins qu'elle se propose, aux 
plus hautes aspirations de ce siècle? Si ces vœux 
venaient à se réaliser, l'Association acquerrait d'emblée 
un large et solide fondement. Peut-être qu'aidée puis- 
samment en même temps par la bienfaisance privée, 
elle pourrait aborder, de plusieurs côtés à la fois, l'exé- 
cution de son programme. Dans ces conditions, le 
succès définitif de l'entreprise n'admettrait plus un seul 
doute, et les opérations en Afrique en recevraient une 
impulsion dont les conséquences ne tarderaient pas à 
se faire sentir dans les directions les plus diverses. 



CHAPITRE VII 



CONCLUSION 



Si le travail qu'on vient de lire a réussi à donner au 
moins une vague notion de son objet, il doit avoir 
légitimé les hautes espérances dont l'expression a servi 
de conclusion aux débats de la Conférence. Achever 
l'exploration scientifique de l'Afrique, y faire pénétrer 
la lumière et la civilisation, y répandre les idées et les 
produits des nations chrétiennes, poursuivre surtout 
avec une énergie invincible la suppression de la traite 
des esclaves, c'était, a-t-il semblé, formuler un pro- 
gramme qui répondait aux aspirations de tous les 
peuples. Sympathique par elle-même, l'entreprise a 
paru pouvoir d'autant plus compter sur leur concours 
que l'exécution n'en demandait rien à la force, qu'elle 
attendait tout de l'influence morale, de la persuasion, 
du dévouement ou de la générosité personnelle. 

Cette confîauce aurait-elle été excessive? Une assem- 
blée composée de tant d'hommes spéciaux, où siégeaient 
tant de juges compétents, tant de témoins oculaires, 
aurait-elle été la dupe d'une belle mais vaine utopie ? 
Qui oserait le dire, qui voudrait le croire? Non; la 
conviction de la Conférence a eu un fondement très- 
réel. Son œuvre n'a pas été bâtie sur le sable; elle 



174 CONCLUSION 

contient le germe d'un grand avenir, parce qu'elle 
s'inspire des pensées, parce quelle s'adresse aux senti- 
ments qui sont le principe de vie des sociétés modernes 
et dont l'expansion est aussi nécessaire qu'elle est légi- 
time. S'emparer de ces forces morales, les grouper dans 
une organisation puissante, leur montrer un but aussi 
digne de tenter que capable de récompenser leurs 
efforts : voilà la tâche assurément vaste, mais non irréa- 
lisable dont on a cru pouvoir confier l'accomplissement 
à l'union de toutes les nations civilisées, se donnant la 
main sur ce terrain commun. 

Certes, même secondée, comme elle doit l'être, par 
les grands courants d'idées qui emportent l'humanité 
à notre époque, cette tâche sera encore longue et 
laborieuse : mais aussi elle a des attraits particuliers 
qui sauront soutenir les âmes et stimuler les sacrifices. 
Quelle œuvre, en effet, remplit à un plus haut degré 
toutes les conditions d'un succès populaire ? Les tra- 
vaux des voyageurs s'en allant à la découverte des 
terres lointaines, bravant tous les périls, toutes les 
souffrances, pour conquérir à la civilisation des champs 
nouveaux, n'eurent-ils pas toujours le don d'exciter 
la curiosité et l'admiration des masses? Quel récit 
l'emporte en intérêt sur la relation de leurs héroïques 
aventures? Quels transports d'enthousiasme accueillent 
en tout pays leur heureux retour après quelque hardie 
et fructueuse campagne ? Quel sentiment plus naturel 
que celui qui porte à s'associer à leurs efforts, à contri- 
buer à leurs exploits? Ces impressions sont celles de 
tous les temps et de tous les lieux; elles ne sont pas 
propres aux savants qui suivent d'un œil attentif et 



CONCLUSION 175 

anxieux chacun des pas des explorateurs : elles existent 
chez tous les esprits éclairés, ouverts aux idées géné- 
reuses, sympathiques aux vaillantes entreprises. 

Or, quelle terre est plus capable de soutenir par ses 
merveilles les élans de l'imagination que cette immense 
Afrique, si près de nous par l'espace, à peine entrevue 
dans la succession des temps, où la nature s'est plu à 
accumuler toutes les magnificences, à étaler toute la 
splendeur de ses contrastes, où, par une contradiction 
douloureuse, l'histoire enregistre, depuis des siècles, 
les pages les plus sinistres, les plus honteuses de ses 
annales? Car, et c'est là un trait caractéristique de cette 
belle œuvre, elle intéresse le cœur au moins autant 
quelle séduit l'esprit. Chaque progrès de la science sera 
ici un progrès de la justice; chaque barrière qui tombe 
annoncera que des chaînes se brisent, et nulle part la 
lumière ne sera à un tel degré la mère de la liberté, — 
la liberté dans son acception la plus humble mais 
aussi la plus sainte, celle qui se traduit par le droit 
élémentaire des peuples à l'existence, à la possession 
d'eux-mêmes, de leur travail et de leurs enfants. 

Par quelque côté donc qu'on la prenne, l'entreprise 
qui nous occupe remue de nobles fibres, suggère de 
grandes pensées. Que si, anticipant sur l'avenir, il 
était permis d'en contempler à l'avance le résultat 
final, quel spectacle s'offrirait aux yeux du savant 
comme de l'homme d'État ! Dirigée avec unité dans les 
vues, avec ensemble dans les opérations, servie par 
d'abondantes ressources, l'exploration géographique 
des régions encore inconnues de l'Afrique sera terminée 



176 CONCLUSION 

avant la fin de ce siècle. La génération actuelle ne dis- 
paraîtra pas sans avoir vu la carte totale du continent, 
sinon parfaite dans ses moindres détails, au moins 
fidèle dans ses traits généraux. 

Les conquêtes de la civilisation auront suivi de près 
celles de la science. Les stations, après avoir été des 
lieux d'études, des points d'appui et de refuge pour les 
voyageurs, seront devenues des foyers de lumières, des 
centres d'autant de groupes de populations s élevant 
par degrés, sous leurs auspices, à des conditions sociales 
d'un ordre supérieur. Les missions religieuses, aujour- 
d'hui arrêtées aux côtes, auront pu pénétrer dans l'in- 
térieur et répandre la semence de l'Évangile dans un 
sol qui leur promet plus que tout autre d'abondantes 
moissons. Sous l'influence combinée de ces forces 
civilisatrices, la traite aura vu tarir ses sources; la 
diminution progressive de ses ravages, en accroissant 
la sécurité des indigènes, aura permis aux sociétés nais- 
santes de l'Afrique centrale de se développer sans 
entraves. Grâce à l'établissement de relations commer- 
ciales étendues et lointaines, leur prospérité matérielle 
acquerrait bientôt une base large et stable. Avant cin- 
quante ans d'ici, il ne serait pas impossible que l'Afrique 
fût devenue l'un des grands marchés producteurs des 
matières premières de l'industrie européenne; elle 
absorberait nécessairement alors, par un progrès paral- 
lèle, de notables quantités de produits manufacturés. 
Bien des forces physiques ou morales, aujourd'hui sans 
emploi dans les pays de l'Europe, auront pu trouver 
d'utiles et fécondes applications sur cette terre nou- 
velle. Les efforts combinés de tant d'hommes de natio- 



CONCLUSION 177 

nalité différente y créeront entre les États du vieux 
monde un lien de solidarité de plus, et dans son domaine 
agrandi, l'humanité verra désormais concourir toutes 
les races du globe à l'accomplissement de ses destinées. 
Tel est, en substance, le tableau que l'histoire a déjà 
partiellement retracé après la découverte de l'Amé- 
rique et de l'Australie; il peut se renouveler sous nos 
yeux en Afrique, mais dans des conditions plus com- 
plètes, plus dignes de la civilisation de notre époque : 
sans être défiguré, ni par l'esprit de conquête qui a 
été la source de tant de sanglantes rivalités, ni par 
les criminels excès dont les populations indigènes 
furent, au xvi e siècle, les malheureuses victimes, ni par 
les erreurs économiques qui ont tant de fois frappé de 
stérilité les plus riches dons de la Providence. 

Ces vues ne sont plus celles d'un petit nombre 
d'hommes; elles se répandent de proche en proche et 
gagnent rapidement les masses. C'est ce qui explique 
l'écho sympathique qui a si promptement répondu de 
tous les pays à l'initiative partie de Bruxelles. Déjà l'An- 
gleterre, l'Allemagne, Y Autriche-Hongrie, la France, 
la Russie, l'Italie, l'Espagne, les États-Unis, la Suisse, 
les Pays-Bas, le Portugal, se sont mis, avec la Belgique, 
à l'œuvre. Des centres d'action, en rapport avec la 
direction générale, existent chez les principaux peuples 
de l'Europe et de l'Amérique. Par la constitution, 
aujourd'hui effectuée, des comités nationaux, par la 
réunion de la commission de leurs délégués, la Confé- 
rence a vu naître et agir les organes essentiels à l'ac- 
complissement de son programme, et la tâche qu'elle 

12 



178 CONCLUSION 

leur avait assignée recevoir, au bout d'un an, un com- 
mencement d'exécution. 

La Belgique — ses premiers efforts en sont de sûrs 
garants — tiendra à honneur de ne pas se laisser 
devancer dans cette carrière ; elle ne restera au-dessous 
des autres nations ni par l'étendue des sacrifices qu'elle 
s'imposera pour donner à l'œuvre une large base 
matérielle, ni par le zèle soutenu qu'elle mettra à la 
servir et à la propager. Aucun élément ne lui fait défaut 
pour bien remplir sa tâche : elle possède la richesse, 
elle dispose de la science, elle a des hommes avides de 
répandre au dehors des énergies et des talents surabon- 
dants. Capable d'agir, la Belgique a tout intérêt de le 
faire ; tandis qu'elle trouve en Afrique un vaste champ 
d'expansion qui sollicite son activité dans les directions 
les plus diverses, elle peut prendre en Europe une 
attitude qui ne sera pas sans quelque grandeur morale. 
De plus hautes considérations encore ne la trouveront 
pas indifférente; elle a, dans cette circonstance, des 
devoirs à remplir envers elle-même. Elle se souviendra 
des fières traditions de son passé, alors que sa bannière 
se déployait, sur terre et sur mer, à l'avant-garde des 
entreprises civilisatrices; elle ne laissera pas s'amoin- 
drir entre ses mains la glorieuse mission que lui destine 
l'initiative de son Souverain; elle n'oubliera pas surtout 
que les nations des deux inondes, en faisant de sa capi- 
tale le centre de leur action commune, lui donnent une 
preuve d'estime et de confiance, qu'un'peuple généreux 
doit avoir à cœur de reconnaître. 



APPENDICE 



COMPOSITION DE LA CONFÉRENCE GÉOGRAPHIQUE 

DE BRUXELLES 

(12, 13 de 14 SEPTEMBRE 1876) 

ooî=si<o° 

LE ROI DES BELGES. 

Membres : 

Pour l'Allemagne : 

MM. le baron de Richthofen, président de la Société 
de Géographie de Berlin ; 
le D r G. Nachtigal ; 
le D r G. Rohlfs, conseiller de la cour de Prusse; 

le D r G. SCHWEINFURTH. 

Pour l'Autriche-Hongrie : 

MM. le baron de Hofmann, conseiller intime, ministre 
des finances de l'Empire ; 
le comte Ed. Zichy, conseiller privé; 



182 APPENDICE 

MM. le D r F. de Hochstetter, conseiller de Cour, pro- 
fesseur à l'Institut supérieur des Arts et Manu- 
factures, président de la Société de Géogra- 
phie de Vienne; 
le lieutenant en 1 er A. Lux. 

Pour la Belgique : 

MM. le baron A. Lambermont, ministre plénipoten- 
tiaire, secrétaire général du ministère des 
Affaires Étrangères; 

E. Banning, directeur au ministère des Affaires 
Étrangères; 

Emile de Borchgrave, conseiller de légation; 

A. Couvreur, membre de la Chambre des repré- 
sentants ; 

le comte Goblet d'Alviella, membre du Conseil 
provincial du Brabant ; 

E. James, professeur à l'Université de Bruxelles; 

E. de Laveleye, professeur à l'Université de Liège; 

J. Quairier, directeur à la Société Générale; 

Ch. Sainctelette, membre de la Chambre des 
représentants ; 

T. Smolders, membre de la Chambre des repré- 
sentants, professeur à l'Université de Louvain; 

Van Biervliet, avocat; 

L. Van den Bossche, conseiller de légation; 

J. Van Volxem. 

Pour la France : 

MM. le vice-amiral baron de la Roncière-le Noury, 
sénateur, président de la Société de Géogra- 
phie de Paris ; 



APPENDICE 183 

MM. Maunoir, secrétaire général de la Société de Géo- 
graphie de Paris ; 

H. Duveyrier, secrétaire adjoint de la Société de 
Géographie de Paris; 

le marquis de Compiègne. 

Pour la Grande-Bretagne : 

Sir Bartle Frère, vice-président du ConseiJ de l'Inde; 

Sir Rutherford Alcock, ministre plénipotentiaire, pré- 
sident de la Société de Géographie de Londres ; 

Le major-général sir Henry Rawlinson, membre du 
Conseil de l'Inde ; 

Le contre-amiral sir Léopold Heath; 

Le lieutenant-colonel J.-A. Grant; 

Le commander Verney Lovett Cameron ; 

M.-W. Mackinnon; 

Sir T. Fowell Buxton; 

Sir J. Kennaway; 

Sir Harry Verney. 

Pour l'Italie : 

M. le commandeur G. Negri, ministre plénipotentiaire. 

Pour la Russie : 

M. P. de Semenow, président du Conseil de statistique, 
vice-président de la Société de Géographie de 
Saint-Pétersbourg. 



184 APPENDICE 

Le bureau était composé ainsi : 

Président : LE ROI DES BELGES. 

Vice-présidents : MM. le baron de Richthofen, président 

de la Société de Géographie 

de Berlin; 
le D r F. de Hochstetter, président 

de la Société de Géographie 

de Vienne ; 
le vice-amiral baron de la Ron- 

cière-le Noury, président de 

la Société de Géographie de 

Paris ; 
Sir Rutherford Alcock, président de 

la Société de Géographie de 

Londres. 

Secrétaires : E. Banning; 

E. James. 



<^^ 



II 

DISCOURS PRONONCÉ PAR LE ROI 

A L'OUVERTURE DE LA CONFÉRENCE 



Messieurs, 

Permettez-moi de vous remercier chaleureusement 
de l'aimable empressement avec lequel vous avez bien 
voulu vous rendre à mon invitation. Outre la satis- 
faction que j'aurai à entendre discuter ici les pro- 
blèmes à la solution desquels nous nous intéressons, 
j'éprouve le plus vif plaisir à me rencontrer avec les 
hommes distingués dont j'ai suivi depuis des années 
les travaux et les valeureux efforts en faveur de la 
civilisation. 

Le sujet qui nous réunit aujourd'hui est de ceux qui 
méritent au premier chef d'occuper les amis de l'huma- 
nité. Ouvrir à la civilisation la seule partie de notre 
globe où elle n'ait point encore pénétré, percer les 
ténèbres qui enveloppent des populations entières, 
c'est, j'ose le dire, une croisade digne de ce siècle de 
progrès; et je suis heureux de constater combien le 



186 APPENDICE 

sentiment public est favorable à son accomplissement ; 
le courant est avec nous. 

Messieurs, parmi ceux qui ont le plus étudié 
l'Afrique, bon nombre ont été amenés à penser qu'il y 
aurait avantage pour le but commun qu'ils poursui- 
vent à ce que l'on pût se réunir et conférer en vue de 
régler la marche, de combiner les efforts, de tirer parti 
de toutes les ressources, d'éviter les doubles emplois. 

Il ma paru que la Belgique, État central et neutre, 
serait un terrain bien choisi pour une semblable réu- 
nion, et c'est ce qui m'a enhardi à vous appeler tous, 
ici, chez moi, dans la petite Conférence que j'ai la 
grande satisfaction d'ouvrir aujourd'hui. Ai-je besoin 
de dire qu'en vous conviant à Bruxelles, je n'ai pas été 
guidé par des vues égoïstes. Non, Messieurs, si la Bel- 
gique est petite, elle est heureuse et satisfaite de son 
sort; je n'ai d'autre ambition que de la bien servir. 
Mais je n'irai pas jusqu'à affirmer que je serais insen- 
sible à l'honneur qui résulterait pour mon pays de ce 
qu'un progrès important dans une question qui mar- 
quera dans notre époque fût daté de Bruxelles. Je 
serais heureux que Bruxelles devînt en quelque sorte 
le quartier général de ce mouvement civilisateur. 

Je me suis donc laissé aller à croire qu'il pourrait 
entrer dans vos convenances de venir discuter et pré- 
ciser en commun, avec l'autorité qui vous appartient, 
les voies à suivre, les moyens à employer pour planter 
définitivement l'étendard de la civilisation sur le sol 
de l'Afrique centrale; de convenir de ce qu'il y aurait 
à faire pour intéresser le public à votre noble entre- 
prise et pour l'amener à y apporter son obole. Car, 



APPENDICE 187 

Messieurs, dans les œuvres de ce genre, c'est le con- 
cours du grand nombre qui fait le succès, c'est la 
sympathie des masses qu'il faut solliciter et savoir 
obtenir. 

De quelles ressources ne disposerait-on pas, en 
effet, si tous ceux pour lesquels un franc n'est rien 
ou peu de chose, consentaient à le verser à la caisse 
destinée à supprimer la traite dans l'intérieur de 
l'Afrique ? 

De grands progrès ont déjà été accomplis, l'inconnu 
a été attaqué de bien des côtés; et si ceux ici présents 
qui ont enrichi la science de si importantes décou- 
vertes, voulaient nous en retracer les points princi- 
paux, leur exposé serait pour tous un puissant encou- 
ragement. 

Parmi les questions qui seraient encore à examiner, 
on a cité les suivantes : 

1° Désignation précise des bases d'opération à 
acquérir, entre autres, sur la côte de Zanzibar et près 
de l'embouchure du Congo, soit par conventions avec 
les chefs, soit par achats ou locations à régler avec les 
particuliers ; 

2° Désignation des routes à ouvrir successivement 
vers l'intérieur et des stations hospitalières, scienti- 
fiques et pacificatrices à organiser comme moyen 
d'abolir l'esclavage, d'établir la concorde entre les 
chefs, de leur procurer des arbitres justes, désinté- 
ressés, etc. ; 

3° Création, l'œuvre étant bien définie, d'un comité 
international et central et de comités nationaux pour 
en poursuivre l'exécution, chacun en ce qui le concer- 



188 APPENDICE 

nera, en exposer le but au public de tous les pays et 
faire au sentiment charitable un appel qu'aucune bonne 
cause ne lui a jamais adressé en vain. 

Tels sont, Messieurs, divers points qui semblent 
mériter votre attention ; s'il en est d'autres, ils se déga- 
geront de vos discussions et vous ne manquerez pas de 
les éclaircir. 

Mon vœu est de servir comme vous me l'indiquerez 
la grande cause pour laquelle vous avez déjà tant fait. 
Je me mets à votre disposition dans ce but et je vous 
souhaite cordialement la bienvenue. 



-"^s^^^*^^- 



III 



DÉCLARATION DE LA CONFERENCE 



AU SUJET DES STATIONS 



Pour atteindre le but de la Conférence internationale 
de Bruxelles, c est-à-dire : explorer scientifiquement 
les parties inconnues de l'Afrique, faciliter l'ouverture 
des voies qui fassent pénétrer la civilisation dans l'in- 
térieur du continent africain, rechercher des moyens 
pour la suppression de la traite des Nègres en Afrique, 
il faut : 

1° Organiser, sur un plan international commun, 
l'exploration des parties inconnues de l'Afrique, en 
limitant la région à explorer, à l'orient et à l'occident 
par les deux mers, au midi par le bassin du Zambèze, 
au nord par les frontières du nouveau territoire égyp- 
tien et le Soudan indépendant. Le moyen le mieux 
approprié à cette exploration sera l'emploi d'un nombre 



190 APPENDICE 

suffisant de voyageurs isolés, partant de diverses bases 
d'opération; 

2° Établir, comme bases de ces explorations, un 
certain nombre de stations scientifiques et hospitalières, 
tant sur les côtes de l'Afrique que dans l'intérieur du 
continent. 

De ces stations, les unes devront être établies, en 
nombre très-restreint , sur les côtes orientale et occi- 
dentale d'Afrique, aux points où la civilisation euro- 
péenne est déjà représentée, à Bagamojo et à Loanda, 
par exemple. Les stations auraient le caractère d'en- 
trepôts destinés à fournir aux voyageurs des moyens 
d'existence et d'exploration. Elles pourraient être fon- 
dées à peu de frais, car elles seraient confiées à la 
charge des Européens résidant sur ces points. 

Les autres stations seraient établies sur les points de 
l'intérieur les mieux appropriés pour servir de bases 
immédiates aux explorations. On commencerait l'éta- 
blissement de ces dernières stations par les points qui 
se recommandent, dès aujourd'hui, comme les plus 
favorables au but proposé. On pourrait signaler, par 
exemple, Udjiji, Nyangwe, la résidence du roi ou un 
point quelconque situé dans les domaines de Muata- 
Yamvo. Les explorateurs pourraient indiquer, plus 
tard, d'autres points où il conviendrait de constituer 
des stations du même genre. 

Laissant à l'avenir le soin d'établir des communi- 
cations sûres entre les stations, la Conférence exprime 
surtout le vœu qu'une ligne de communications, autant 
que possible continue, s'établisse de l'un à l'autre 
océan, en suivant approximativement l'itinéraire du 



APPENDICE 191 

commander Cameron. La Conférence exprime égale- 
ment le vœu que, dans la suite, s'établissent des lignes 
d'opération dans la direction nord-sud. 

La Conférence fait appel dès aujourd'hui au bon 
vouloir et à la coopération de tous les voyageurs 
qui entreprendront des explorations scientifiques en 
Afrique, qu'ils voyagent ou non sous les auspices de 
la Commission internationale instituée par ses soins. 



-^nso 



IV 

RÉSOLUTIONS DE LA CONFÉRENCE 

CONCERNANT LE SYSTÈME D'ORGANISATION 

1 . Il sera constitué une Commission internationale 
d'exploration et de civilisation de l'Afrique centrale, et 
des Comités nationaux qui se tiendront en rapport 
avec la Commission dans le but de centraliser, autant 
que possible, les efforts faits par leurs nationaux et de 
faciliter, par leur concours, l'exécution des résolutions 
de la Commission. 

2. Les Comités nationaux se constituent d'après le 
mode qui leur paraîtra préférable. 

3. La Commission sera composée des présidents des 
principales Sociétés de Géographie qui sont représen- 
tées à la Conférence de Bruxelles, ou qui viendraient à 
adhérer à son programme, et de deux membres choisis 
par chaque Comité national. 

4. Le président aura la faculté d'admettre dans 
l'association les pays qui n'étaient pas représentés à la 
Conférence. 



APPENDICE 193 

5. Le président aura la faculté de compléter la Com- 
mission internationale en y ajoutant des membres 
effectifs et des membres d'honneur. 

6. La Commission centrale, après avoir fait son 
règlement, aura pour mission de diriger, par l'organe 
d'un Comité exécutif, les entreprises et les travaux 
tendant à atteindre le but de l'association et de gérer 
les fonds fournis par les Gouvernements, par les 
Comités nationaux et par des particuliers. 

7. Le Comité exécutif sera constitué auprès du pré- 
sident et composé de trois ou quatre membres désignés 
préalablement par la Conférence actuelle et, plus tard, 
par la Commission internationale. 

8. Les membres du Comité se tiendront prêts à 
répondre à l'appel du président. 

9. Le président désigne un secrétaire général qui, 
par le fait même de sa nomination, deviendra membre 
de la Commission internationale et du Comité exécutif, 
ainsi qu'un trésorier. 



13 



V 



CONGRES DE VIENNE 



Déclaration, des Plénipotentiaires des puissances 
qui ont signé le traité de Paris du 30 mai 1814, 
relative à l'abolition de la traite des Nègres 
d'Afrique ou du commerce des esclaves. 



Les Plénipotentiaires des puissances qui ont signé le 
traité de Paris du 30 mai 1814, réunis en Conférence, 
ayant pris en considération que le commerce connu 
sous le nom de Traite des Nègres d'Afrique a été envi- 
sagé par les hommes justes et éclairés de tous les 
temps, comme répugnant aux principes d'humanité et 
de morale universelle; 

Que les circonstances particulières auxquelles ce 
commerce a dû sa naissance et la difficulté d'en inter- 
rompre brusquement le cours ont pu couvrir jusqu'à 
un certain point ce qu'il y avait d'odieux dans sa con- 
servation ; mais qu'enfin la voix publique s'est élevée 
dans tous les pays civilisés pour demander qu'il soit 
supprimé le plus tôt possible; 



APPENDICE 195 

Que, depuis que le caractère et les détails de ce com- 
merce ont été mieux connus, et les maux de toute 
espèce qui l'accompagnent complètement dévoilés, plu- 
sieurs des Gouvernements européens ont pris en effet 
la résolution de le faire cesser, et que successivement 
toutes les puissances possédant des colonies dans les 
différentes parties du monde ont reconnu, soit par des 
actes législatifs, soit par des traités et autres engage- 
ments formels, l'obligation et la nécessité de l'abolir; 

Que, par un article séparé du dernier traité de Paris, 
la Grande-Bretagne et la France se sont engagées à 
réunir leurs efforts au Congrès de Vienne pour faire 
prononcer, par toutes les puissances de la chrétienté, 
l'abolition universelle et définitive de la traite des 
Nègres; 

Que les Plénipotentiaires rassemblés dans ce Congrès 
ne sauraient mieux honorer leur mission, remplir leur 
devoir et manifester les principes qui guident leurs 
Augustes Souverains, qu'en travaillant à réaliser cet 
engagement et en proclamant, au nom de leurs Sou- 
verains, le vœu de mettre un terme à un fléau qui a si 
longtemps désolé l'Afrique, dégradé l'Europe et affligé 
l'humanité ; 

Lesdits Plénipotentiaires sont convenus d'ouvrir 
leurs délibérations sur les moyens d'accomplir un objet 
aussi salutaire, par une déclaration solennelle des prin- 
cipes qui les ont dirigés dans ce travail. 

En conséquence, et dûment autorisés à cet acte par 
l'adhésion unanime de leurs Cours respectives au prin- 
cipe énoncé dans ledit article séparé du traité de Paris, 
ils déclarent, à la face de l'Europe, que, regardant 



196 APPENDICE 

labolition universelle de la traite des Nègres comme 
une mesure particulièrement digne de leur attention, 
conforme à l'esprit du siècle et aux principes généreux 
de leurs Augustes Souverains, ils sont animés du désir 
sincère de concourir à l'exécution la plus prompte et 
la plus efficace de cette mesure par tous les moyens à 
leur disposition, et d'agir, dans l'emploi de ces moyens, 
avec tout le zèle et toute la persévérance qu'ils doivent 
à une aussi grande et belle cause. 

Trop instruits toutefois des sentiments de leurs Souve- 
rains, pour ne pas prévoir que, quelque honorable que 
soit leur but, ils ne le poursuivront pas sans de justes 
ménagements pour les intérêts, les habitudes et les pré- 
ventions même dé leurs sujets, lesdits Plénipotentiaires 
reconnaissent en même temps que cette déclaration 
générale ne saurait préjuger le terme que chaque puis- 
sance en particulier pourrait envisager comme le plus 
convenable pour l'abolition définitive du commerce 
des Nègres : par conséquent, la détermination de 
l'époque où ce commerce doit universellement cesser 
sera un objet de négociation entre les puissances; bien 
entendu que l'on ne négligera aucun moyen propre à 
en assurer et à en accélérer la marche, et que l'enga- 
gement réciproque contracté par la présente déclara- 
tion entre les Souverains qui y ont pris part, ne sera 
considéré comme rempli qu'au moment où un succès 
complet aura couronné leurs efforts réunis. 

En portant cette déclaration à la connaissance de 
l'Europe et de toutes les nations civilisées de la terre, 
lesdits Plénipotentiaires se flattent d'engager tous les 
autres Gouvernements, et notamment ceux qui, en 



APPENDICE 197 

abolissant la traite des Nègres, ont manifesté déjà les 
mêmes sentiments, à les appuyer de leur suffrage dans 
une cause dont le triomphe final sera un des plus 
beaux monuments du siècle qui Fa embrassée et qui 
l'aura si glorieusement terminée. 

Vienne, le 8 février 1815. 

Signé : Castlereagh, Stewart, Wellington, Nessel- 
rode, G. Loewenhielm, Gomez Labrador, 
Palmella, Saldanha, Lobo, Humboldt, 
Metternich, Talleyrand. 



VI 



CONGRES DE VERONE 



Déclaration du 28 novembre 1822 sur l'abolition 
cle la traite des noirs. 



Les Plénipotentiaires d'Autriche, de France, de la 
Grande-Bretagne, de Prusse et de Russie, réunis en 
Congrès à Vérone; 

Considérant que leurs Augustes Souverains ont pris 
part à la déclaration du 8 février 1815, par laquelle les 
puissances, réunies en Congrès à Vienne, ont proclamé, 
à la face de l'Europe, leur résolution invariable de 
faire cesser le commerce connu sous le nom de 
Traite des Nègres d'Afrique ; 

Considérant de plus que, malgré cette déclaration et 
en dépit des mesures législatives dont elle a été suivie 
dans plusieurs pays et des différents traités conclus 
depuis ladite époque entre les puissances maritimes, ce 
commerce, solennellement proscrit, a continué jusqu a 
ce jour, qu'il a gagné en intensité ce qu'il peut avoir 



APPENDICE 199 

perdu en étendue, qu'il a pris même un caractère plus 
odieux et plus funeste par la nature des moyens aux- 
quels ceux qui l'exercent sont forcés d'avoir recours ; 

Que les causes d'un abus aussi révoltant se trouvent 
principalement dans les pratiques frauduleuses, moyen- 
nant lesquelles les entrepreneurs de ces spéculations 
condamnables éludent les lois de leur pays, déjouent 
la surveillance des bâtiments employés pour arrêter le 
cours de leurs iniquités, et couvrent les opérations 
criminelles dont des milliers d'êtres deviennent, d'an- 
née en année, les innocentes victimes ; 

Que les puissances de l'Europe sont appelées, par 
leurs engagements antérieurs autant que par un devoir 
sacré, à chercher les moyens les plus efficaces pour 
prévenir un trafic que déjà les lois de la presque tota- 
lité des pays civilisés ont déclaré illicite et coupable, 
et pour punir rigoureusement ceux qui le poursuivent, 
en contravention manifeste de ces lois; 

Ont reconnu la nécessité de vouer l'attention la plus 
sérieuse à un objet d'aussi grande importance pour le 
bien et l'honneur de l'humanité et déclarent en consé- 
quence, au nom de leurs Augustes Souverains, 

Qu'ils persistent invariablement dans les principes 
et les sentiments que ces Souverains ont manifestés par 
la déclaration du 8 février 1815, — qu'ils n'ont pas 
cessé et ne cesseront jamais de regarder le commerce 
des Nègres comme un fléau qui a trop longtemps désolé 
l'Afrique, dégradé l'Europe et affligé l'humanité, et 
qu'ils sont prêts à concourir à tout ce qui pourra 
assurer et accélérer l'abolition complète et définitive de 
ce commerce ; 



200 



APPENDICE 



Qu'afin de donner effet à cette déclaration renou- 
velée, leurs cabinets respectifs se livreront avec 
empressement à l'examen de toute mesure compatible 
avec leurs droits et les intérêts de leurs sujets pour 
amener un résultat constatant aux yeux du monde la 
sincérité de leurs vœux et de leurs efforts en faveur 
d'une cause digne de leur sollicitude commune. 

Vérone, le 28 novembre 1822. 

Signé : Metternich, Lebzeltern, Chateaubriand, 
Caraman, Ferronais, Wellington, Hatz- 

FELDT, NESSELRODE, LlEVEN, TaTISCHEFF. 



VII 

DISCOURS PRONONCÉ PAR LE ROI 

A LA SÉANCE D'INSTALLATION DU COMITÉ BELGE 

TENUE LE 6 NOVEMBRE 1876, AU PALAIS DE BRUXELLES 



Messieurs, 

L'esclavage qui se maintient encore sur une notable 
partie du continent africain constitue une plaie que 
tous les amis de la civilisation doivent désirer de voir 
disparaître. 

Les horreurs de cet état de choses, les milliers de 
victimes que la traite des noirs fait massacrer chaque 
année, le nombre plus grand encore des êtres parfaite- 
ment innocents qui, brutalement réduits en captivité, 
sont condamnés en masse à des travaux forcés à per- 
pétuité, ont vivement ému tous ceux qui ont quelque 
peu approfondi l'étude de cette déplorable situation et 
ils ont conçu la pensée de se réunir, de s'entendre, en 
un mot, de fonder une association internationale pour 



202 APPENDICE 

mettre un terme à un trafic odieux, qui fait rougir 
notre époque, et pour déchirer le voile de ténèbres qui 
pèse encore sur cette Afrique centrale. Les décou- 
vertes, dues à de hardis explorateurs, permettent de 
dire, dès aujourd'hui, qu'elle est une des contrées les 
plus belles et les plus riches que Dieu ait créées. 

La Conférence de Bruxelles a nommé un Comité 
de trois membres : sir Bartle Frère, le D r Nachtigal et 
M. de Quatrefages, de l'Institut de France, pour mettre 
à exécution, d'accord avec le président et le secrétaire 
général, les déclarations et résolutions qu'elle a formu- 
lées comme suit l . 

La Conférence a voulu, pour se mettre de plus près 
en rapport avec le public, dont la sympathie fera notre 
force, fonder, dans chaque État, des comités natio- 
naux. Ces comités, après avoir chacun désigné deux 
membres pour faire partie du Comité international, 
populariseront, dans leurs pays respectifs, le pro- 
gramme adopté. 

L'œuvre a recueilli déjà en France et en Belgique 
des souscriptions importantes qui constituent pour 
nous une dette de reconnaissance vis-à-vis de leurs 
auteurs. Ces actes de charité, si honorables pour ceux 
qui les ont accomplis, stimulent notre zèle dans la mis- 
sion que nous avons entreprise. Notre première tâche 
doit être de toucher le cœur des masses et, en croissant 
en nombre, de grouper nos adhérents dans une union 
fraternelle et peu onéreuse pour chacun, mais puis- 
sante et féconde par l'accumulation des efforts indivi- 
duels et de leurs résultats. 

1 Voir le texte de ces documents à l'Appendice, III et IV. 



APPENDICE 203 

L'association internationale ne prétend pas résumer 
en elle tout le bien que l'on peut, que l'on doit faire en 
Afrique. Elle doit, dans les commencements surtout, 
s'interdire un programme trop étendu ; soutenus par la 
sympathie publique, nous avons la conviction que si 
nous parvenons à ouvrir des routes, à établir des sta- 
tions sur les lignes parcourues par les marchands d'es- 
claves, cet odieux trafic sera enrayé et que les routes et 
les stations, en servant de point d'appui aux voyageurs, 
aideront puissamment à levangélisation des noirs et à 
l'introduction, parmi eux, du commerce et de l'indus- 
trie moderne. 

Nous affirmons hardiment que tous ceux qui veu- 
lent l'affranchissement de la race noire sont intéressés 
à notre succès. 

Le Comité belge, émanation du Comité interna- 
tional et son représentant en Belgique, s'efforcera de 
procurer à l'œuvre le plus d'adhérents possible. Il 
aidera mes compatriotes à prouver une fois de plus que 
la Belgique est non-seulement une terre hospitalière, 
mais qu'elle est aussi une nation généreuse où la cause 
de l'humanité trouve autant de défenseurs qu'on y 
compte de citoyens. 

Je remplis un bien agréable devoir en remerciant 
cette assemblée et en la félicitant chaleureusement de 
s'être imposé une tâche dont l'accomplissement vaudra 
à notre patrie une belle page de plus dans les annales 
de la charité et du progrès. 



VIII 

ASSOCIATION INTERNATIONALE 

POUR RÉPRIMER LA TRAITE k OUVRIR L'AFRIQUE CENTRALE 



STATUTS DU COMITÉ NATIONAL BELGE 



Art. 1 er . Il est institué à Bruxelles un Comité natio- 
nal chargé de poursuivre, en ce qui le concerne et dans 
les limites de la Belgique, l'exécution du programme 
de la Conférence internationale pour réprimer le com- 
merce des esclaves et explorer l'Afrique. 

Art. % Ce programme se résume, au point de vue 
du Comité belge, notamment dans les deux points sui- 
vants : 

A. Vulgariser en Belgique, par la parole et la presse, 
les connaissances de toute nature se rapportant au but 
que l'Association internationale a en vue ; 



APPENDICE 205 

J3. Organiser une souscription nationale et centra- 
liser les ressources de toute espèce qui seront mises à 
sa disposition pour l'exécution du programme inter- 
national. 

Art. 3. Le Comité belge se compose des personnes 
qui ont accepté l'invitation de se rendre à la réunion de 
ce jour. 

Art. 4. Le Comité désigne les membres de son bureau, 
qui se compose d'un président, de deux vice-présidents, 
de deux membres délégués qui représentent le Comité 
au sein de la Commission internationale, du secrétaire 
général et du trésorier du Comité exécutif, et d'un 
secrétaire adjoint. 

Le bureau, s'il le juge convenable, pourra s'adjoindre 
deux membres suppléants. 

En l'absence du président, chacun des vice-présidents 
est alternativement appelé à présider. 

Art. 5. Le bureau aura le droit d'adjoindre aux 
membres actuels du Comité les personnes qui auront 
rendu à l'œuvre des services signalés et celles dont le 
concours lui serait particulièrement utile. 

Le bureau représente le Comité belge dans les inter- 
valles des réunions de celui-ci ; il en est l'organe exé- 
cutif et peut être convoqué par le président chaque fois 
que cette mesure lui paraît opportune. Hors ces cas, le 
bureau se réunit réglementairement une fois au moins 
par mois au local de l'association. Le travail stricte- 
ment administratif est délégué au secrétaire général et 
au trésorier, qui en réfèrent au président en tant qu'il 
est nécessaire. 



206 APPENDICE 

Art. 6. La durée des fonctions du président, des vice- 
présidents et des deux membres délégués est de trois 
ans. Les titulaires sont rééligibles. 

Le Comité nomme son secrétaire et son trésorier. Ils 
doivent avoir leur résidence habituelle à Bruxelles. 

Les fonctions de président, de vice-président, de 
membre délégué, de secrétaire et de trésorier sont 
gratuites. 

Le secrétaire reçoit les communications adressées au 

0> 

Comité ; le trésorier, les fonds mis à la disposition du 
Comité. 

De ces fonds, la partie que le bureau jugera stricte- 
ment nécessaire aux dépenses du Comité national, 
demeurera affectée à cette destination spéciale ; le reste 
sera remis au trésorier de l'œuvre internationale qui 
en effectuera le placement et en tiendra les intérêts à la 
disposition du Comité exécutif international. 

Art. 7. Les comités locaux qui viendraient à se con- 
stituer dans le pays seront, autant que possible, cen- 
tralisés par province, sauf dans le Brabant où le Comité 
national en tient lieu. Il se tiendront en rapports suivis 
avec le Comité national, dont ils reçoivent les instruc- 
tions et auquel ils font mensuellement remise des fonds 
recueillis par leurs soins. 

Art. 8. Le Comité national correspond, aux fins de 
l'œuvre, par l'intermédiaire de son bureau, avec les 
autorités publiques, les associations privées et les par- 
ticuliers. 

Art. 9. Le Comité national nomme deux membres 
de la Commission internationale. Le mandat de ces 



APPENDICE 207 

délégués a une durée de trois ans; les titulaires sont 
rééligibles. 

Art. 10. Dans l'exécution de sa mission, le Comité 
national s enquiert des vues et se conforme aux instruc- 
tions de la Commission internationale et du Comité 
exécutif avec lequel il se tiendra régulièrement en 
communication. 

Art. 11. Le Comité national se réunit à Bruxelles sur 
la convocation de son président. 

Art. 12. Les membres du Comité national contri- 
buent à l'œuvre par une cotisation annuelle selon leur 
convenance ou par un travail se rapportant au but 
commun. 

Art. 13. Chaque année, le 1 er mars, le Comité se 
réunit en assemblée solennelle et publique à l'effet de 
recevoir le rapport du secrétaire général et du tréso- 
rier, de s'occuper de tout ce qui peut être utile à 
l'œuvre et de répandre les notions relatives à la mission 
qu'il poursuit et aux progrès réalisés par l'Association 
internationale. 

Art. 14. Un exemplaire de toutes les publications qui 
viendraient à être faites, soit par la Commission inter- 
nationale, soit par le Comité exécutif, soit par le 
Comité national, sera transmis, par les soins de ce 
dernier, à chacun de ses membres. Des exemplaires 
seront mis également à la disposition des comités pro- 
vinciaux. 

Art. 15. Le Comité national pourra décerner des 
diplômes d'honneur et des médailles aux personnes 
qui, au sein comme au dehors de l'Association, auront 



208 APPENDICE 

rendu à l'œuvre des services exceptionnels. La remise 
de ces diplômes et médailles aura lieu, chaque année, 
à la séance solennelle et publique prévue par l'ar- 
ticle 13. 

Art. 16. Le Comité national pourra introduire dans 
les dispositions réglementaires des présents statuts telles 
modifications dont l'expérience ferait reconnaître l'uti- 
lité et qui seraient en harmonie avec les déclarations 
et les résolutions de la Conférence de Bruxelles. 

Lu et adopté dans la séance du 6 novembre 1876. 



IX 

COMPOSITION 



DU 



COMITE ISTA.TIOIVA.L BE3LGE 



Président : S. A. R. LE COMTE DE FLANDRE. 

Fice-présidents : MM. le baron d'Anethan, ministre 

d'État, sénateur. 

H. Dolez, ministre d'État, séna- 
teur. 

Membres délégués à la Commission internationale : 

MM. le baron Lambermont, ministre plénipotentiaire, 
secrétaire général du ministère des Affaires 
Étrangères. 

le général Liagre, commandant de l'École mili- 
taire, secrétaire perpétuel de l'Académie. 

Secrétaire : M. le baron Greindl, ministre plénipoten- 
tiaire. 

Trésorier : M. Galezot, sous-directeur au ministère des 
Finances. 

14 



210 APPENDICE 

Membres : 

MM. le major Adan, commandant en second de l'École 

de guerre. 
Anspach, représentant, bourgmestre de Bruxelles, 
le comte Charles d'AspREMONT-LYNDEN, membre du 

conseil provincial de la province de Namur. 
Banning, directeur au ministère des Affaires 

Étrangères. 
Bischoffsheim, sénateur. 
Braconier, sénateur. 
de Cannart d'Hamale, sénateur, 
le baron Constantin de Caters, armateur. 
Couvreur, représentant. 

Crombez, représentant, bourgmestre de Tournai. 
De Becker, avocat à la Cour de cassation. 
E. De Laveleye, professeur à l'Université de Liège. 
Delloye-Mathieu, bourgmestre de Huy. 
De Rongé, conseiller à la Cour de cassation. 
Gheeland, membre du conseil provincial de la 

province d'Anvers, 
le comte Goblet d'Alviella, membre du conseil 

provincial de la province de Brabant. 
Houzeau, directeur de l'Observatoire, membre de 

l'Académie. 
James, professeur à l'Université de Bruxelles, 
le colonel baron F. Jolly, commandant de l'École 

de guerre, 
le baron Kervyn de Volkaersbeke, représentant. 
Lefebvre, représentant. 
Leclercq, avocat à la Cour de cassation. 
Lemmé, ancien membre de la Chambre de com- 
merce d'Anvers. 



APPENDICE 211 

MM.Linden, naturaliste, consul général. 

Le baron de Montblanc, représentant. 

Orban de Xivry, sénateur. 

le comte d'Oultremont de Warfusée, membre du 
conseil provincial de la province de Liège. 

Parmentier, industriel. 

Picard, président du conseil provincial de la pro- 
vince de Brabant. 

Quairier, directeur à la Société Générale. 

Sabatier, représentant. 

Sadoine, directeur des établissements de John 
Cockerill, à Seraing. 

Sainctelette, représentant. 

Saint-Paul de Sinçay, directeur-gérant de la Société 
de la Vieille-Montagne. 

Schollaert, représentant. 

Smolders, représentant. 

Solvyns, sénateur. 

Trasenster, professeur à l'Université de Liège. 

Van Beneden, professeur à l'Université de Louvain, 
membre de l'Académie. 

Van Biervliet, avocat. 

Van den Bossche, conseiller de légation. 

Van der Stichelen, ancien ministre des Affaires 
Étrangères et des Travaux Publics. 

Van Hoegaerden, directeur à la Banque Nationale. 

Van-Schelle, avocat. 

Van Volxem, propriétaire. 

Warocqué, représentant. 

Le baron Gustave de Woelmont, sénateur. 

Le baron Gustave Van de Woestyne, sénateur, 



X 



A L'EDITEUR DU TIMES 

Monsieur , 

« Jeudi prochain, 19 juillet, une réunion publique 
aura lieu à Mansion-house, sous la présidence du Lord 
Maire, dans le but de faire un appel à l'opinion en 
faveur du Fonds d'exploration de l'Afrique, récemment 
institué par le Conseil de la Société royale de Géogra- 
phie pour organiser l'exploration continue et systéma- 
tique de l'Afrique centrale. 

« Les efforts éclairés du Roi des Belges à l'effet d'impri- 
mer un nouvel élan à l'exploration de l'Afrique — surtout 
de la région centrale de ce continent — et de créer 
une organisation qui permette de concentrer sur ce but 
les forces et les sympathies de toutes les nations civili- 
sées du monde, ont été accueillis avec faveur dans 
toutes les capitales de l'Europe. Le premier résultat 
des délibérations de la Conférence, qui siégea à Bruxelles 
dans le cours de l'automne dernier, et dans laquelle 
figurèrent des représentants des principales nations et 
de leurs Sociétés de Géographie, fut la formation d'une 
Commission internationale pour l'exploration et la 
civilisation de l'Afrique centrale. Il fut décidé, en outre, 



APPENDICE 213 

que chaque peuple qui voudrait coopérer à l'œuvre, 
constituerait un comité national, chargé de recueillir 
les souscriptions et de désigner les délégués à la Com- 
mission; on devait arriver ainsi à centraliser autant 
que possible les efforts communs et à faciliter, par cette 
coopération, l'exécution des projets de la Commission . » 
Après avoir déterminé la situation actuelle de l'Asso- 
ciation et les ressourcés dont elle dispose, sir Rutherford 
Alcock poursuit en ces termes : 

« La Grande-Bretagne, qui a tenu jusqu'ici le pre- 
mier rôle dans l'exploration de l'Afrique, dont les 
voyageurs ont découvert, dans le cours d'une généra- 
tion, les sources du Nil et fait plus, pendant ces vingt 
dernières années que toutes les autres nations réunies 
pour ouvrir l'intérieur de l'Afrique et ses grands lacs 
— comme le prouve d'ailleurs la carte récemment 
publiée par le Comité du Fonds de l 'exploration afri- 
caine — la Grande-Bretagne ne saurait rester indiffé- 
rente à ce grand mouvement. Les intérêts commerciaux 
et coloniaux de ce pays, les territoires qu'il possède en 
Afrique, sont plus considérables que ceux d'aucune 
autre puissance européenne; d'un autre côté, la sup- 
pression de la traite des Nègres et l'extension des mis- 
sions n'ont pas cessé d'être, depuis plus d'un demi- 
siècle, l'un des buts de notre activité nationale. 

« C'était donc un désir naturel chez les membres 
Britanniques, géographes et autres, invités à la Confé- 
rence de Bruxelles, de prendre part aux travaux de la 
Commission internationale et de l'aider à réaliser les 
vues excellentes énoncées dans son programme, en 
dépit de certaines difficultés faciles à saisir et relatives 



214 APPENDICE 

à des questions internationales et à des droits territo- 
riaux. Mais les statuts de la Société de Géographie lui 
interdisaient formellement d'exercer son action sur un 
autre terrain que celui de l'exploration. Les entreprises 
commerciales, la suppression du trafic des esclaves, 
l'établissement de missions ou d'autres foyers de civi- 
lisation, doivent tous bénéficier de chaque progrès 
accompli dans le sens de l'exploration géographique, 
réglée d'une façon systématique et continue. Mais 
c'étaient là des objets qui ne sont pas de la compétence 
de la Société de Géographie et qui réclament l'inter- 
vention d'autres institutions. 

« C'est à raison de ces obstacles qui s'opposent invin- 
ciblement à une action combinée avec la Commission 
internationale et par son intermédiaire, qu'on a pris la 
résolution d'agir en vue du même but, d'accord et en 
correspondance avec les diverses sociétés nationales 
ainsi qu'avec la Commission internationale de Bruxelles, 
pour autant qu'elles se proposent l'exploration pour 
objet commun; on s'aiderait ainsi mutuellement, on 
éviterait toute dépense inutile de force et d'argent, 
résultant de la coïncidence des lignes d'exploration ou 
d'essais inutiles. Il pourrait même être éventuellement 
possible de fournir des contributions à la caisse de la 
Commission internationale, afin de lui donner une 
marque ultérieure de sympathie et d'attester nos vifs 
désirs de la voir réussir dans ses entreprises philanthro- 
piques conçues sur un plan plus large. 

« En conséquence, le Conseil a finalement décidé 
que la meilleure voie à suivre pour la Société royale de 
Géographie, c'était de favoriser, tant par un versement 



APPENDICE 215 

fait à l'aide de ses propres ressources que par d'autres 
démarches, la formation d'un fonds national, qui serait 
appelé le Fonds de l'exploration africaine; ce fonds serait 
consacré à l'étude scientifique de l'Afrique, à la déter- 
mination de ses conditions physiques, de ses ressources, 
des meilleures routes à suivre pour pénétrer dans l'in- 
térieur, enfin à tous les travaux qui seraient de nature 
à ouvrir le continent africain par les moyens paci- 
fiques. 

« Le Conseil et son Comité du Fonds d'exploration 
doivent naturellement faire un appel au public et en 
réclamer l'appui, car ce n'est qu'à la condition de dis- 
poser de ressources considérables, bien supérieures à 
celles que possède la Société de Géographie, qu'il est 
possible d'organiser avec succès l'exploration systéma- 
tique et continue de l'Afrique. Tel est le but de la 
réunion publique convoquée pour jeudi prochain à 
Mansion-house ; il y sera plus amplement développé 
par plusieurs orateurs distingués que l'intérêt qu'ils 
portent à un plan d'exploration géographique plus 
régulier et plus efficace que celui suivi jusqu'à nos 
jours, et les résultats qu'ils en attendent pour le bonheur 
de la race africaine comme du monde civilisé, ont 
déterminés à promettre leur coopération en cette cir- 
constance. 

« Je suis, etc. Rutherford Alcock. 

« Savile-row, 16 juillet, 1877. » 



XI 

COMPOSITION DE LA COMMISSION INTERNATIONALE 

RÉUNIE A BRUXELLES 

LES 20 ET 21 JUIN 1877 



LE ROI DES BELGES. 

Membres du Comité exécutif : 

MM. le D r G. Nachtigal; 

de Quatrefages, de l'Institut; 
le baron Greindl, secrétaire général de l'Associa- 
tion internationale africaine ; 
Galezot, trésorier général. 

Membres délégués des Comités nationaux : 

Pour l'Allemagne : 

MM. le baron de Richthofen, professeur à l'Université 
de Bonn ; 
le D r G. de Bunsen, député au Reichstag. 



À 



APPENDICE 217 

Pour F Autriche-Hongrie : 

MM. le D r L. Haynald, archevêque de Kalocsa; 

le baron de Sonnleithner, ministre plénipoten- 
tiaire ; 
Sch aller, ingénieur. 

Pour la Belgique : 

MM. le baron Lambermont, ministre plénipotentiaire; 
le général Liagre, commandant de l'École mili- 
taire. 

Pour l'Espagne : 

MM. Merry del Val, ministre plénipotentiaire; 
le colonel Fr. Coëllo ; 

P. de Gayangos, professeur à l'Université de 
Madrid. 

Pour les États-Unis : 

M. Sanford, ministre plénipotentiaire. 

Pour la France : 

MM. A. d'Abbadie, de l'Institut;^ 
Grandidier. 

Pour l'Italie : 

MM. le commandeur Correnti, secrétaire des Ordres; 
le commandeur Negri, ministre plénipotentiaire; 
le lieutenant général E. de' Vecchi, 
Adamoli, député au Parlement italien. 



218 APPENDICE 

Pour les Pays-Bas : 

MM. Veth, professeur à l'Université de Leyde; 
le colonel Versteeg. 

Pour la Suisse : 

MM. Bouthillier de Beaumont, président de la Société de 
Géographie de Genève ; 
G. Moynier, président de l'Association internatio- 
nale de la Croix Bouge. 

Secrétaire de la Commission : 
M. le baron P. Guillaume, secrétaire délégation. 

Le Comité national russe, dont les délégués étaient 
MM. P. de Semenow, le D r G. Schweinfurth et le baron 
d'Osten-Sacken, s'est trouvé dans l'impossibilité, à raison 
des événements politiques, de se faire représenter à la 
Commission internationale; il en a accepté d'avance 
toutes les décisions. 

Des empêchements particuliers ont motivé l'absence 
des délégués du Comité national portugais. 



XII 

DÉFINITION D'UNE STATION 



Le Comité exécutif reçoit de la part de l'Association 
internationale toute liberté d'action dans l'exécution 
des dispositions générales suivantes pour la fondation 
des stations scientifiques et hospitalières. 

Le personnel d'une station se compose d'un chef et 
d'un certain nombre d'employés choisis ou agréés par 
le Comité exécutif. 

Le premier soin du chef de station sera de se procurer 
une maison d'habitation et de tirer parti des ressources 
du pays, afin que la station se suffise à elle-même. 

La mission scientifique de la station consiste, autant 
que possible : 

Dans les observations astronomiques ; 

Dansées observations météorologiques ; 

Dans la formation de collections de géologie, de bota- 
nique et de zoologie; 

Dans la confection de la carte des environs de la 
station ; 



220 APPENDICE 

Dans la rédaction du vocabulaire et de la grammaire 
du pays; 

Dans les observations ethnologiques ; 

Dans la rédaction des récits des voyageurs indigènes 
qu'on interrogera sur les pays qu'ils ont parcourus; 

Dans la rédaction d'un journal relatant tous les 
événements et toutes les observations dignes d'être 
rapportés. 

La mission hospitalière des stations est, autant que 
possible, de recevoir tous les voyageurs que le chef en 
jugera dignes; de les pourvoir, au prix de revient sur 
place, d'instruments, de marchandises et de provi- 
sions, ainsi que de guides et d'interprètes; de les rensei- 
gner sur les meilleures routes à suivre et de trans- 
mettre leur correspondance. 

Il sera dans l'intérêt de la station d'assurer, de dépôt 
en dépôt, des communications aussi régulières que 
possible entre la côte et l'intérieur. 

Un des buts ultérieurs que se proposera la station 
sera de supprimer la traite des esclaves par son 
influence civilisatrice. 



XIII 

PROJET SOUMIS PAR LE COMITÉ EXÉCUTIF 

POUR L'ORGANISATION D'UNE EXPÉDITION 
i , 

CHARGEE 

D'ÉTABLIR DES STATIONS ET DE FAIRE UN VOYAGE D'EXPLORATION 

L'expédition se composera d'un chef éprouvé, de 
deux ou trois personnes destinées à diriger les travaux 
scientifiques d'une station, d'un agriculteur et, au 
besoin, d'un ou de deux maîtres-ouvriers européens. 

Cette expédition partira de Marseille ou d'Anvers 
pour Zanzibar, où elle établira une première station 
gratuite, laquelle ne sera autre que l'agence de 
MM. Roux de Fraissinet et G ie , gracieusement mise par 
eux à la disposition de l'Association internationale. 

L'expédition partira d'Europe munie de ses instru- 
ments scientifiques, de ses armes et des objets qu'on ne 
trouve pas à Zanzibar. Elle achètera dans cette ville 
les provisions nécessaires à un voyage dans l'intérieur; 
elle y enrôlera un armurier, un cuisinier, un cordon- 



222 APPENDICE 

nier, un charpentier indigène, outre ses askaris, ses 
interprètes et ses porteurs. 

L'expédition séjournera à Zanzibar ]e temps qu'il 
faudra pour se renseigner sur les moyens de gagner 
l'intérieur. Elle s'informera du succès de la tentative 
de l'expédition anglaise qui doit partir de Zanzibar au 
mois de juillet et essayer de gagner le Tanganyka au 
moyen de charrettes à bœufs. Si cette tentative a 
réussi, on la renouvellera, et l'expédition prendra le 
même chemin que la mission envoyée par la London 
Missionary Society. Si, au contraire, l'expérience avait 
été défavorable, l'expédition aura recours au mode 
ordinaire de transport. 

Après avoir terminé ses préparatifs, l'expédition se 
rendra à la côte du continent et s'adressera à un des 
établissements existants pour fonder une seconde sta- 
tion gratuite. Des renseignements dignes de foi permet- 
tent de croire qu'on n'aurait pas de difficulté à le faire. 

L'expédition se dirigera ensuite vers l'Ouniamuési 
et se mettra en relation avec M. Philippe Broyon, 
Suisse de nationalité, qui s'y est établi et a épousé la 
fille d'un des principaux rois du pays. M. Broyon pro- 
pose de se charger d'une troisième station. Celle-ci 
serait encore gratuite ou n'entraînerait du moins qu'à 
des dépenses fort minimes. Ces trois premières sta- 
tions ne seraient que des dépôts de vivres, de marchan- 
dises, etc., et des étapes pour la transmission des 
ravitaillements et de la correspondance. Le chef d'ex- 
ploration s'efforcera de multiplier les dépôts établis 
dans ces conditions, suivant les facilités qu'il trouvera 
à le faire. 



APPENDICE 223 

Le chef de l'exploration cherchera aussi sur la 
route à enrôler des indigènes que l'on encouragera par 
un petit traitement mensuel à prendre soin des voya- 
geurs et à surveiller la transmission de la correspon- 
dance et des ravitaillements. 

L'expédition se dirigera ensuite vers le Tanganyka. 
Arrivé là, le chef s'enquerra de ce qu'a fait M. Stanley 
et, suivant les progrès réalisés par lui et l'état politique 
du pays, il décidera s'il faut établir la station princi- 
pale aux bords du Tanganyka ou y faire un simple 
dépôt comme les précédents, et fixer la base des opéra- 
tions futures à Nyangwe ou à tout autre endroit à dési- 
gner dans le Manyéma. 

Une grande latitude sera laissée au chef de l'expé- 
dition pour déterminer l'emplacement de la station 
principale. 

Cette dernière station du Tanganyka, du Manyéma 
ou de l'Ouniamuési sera la station scientifique défini- 
tive doublée d'une exploitation agricole, lui permet- 
tant, au bout d'un certain temps, de se suffire à elle- 
même. 

Après avoir fondé cette dernière station, s'être reposé 
et ravitaillé, le chef de l'expédition y laissera ses com- 
pagnons européens, à moins qu'il ne désire en prendre 
un avec lui, et s'avancera vers les pays inconnus. C'est 
au chef de l'exploration à choisir sa direction vers la 
côte occidentale, en évitant avec soin les routes déjà 
parcourues par les Européens, et en suivant, si c'est 
possible, le 4 e parallèle nord. 

Une somme de soixante-treize mille francs sera mise 
à la disposition de l'expédition en 1877 pour ses pré- 



224 APPENDICE 

paratifs, son voyage jusqu'au lieu de la première 
station scientifique et la fondation de la station. A partir 
de rétablissement complet de la station, vingt mille 
francs seront envoyés annuellement, pour son entre- 
tien, au dépôt de Zanzibar, à la disposition du chef. 

Trente mille francs seront envoyés la première année 
au même dépôt, à la disposition du chef de l'explora- 
tion pour ses dépenses. 

Gomme il est impossible de faire, dès maintenant, 
un budget exact des frais d'une exploration et de l'éta- 
blissement de stations, ces crédits ne sont pas limitatifs 
et le Comité exécutif est autorisé à les dépasser, sauf à 
en rendre compte. 

Le chef de l'exploration recherchera, le long de son 
itinéraire, les lieux les plus favorables à l'établissement 
de nouveaux dépôts et de nouvelles stations scienti- 
fiques. Le Comité exécutif a les pouvoirs nécessaires 
pour établir ces nouvelles stations à mesure que le 
développement des ressources de l'Association le per- 
mettra. 

Le Comité exécutif est aussi autorisé à faire étudier 
le plan d'une expédition qui, au besoin, partira d'un 
point approprié de la côte occidentale dans le but 
d'aller, au moment opportun, au devant de l'expédi- 
tion de la côte orientale. 



FIN. 



CARTE DES VOYAGES ET DEC* 




JBaTtnùiff, sffhimu!-. 



Publié par l'institul B 



iSEN AFRIQUE JUSQUE FIN 1876. 




jue à Leipzig. 



Jfruœell&r, C.Mu^ua.T'dt. 



CARTE DU COURS 

D'APRÈS LE CROQUIS DE STANLEX PUBLIÉ PAB 




Librairie CIJtHjuarik 



LUALARA- CONGO 

ULY TEI.EGRAPH DU 12 NOVEMBRE 18: 




Dessinée et Gravés par C.MestdajT. 



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CARDS OR SLIPS FROM THIS POCKET 

UNIVERSITY OF TORONTO LIBRARY 



DT Banning, Emile Théodore 

5 Joseph Hubert 

B25 L'Afrique et la Conférence 

1878 géographique de Bruxelles 



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